Mais ne partons pas en peur! Le discours de M. Bédard n'a glissé que pendant quelques instants sur le circuit Bettman. Sans plus. L'objectif premier est de doter la Ville d'un édifice répondant aux normes des années 2000. Et l'on ne parle pas ici d'un amphithéâtre «à la Winnipeg». «Ce qu'on veut, c'est un Centre Bell (Montréal) à Québec», a lancé Bédard. Rien de moins. Tant qu'à jeter les fondations d'un édifice, aussi bien s'assurer qu'il soit prêt au cas où. Il serait donc totalement illogique d'y aller avec une capacité de 15 000 sièges alors qu'on peut en placer de 18 000 à 20 000.
Il reste cependant un bon bout de temps avant qu'on coule le béton. Bédard et les autres membres du comité associés au projet doivent maintenant aller chercher 50 millions $ avant de passer à la prochaine étape. Une somme qu'ils comptent amasser dans la communauté d'affaires, mais surtout chez M. et Mme Tout-le-Monde. «Si on ne trouve pas les 50 millions $, ça s'arrête là , a expliqué Bédard. Ce sera aux gens de montrer leur appui. Et une fois l'argent trouvé, nous allons nous tourner vers les trois paliers de gouvernement.»
Bédard aimerait voir les gens de Québec prendre le taureau par les cornes plutôt que d'attendre qu'un «messie aux poches pleines» débarque en ville. Lui-même impliqué à fond dans la Société du 400e en tant que trésorier depuis huit ans, il veut voir la population continuer de surfer sur les succès de l'événement. «J'ai attendu le passage du Cirque du Soleil en nos murs avant de publiciser le projet, a-t-il ajouté. Et il est important de réaliser que ce n'est pas le projet de Mario Bédard, mais bien le projet du monde de Québec.»
Porte entrouverte
Revenons maintenant à la Ligue nationale. Si jamais on parvient à doter Québec d'un nouvel amphithéâtre, la porte s'ouvre un petit peu. Parce que dans toutes ses déclarations concernant le retour éventuel d'un club de son circuit en nos murs, Gary Bettman a toujours tenu le même discours. «Sans nouvel amphithéâtre, il ne peut y avoir de hockey de la Ligue nationale à Québec», a-t-il répété à plusieurs reprises. Tiendrait-il le même discours le jour de l'inauguration d'un édifice moderne? Parions qu'il trouverait un autre argument.
La recette pour faire revivre les Nordiques une fois le complexe multifonctionnel érigé serait de convaincre un riche propriétaire que les cieux seraient plus cléments pour son club de hockey chez nous que dans une ville américaine, où il se contente du rôle de deuxième, de troisième et même de quatrième violon. Bédard a cependant apporté un bémol sur le retour de la LNH. «Si le plafond salarial est rendu à 100 millions $ dans quelques années, oubliez ça», a-t-il lancé.
La réalité québécoise demeure ce qu'elle a toujours été. Dans un contexte économique idéal, tout est possible. Mais dès qu'il y a de l'instabilité, des bâtons se glissent dans les roues. L'été dernier, les formations canadiennes pavoisaient en raison du taux de change devenu à leur avantage. Mais en l'espace de quelques mois, c'est l'hécatombe. Le dollar canadien a perdu plus de 20 ¢ et on a lu au cours des derniers jours que les dirigeants des Blue Jays de Toronto perdent 750 000 $ pour chaque différence d'un cent. Des dollars qui font souvent la différence entre une saison rentable ou une saison dans le rouge.
Ne plaçons cependant pas la charrue avant les boeufs. Le Colisée Pepsi est toujours debout. Et le projet du complexe multifonctionnel demeure un projet. C'est clair que les critiques vont faire les gorges chaudes. On va parler des millions de dollars investis pour retaper le vieux Colisée, du nouveau tableau indicateur, des beaux bancs bleus, des vestiaires rénovés. Mais on n'aurait jamais dû faire du neuf avec du vieux. Un nouvel édifice, peu importe le retour ou non de la LNH, demeure une nécessité. Parce qu'on ne parle pas d'un édifice juste pour le hockey, mais bien d'un édifice multifonctionnel. Un édifice qui va servir à tout le monde.


















