Un homme intègre

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Jacques Roy*

J'ai travaillé avec Jean Pelletier durant plusieurs années à l'étranger et à Ottawa. J'en garde le souvenir d'un homme visionnaire d'une grande intelligence, d'un jugement sûr, d'une loyauté à toute épreuve et d'un sens inné de l'État. Il poursuivait ses objectifs avec détermination, les expliquait avec clarté et finesse, en agrémentant ses propos d'un sens de l'humour rafraîchissant.

Il a occupé des postes d'une importance majeure à Québec et à Ottawa et s'est illustré de façon impressionnante sur la scène internationale. Ses réussites sont nombreuses et importantes et le seraient encore davantage s'il avait pu poursuivre ce qu'il avait entrepris. Il nous a quittés avec sérénité, mais aussi avec un chagrin qui le rongeait : une tache non méritée noircissait son dossier.Au printemps de l'année 1995, nous avons eu la crise du turbot avec l'Union européenne, une crise majeure qui durant quelques mois a gravement perturbé nos relations. Pour la dénouer, nous avons dû négocier durant de longues semaines avec la Commission européenne à Bruxelles. En tant que négociateur pour le Canada, j'étais en contact constant avec différents interlocuteurs à Ottawa. Lors des étapes cruciales des négociations, j'appelais Jean Pelletier. Il n'avait pas de responsabilité précise dans le dossier, mais avec son sens de l'État, il me donnait des conseils extrêmement judicieux.

Lors de mon séjour à Paris en qualité d'ambassadeur du Canada de 1996 à l'an 2000, nous nous téléphonions pratiquement chaque semaine pour échanger des vues sur nos relations avec la France. Comme il avait établi des relations privilégiées avec le président Chirac lorsqu'il était maire de Québec, il m'ouvrait des portes et facilitait mon travail. À l'occasion, je lui parlais des programmes que nous avions l'intention de lancer si nous avions les fonds requis. Il consultait alors les ministres concernés et, s'ils étaient d'accord, les sommes nécessaires m'étaient allouées. Il m'en confiait l'administration sans aucune ingérence. J'ai vu en lui un homme d'une grande intégrité.

Lorsque je suis revenu au Canada, j'ai suivi avec beaucoup d'intérêt les séances de la commission Gomery. Ayant travaillé deux ans au Conseil privé en tant que secrétaire adjoint du Conseil et conseiller du premier ministre Trudeau, je connais très bien les lignes de démarcation entre le bureau du premier ministre, d'une part, et la fonction publique, d'autre part. Le premier donne les directives générales et l'autre les met en application. Ayant observé Jean Pelletier dans l'exercice de ses fonctions, je ne peux m'imaginer qu'il ait pu s'ingérer dans l'administration du Programme de commandites. Cela aurait été contraire à ses habitudes. Cela n'aurait pas été conforme à son rôle.

Jean Pelletier ne mérite pas la tache qui reste sur son dossier. Le gouvernement doit retirer l'appel du jugement qui mettait fin au doute que le juge Gomery a fait germer sur l'intégrité d'un grand fils de la nation. Alors que la population lui rend hommage, le temps est venu de repolir son blason.

*L'auteur est un ex-ambassadeur du Canada en France

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