Un pari trop risqué

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François Ratté
Le Soleil

(Québec) Peu importe que l'on soit d'accord ou non avec la décision de Bill Belichick de tenter de gagner un premier jeu avec un quatrième essai et deux verges à franchir à partir de sa propre ligne de 28 avec un peu plus de deux minutes à faire au tableau indicateur, dimanche dernier contre Indianapolis, il faut admettre que l'arrogant entraîneur des Patriots de la Nouvelle-Angleterre s'est pour une rare fois retrouvé du côté des perdants, un fait plutôt inusité dans son cas.

Les Patriots menaient 34-28 quand Belichick a décidé de prendre ce pari beaucoup trop risqué. Comme Kevin Faulk a jonglé une fraction de seconde avec le ballon lancé par Tom Brady avant d'être plaqué, les Pats se sont retrouvés à quelques pouces de la ligne de 30 verges quand l'officiel a déposé le ballon sur le terrain.

Peyton Manning et les Colts se sont ainsi retrouvés à 29 verges de la zone des buts des Pats. Le numéro 18 n'allait pas rater pareille occasion de couronner la spectaculaire remontée d'Indianapolis. Avec 13 secondes à faire au cadran, il a rejoint Reggie Wayne dans la zone des buts pour permettre aux Colts, dominés pendant 50 minutes, de se sauver avec un gain de 35-34.

Ce n'était pas la première fois de la saison que les Pats tentaient de gagner un premier jeu au quatrième essai avec le ballon profondément dans leur territoire. Le 27 septembre, contre Atlanta, Belichick avait donné le feu vert aux siens à partir de la ligne de 24 verges des Pats, qui menaient 16-10 sur les Falcons avec quelques minutes à écouler au troisième quart. Les Pats ont misé sur un jeu au sol, et Sammy Morris a gagné le premier jeu à l'aide d'une course de deux verges.

Même s'il est toujours audacieux d'essayer un quatrième jeu dans son propre territoire, il y a toutefois une énorme différence entre les deux situations, puisque les Pats auraient eu plus de 15 minutes pour revenir de l'arrière au quatrième quart contre les Falcons, si Matt Ryan avait profité de l'occasion pour donner les devants aux siens.

Plutôt que de jouer le livre, Belichick a préféré suivre l'instinct qui l'a si bien servi depuis qu'il a pris les commandes des Pats, en 2000. Les Pats qui ont d'ailleurs gagné trois Super Bowl sous ses ordres, même s'ils ne formaient pas, à mon avis, la formation la plus talentueuse de la NFL - sur papier du moins - lors de ces trois conquêtes.

On se souviendra que dans les dernières secondes du XXXVIe Super Bowl, Belichick a fait confiance à l'inexpérimenté Brady pour mener les Pats à une étonnante victoire de 20-17 sur St. Louis, alors que John Madden était convaincu que les champions de la Conférence américaine allaient prudemment mettre le genou au sol et forcer la tenue de la prolongation.

Au fil des ans, Belichick n'a pas souvent fait l'unanimité quand est venu le temps de procéder à des changements majeurs au sein du personnel des Pats, de façon à garder tous les joueurs sur le qui-vive. À peu près personne n'avait anticipé les départs précipités des Lawyer Milloy, Ty Law, Willie McGinnest et encore tout récemment de Richard Seymour.

Prix à payer

Mais pour revenir au match contre les Colts, il n'y a aucun doute que Belichick aurait dû opter pour un botté de dégagement. Manning, qui s'était ressaisi après une première demie chancelante, se serait retrouvé aux environs de la ligne de 30 verges des Colts avec deux minutes à faire et un temps d'arrêt en poche. Ayant besoin d'un touché pour gagner le match, qui sait si le grand Peyton n'aurait pas été victime d'une troisième interception en tentant de forcer un peu trop le jeu?

Nous n'aurons jamais réponse à cette question, mais une chose est sûre : on ne peut permettre à des quarts de la trempe de Manning, Brett Favre (Minnesota), Drew Brees (La Nouvelle-Orléans) ou Ben Roethlisberger (Pittsburgh) de bénificier d'une position si avantageuse sur le terrain en fin de match. Advenant qu'on ne parvienne pas à gagner le premier jeu, comme ce fut le cas pour les Pats, le prix à payer est beaucoup trop élevé!

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