Bob Gainey n'avait vraiment pas le choix de ramener le mal-aimé dans le giron du club montréalais. Parce que malgré tout le mal qu'il a pu causer, le Russe demeure le joueur le plus talentueux du Tricolore. D'une certaine façon, l'équipe a bien plus besoin de Kovalev que Kovalev a besoin du Canadien.
J'entends déjà les opinions contraires à la mienne. Disons que ça criait pas mal fort au bureau, hier après-midi. À la base, nous sommes tous d'accord sur deux points : Kovalev est celui qui possède les plus belles habiletés chez le Canadien et il est sans l'ombre d'un doute l'athlète le plus difficile à diriger de toute la Ligue nationale. Mais à partir de là, ça diffère d'une personne à l'autre.
Certains l'auraient parachuté en Guinée-Biseau. Pas moi. Oui, si on peut l'échanger pour quelque chose de potable, qu'on le fasse. Mais tant qu'il est à Montréal, il faut qu'il soit sur la patinoire. On dit qu'il se traîne les bottines quatre matchs sur cinq, sauf que dans le match où ça lui tente de jouer, les chances du Canadien de l'emporter sont multipliées par 10. On ne me fera pas croire que Gregory Stewart ou Georges Laraque peuvent le remplacer sans que ça désavantage l'équipe.
Le noeud de l'histoire, c'est que Kovy a toujours détesté être menotté par un système. Et c'est là qu'il a tort. De nos jours, c'est le système qui dicte tout. Lorsqu'un joueur n'adhère pas aux directives de son entraîneur, c'est le club au grand complet qui est pénalisé. En conférence de presse hier après-midi, Gainey a laissé tomber que Kovalev avait accepté de faire certains compromis. L'intention est louable, mais le problème, c'est qu'il n'est pas un joueur de compromis. Faudra voir comment il se comportera lors de ses premières présences sur la patinoire du Centre Bell, ce soir.
Gainey a également fait sourire lorsqu'il a lancé que si Kovalev revenait comme le joueur qu'on sait qu'il peut être, c'était comme si le club venait de faire l'acquisition d'un nouveau joueur. C'est vous dire comment il était enlisé dans les sables mouvants. Le boss de la Sainte-Flanelle continue en disant que Kovalev devait y mettre les efforts nécessaires, être à l'écoute des entraîneurs et s'impliquer physiquement. Qu'il devait commencer avec le travail et finir avec le talent. Ouf! Une méchante commande pour l'ailier droit qui a vu le jour à Togliatti, la bourgade qui nous a donné les fameuses Lada. Des bazous pas fiables pour deux sous. Comme Kovalev depuis le début de la saison.
Rien de personnel, mais...
Mais si Gainey a fait sourire, Carbonneau a carrément fait rire en affirmant sans broncher qu'il n'y avait jamais eu d'animosité entre lui et celui qui devrait être son as. L'animosité existait bel et bien parce que Kovalev s'entêtait à ne pas suivre les consignes des entraîneurs. Probablement qu'il n'y avait rien de personnel. Mais ce n'était pas l'amour tendre. Pour qu'on renvoie un vétéran de son acabit à la maison pour quatre jours, il faut que ça aille mal. Toujours est-il que Kovalev lui-même a aussi déclaré qu'il n'y avait rien de personnel entre lui et son coach. OK, nous avons compris. Donnez-vous un bec sur la joue et allez jouer au hockey.
Bien reposé, le 27 devrait sortir des blocs sur les chapeaux de roues. On lui a «redonné» ses compagnons de trio Tomas Plekanec et Andrei Kostitsyn. Des excuses, il n'y en aura plus. Connaissant Carbonneau, c'est clair qu'il va donner beaucoup de corde à Kovalev. Déjà l'attaquant le plus utilisé du club avec une moyenne de près de 20 minutes par match, il ne chômera pas. Ce sera à lui de répondre. Dans le fond, le Canadien n'a rien à perdre. Si par le plus grand des hasards il se met à jouer comme il le faisait l'an dernier, super. Sinon, on l'endurera jusqu'à la fin de la saison, après quoi il va s'engouffrer dans son avion et s'envoler vers d'autres cieux.










