La fierté d'être cadre

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Photo: Érick Labbe, Focus 1

J'ai passé l'essentiel de ma carrière à oeuvrer comme gestionnaire - et cadre - dans le réseau de l'éducation. Plus de 30 ans à transiger avec des si, des peut-être, des comment, des pourquoi, des pourquoi pas. Plus de 30 ans à composer avec les directives, en dents de scie, d'un ministère qui, entre-temps, a vu défiler 16 ministres. Bref, des allers et des retours qui ont mis souvent mon savoir-faire à l'épreuve. Mais peu importe, j'ai toujours aimé mon travail. J'en suis même très fier. Avec le temps, j'ai compris à quel point je pouvais être utile et laisser des traces positives pour faire avancer la cause de la réussite scolaire et éducative.

Mon désir d'engagement m'a conduit à la présidence de l'Association des cadres scolaires du Québec (ACSQ). Ce mandat, que j'assume depuis maintenant quatre ans, me permet d'être témoin de la créativité et de l'énergie qui circulent dans le milieu. À l'heure de la rentrée alors que les commissions scolaires font l'objet de critiques défavorables, que les normes ou règlements appliqués à l'école ne cessent de s'alourdir, que le rôle des gestionnaires est décrié sur tous les toits, il m'apparaît essentiel de faire le point sur le sujet. Le côté négatif ayant sa juste part sur toutes les tribunes, je me permettrai d'aborder la situation sous un angle différent.

Trop de bureaucratie, trop de cadres! Facile à dire! Ces allégations me confirment plutôt que le rôle des cadres scolaires est méconnu ou mal connu donnant ainsi libre-cours à des interprétations de toutes sortes. En 30 ans de pratique, j'ai vu le réseau se modifier de A à Z. Réformes, lois, changements et bouleversements inclus. J'ai vu le travail des cadres subir des transformations extrêmes. J'ai vu des gens essoufflés, à bout de ressources et de temps (il n'est plus rare de cumuler plusieurs fonctions au sein d'une même commission scolaire). J'ai vu, plus souvent qu'autrement, le Ministère avancer, reculer, avancer, reculer, avancer, reculer... au gré des gouvernements en poste.

Au coeur de ce bouillonnement, il faut livrer la marchandise. Qu'il soit à la direction, à la coordination, à la supervision, à la gérance ou à la régie, le cadre se porte responsable de tous les services en soutien aux établissements scolaires. Il est décisionnel et doit s'assurer que le réseau soit fonctionnel et efficace. Je pense ici aux services du transport scolaire, des ressources humaines, matérielles et financières, aux communications, au secrétariat général, aux services éducatifs, aux technologies de l'information, aux centres d'éducation des adultes, de formation professionnelle et de services aux entreprises, aux services administratifs d'établissement, à l'approvisionnement, bref à toute une panoplie de services essentiels qui doivent être orchestrés dans les moindres détails. Peut-on évaluer l'ampleur des exigences que suscite un réseau regroupant plus d'un million d'élèves, plus de 100 000 enseignants, plus de 2 500 établissements scolaires? Peut-on imaginer une organisation aussi imposante, offrant des services aussi variés, à des coûts de gestion sous la moyenne et considérés parmi les meilleurs des secteurs public et parapublic? Difficile de trouver mieux...

Malgré tout, les cadres sont encore perçus comme étant les enfants gâtés du système. Des «fonctionnaires» sans passion ni conviction. Je m'élève haut et fort contre cette idéologie dépourvue de fondements et de nuances. Tous les jours, je côtoie des gens instruits, intelligents et compétents qui soutiennent les intervenants sur le terrain (direction, enseignants, personnel de soutien) pour leur permettre de se consacrer entièrement à leurs tâches. Tous les jours, je vois des gens engagés, dont la préoccupation première est de trouver les meilleures solutions pour qu'en bout de ligne, l'élève puisse évoluer dans un milieu favorable. Tous les jours, je rencontre des gens informés qui n'hésitent pas à parfaire leurs apprentissages pour améliorer l'offre de services. Tous les jours, je croise des gens dévoués qui ne comptent plus leur temps pour suffire à la tâche. Je rêve du jour où chacun sera reconnu pour ce qu'il est, ce qu'il sait et ce qu'il fait.

Au Québec, l'éducation n'occupe pas la place qu'elle mérite. Ses principaux acteurs non plus. La critique est facile envers ceux et celles qui portent le système à bout de bras. A-t-on déjà mesuré  la multiplicité des demandes répétées du MELS au nom de la réussite?  Peut-on comprendre que nous subissons souvent les contrecoups de mesures mal définies ou mal adaptées et que nous devons obligatoirement nous y conformer? L'économiste Pierre Fortin le souligne d'ailleurs très justement dans L'Actualité (août 2010, p. 50).

D'ici quelques semaines, nous serons une fois de plus conviés à un autre Forum sur l'éducation. Pour éviter que le discours ne dévie de sa cible, nous devrons répondre à plusieurs questions existentielles. Comment raviver la confiance et la fierté envers l'école québécoise? Comment rassembler tous les acteurs concernés dans un projet commun de société? Comment réussir à attirer une relève inspirée, motivée et confiante? Comment réussir à conserver le moral des troupes à l'oeuvre? Tant et aussi longtemps que le contexte de dévalorisation - et de désinformation - perdurera, le chemin emprunté ne mènera nulle part.

Michel Simard

Président de l'Association des cadres scolaires du Québec

Directeur du service des ressources financières, CS des Rives-du-Saguenay


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