Quels prétextes ont évoqués les politiciens provinciaux pour se lancer dans cette voie? Ça serait pour «favoriser et consolider le développement des pourvoiries, et pour permettre aux gestionnaires des ZECS et des réserves fauniques d'acquérir une marge de manoeuvre accrue en matière de réglementation, ce qui devrait accélérer les prises de décisions». On voit donc aussi poindre à l'horizon le spectre de la privatisation des territoires fauniques publics qu'on croyait enterré depuis un quart de siècle...
Selon des observateurs, les autorités provinciales cherchent à faire porter à d'autres épaules le fardeau de la gestion de la pêche et de la chasse... sans diminuer les impôts ni les taxes, évidemment. Les utilisateurs devront ensuite payer plus pour soutenir de nouvelles structures régionales de gestion. Les pêcheurs et les chasseurs connaîtront la multiplication des règlements, mais aussi des permis, des tarifs, des droits d'accès, des tirages, des frais d'administration...
Accessibilité
Ce qui surviendra bientôt effraie des observateurs du monde de la faune. Parce que cette régionalisation met en péril la notion de bien collectif. La gestion des biens collectifs - notre patrimoine faunique et les habitats de la faune - risque de ne pas être semblable d'une région à l'autre. Il y a un fort risque que cette gestion soit tributaire des impératifs du développement économique et de l'électoralisme de petites vedettes politiques régionales.
Les pouvoirs remis aux élus locaux effraient : qui nous dit que ces élus, comme certains nous l'ont déjà démontré, ne distribueront pas les faveurs entre les élections, au lieu de planifier sérieusement et à long terme le développement économique régional? Qui nous dit que le bien-être des pêcheurs et des chasseurs de l'ensemble de la province ne sera pas mis de côté par les élus régionaux cherchant à favoriser leurs électeurs?
N'oublions pas les tentatives faites par le gouvernement provincial, voilà quelque 25 ans, pour céder les réserves fauniques à des entreprises privées! Pensez à l'exemple récent de la gestion de la réserve faunique de Dunière, qui a été enlevée à la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ) pour être livrée à une association régionale. L'un des dirigeants de la MRC dans laquelle est située cette réserve a même réclamé que 40 % des forfaits de chasse de l'orignal dans Dunière soient réservés à la population régionale, et non pas offerts à l'ensemble des chasseurs du Québec, ce qui a même été appuyé par la députée du coin... Qu'adviendra-t-il des projets de permettre aux entreprises privées de pourvoirie de faire des affaires dans les ZECS qui ont remplacé les clubs privés? Ce qui est actuellement «libre» sera-t-il transformé en «aires fauniques communautaires»? Les lacs seront-ils dorénavant accessibles aux propriétaires riverains ou aux contribuables locaux?
Malgré ces sombres nuages qui planent sur l'avenir de la pratique de la chasse et de la pêche au Québec, je vous souhaite quand même une bonne et heureuse année 2010!
Qui décide de quoi dans les ZECS?
Voilà plus de 30 ans, le Québec abolissait les clubs privés pour les remplacer par des zones d'exploitation contrôlée (ZECS) gérées par des associations de bénévoles. À la veille de la tenue d'assemblées générales annuelles dans les 86 ZECS, rappelez-vous que le seul pouvoir d'un membre consiste à élire des administrateurs et, là où c'est permis, à les destituer!
La Fédération québécoise des gestionnaires de ZECS l'a déjà rappelé dans son bulletin : « En effet, le pouvoir d'administrer les affaires de la corporation appartient en principe au conseil d'administration, et échappe totalement aux membres. Les membres ne peuvent exercer aucun contrôle direct sur l'administration de la corporation, et ils ne participent aucunement aux décisions de gestion courante. Bien plus, ils ne peuvent généralement pas empêcher les administrateurs d'agir, ni leur donner des instructions, ni faire annuler leurs actes, même dans les cas flagrants d'abus de pouvoir de leur part : tout au plus disposent-ils de certains recours en dommages contre les administrateurs qui agissent au-delà de leur mandat.»










