Le Burundi, le pays voisin du Rwanda, se bat pour obtenir de l'attention et de l'aide alors que le pays aux mille collines bénéficie toujours d'une aide considérable. Rwanda et Burundi, deux poids, deux mesures, deux vérités ?
Si le génocide rwandais de 1994 est bien ancré dans nos têtes, on parle peu ici du président burundais Melchior Ndadaye, tué par l'armée une année plus tôt, six mois seulement après avoir été démocratiquement élu. Une guerre civile a suivi et a fait près de 400 000 morts. Elle s'est terminée en 2009 lorsque le dernier groupe rebelle a déposé les armes et a accepté de rejoindre les institutions mises en place.
La communauté internationale soutient très peu ce pays, 60 fois plus petit que le Québec. Pourtant, les négociations qui ont mené aux accords de paix et les élections de 2005, quoique longues et ardues, ont été inclusives et pourraient servir d'exemple pour l'Afrique, du moins pour la région des Grands Lacs. L'armée, autrefois à dominante tutsie, a réussi l'intégration des combattants hutus issus des groupes rebelles. Les quotas ethniques, inscrits dans la constitution, ont permis à la classe politique et à la population de faire face ouvertement à ce racisme.
Élections au Burundi
Le Burundi tiendra des élections communale, présidentielle, législative et collinaire du mois de mai jusqu'au mois de septembre 2010. Ces élections représentent une étape cruciale pour consolider la paix dans ce pays.
De signes encourageants sont actuellement visibles. La Commission électorale nationale indépendante (CENI), dont la composition et le mandat ont fait l'objet d'une entente entre les partis politiques, fait un travail remarquable. Elle a mené brillamment la période d'enregistrement des électeurs et les listes, qui sont souvent la principale pierre d'achoppement d'une élection, sont acceptées par les partis. Le calendrier électoral est pour le moment respecté. La CENI est aussi en mesure de réagir rapidement aux difficultés auxquelles elle est confrontée - souvent par l'administration même - en prenant des mesures courageuses. L'armée prendra en charge la sécurité du scrutin et il serait difficile d'imaginer qu'elle se range derrière un parti pour faire échec au
processus électoral.
La société civile, bien que parfois harcelée, est très active: des organisations se sont regroupées pour observer l'ensemble du processus électoral, les radios travaillent en synergie pour couvrir l'ensemble du territoire, des systèmes d'alerte précoce (en cas de violence ou autre) sont mis en place, etc.
Certes, tout n'est pas rose pour cette toute jeune démocratie. Le premier mandat du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, a été marqué par d'importants scandales de corruption. La société civile et les médias ont depuis longtemps joué un rôle de premier plan dans les négociations de paix. Mais elles ont été victimes de harcèlement par les autorités comme en fait foi l'assassinat du vice-président de l'Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME) qui faisait une enquête sur la vente frauduleuse de l'avion présidentiel.
Les questions de sécurité représentent aussi un enjeu majeur. De nombreuses armes circulent toujours. Elles servent à alimenter un banditisme lui-même exacerbé par la très grande pauvreté du pays. Des groupes de jeunes, facilement manipulables dans ce contexte, sont recrutés par des partis politiques pour intimider les opposants sinon perturber le processus, laissant entrevoir un retour des affrontements si les résultats ne répondent pas aux attentes des uns et des autres.
Élections au Rwanda
Pendant ce temps, le Rwanda prépare son élection présidentielle d'août 2010 dans un contexte tout à fait différent. Élève modèle auprès de la communauté internationale et des grandes institutions, le Rwanda est pourtant un géant aux pieds d'argile. Lors de la visite de la gouverneure générale du Canada, les médias ont parlé des difficultés que rencontrent certains partis politiques d'opposition. On a aussi fait mention de la fermeture de deux journaux privés.
On aurait pu parler aussi des cas d'expropriations des populations les plus pauvres qui doivent céder leur terrain à des édifices qu'elles ne pourront habiter, des expulsions de paysans de leur terre afin de permettre la culture extensive par de riches exploitants, des cultures obligées par le gouvernement, etc. Au Rwanda, l'espace public et les débats contradictoires sont verrouillés. Si le régime est anormalement inquiet à la veille de ces élections, pourtant gagnées d'avance, c'est que la fissure vient maintenant de l'interne. Des officiers militaires de haut rang ont fui le pays. La modernité d'une ville comme Kigali ne doit pas faire illusion. Le développement du Rwanda risque de ne pas être durable dans un tel contexte.
À l'heure actuelle, la communauté internationale donne l'impression de ne pas s'inquiéter de cette intimidation en continuant de soutenir le Rwanda. Son voisin le Burundi continue d'être le parent pauvre, alors que la communauté internationale se montre plus exigeante et restrictive quant à son aide. Elle est pourtant essentielle afin d'éviter que ce pays ne bascule à nouveau dans la violence.
Les élections ne signifient pas la démocratie. Mais elles représentent une merveilleuse occasion de mesurer la vitalité d'un pays. Dans ce sens, les situations au Rwanda et au Burundi sont clairement à l'opposé. Si le Burundi a toujours un potentiel de violence important, ses bases sont plus solides et le demeureront s'il peut être soutenu.
Fort humblement, et à la demande même des organisations qu'il appuie dans le pays, Développement et Paix enverra une mission d'observation de six personnes lors de l'élection présidentielle du 28 juin afin de soutenir la démarche courageuse des Burundais. Le gouvernement du Canada, lui, enverra un expert technique auprès de la CENI et quatre observateurs au sein de la mission d'observation de l'Union européenne. Ne pourrait-on pas faire mieux?
Guy Des Aulniers, chargé de programmes auprès de l'organisme Développement et Paix










