Dans le coeur de Perreault

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Kevin Johnston
Le Soleil

(Québec) Les bons souvenirs comme les mauvais restent gravés à tout jamais dans la mémoire des jeunes qui ont participé au Tournoi international de hockey pee-wee de Québec. Peu importe qu'ils aient gagné leur vie en pratiquant leur sport favori ou qu'ils aient accroché leurs patins quelques années après être passés dans la Vieille Capitale. Gilbert Perreault, l'un des plus prestigieux «gradués» de l'événement, avait d'ailleurs une savoureuse anecdote à raconter sur le sujet.

L'ex-numéro 11 des Sabres de Buffalo a pris part à trois Tournois pee-wee, ceux de 1961, de 1962 et de 1963. Il défendait les couleurs de son patelin d'origine, Victoriaville. Son souvenir remonte à sa deuxième participation. «En entrant ici ce matin, je me revoyais sur la glace du Colisée», a-t-il confié quelques heures avant de chausser les patins pour la première fois depuis deux ans, hier soir. «J'avais marqué six buts dans un match contre Chicoutimi. Nous avions connu un bon début de tournoi. Mais quelques jours plus tard, nous sommes tombés sur l'un des gros clubs de la région de Toronto. Nous avions perdu 9-1 ou quelque chose du genre.»

Ses six buts avaient évidemment fait jaser à l'époque. Une étoile était née, un hockeyeur aussi spectaculaire que talentueux qui allait faire les délices des amateurs du Canadien Junior et, bien sûr, des Sabres. Mais à la grande surprise de Perreault, le souvenir de ses six buts était partagé par un autre petit pee-wee. Ce n'est que 25 ans plus tard qu'il allait l'apprendre de la bouche même du joueur concerné.

«C'était tout juste avant que j'entreprenne ma courte carrière de deux ans comme entraîneur des Tigres de Victoriaville. Pour pouvoir coacher dans le junior majeur, ça me prenait mes cartes de compétences. Je suis donc monté à Montréal une fin de semaine pour suivre des stages de Hockey Québec. À un moment donné, un autre apprenti coach s'est pointé devant moi, m'a serré la main et m'a dit?: ?Monsieur Perreault, vous souvenez-vous de votre match de six buts contre Chicoutimi au Tournoi pee-wee de Québec?? J'ai bien sûr dit oui. Le gars a souri en ajoutant?: ?Je m'en souviens moi aussi, j'étais le gardien de l'autre bord?.»

Le Tournoi pee-wee a toujours eu une place importante dans le coeur de Perreault. Ce n'est pas peu dire pour un gars qui a remporté la coupe Memorial à deux reprises, qui était de la Série du siècle en 1972, qui a pris part à quelques coupes Canada, qui s'est retrouvé en finale de la coupe Stanley et qui a finalement marqué 512 buts et totalisé 1326 points en 1191 matchs répartis sur 17 saisons dans la Ligue nationale.

«Vous savez, c'est à Victoriaville que tout a commencé pour moi dans le hockey, a-t-il déclaré. Mais c'est au tournoi de Québec que j'ai en quelque sorte fait ma première sortie officielle. C'était gros et ça l'est tout autant aujourd'hui. Je me suis rendu compte de l'importance du tournoi lorsqu'un dépisteur de l'organisation du Canadien m'a confié à un moment donné qu'il m'avait remarqué pour la première fois au tournoi de Québec. Ça veut dire que les dépisteurs sont déjà là à évaluer les meilleurs joueurs.»

Une évaluation de joueurs qui a bien changé au fil des ans. Parce que, selon Perreault, le hockey lui-même a subi une grande transformation. Finie l'improvisation sur la patinoire, finie la créativité des joueurs naturels. Oui, il y aura toujours quelques exceptions çà et là, mais en bout de piste, il faut adhérer au système. «Le hockey est défensif aujourd'hui. Et selon moi, ça remonte à la victoire des Devils du New Jersey en finale de la coupe Stanley en 1995.»

Mais si le style de jeu préconisé dans le circuit Bettman lui déplaît, il reconnaît que les athlètes eux-mêmes sont devenus des machines. «Les joueurs sont tellement plus en forme que nous l'étions du temps où je jouais», a-t-il dit, sourire en coin. «Dans mon temps, les camps d'entraînement duraient six semaines et on avait besoin de tout ce temps-là pour nous mettre en forme. Aujourd'hui, ils commencent les matchs présaison après trois jours. Quant aux bicyclettes stationnaires, je n'en avais jamais vu avant l'âge de 27 ou 28 ans. Aujourd'hui, les joueurs pédalent même après les matchs.»

Des retrouvailles touchantes, même pour les légendes

Il n'y a pas que les amateurs qui ont ressassé des souvenirs en regardant aller les vieux et les moins vieux patineurs qui prenaient part au match des légendes du Tournoi pee-wee de Québec, hier soir. Quelques joueurs eux-mêmes se sont rendu compte qu'ils avaient partagé un moment de leur carrière. Et pas les plus évidents. Parlez-en à Craig Wolanin et à Gaétan Boucher.

Déjà bien installé dans la salle des entrevues hier matin, Boucher a poussé un cri lorsqu'il a vu Wolanin se pointer dans le décor. «Hé!, a-t-il lancé. On a joué l'un contre l'autre au Mondial de 1987. Je me souviens de toi, le grand défenseur pas reposant. Tu prenais tellement de place.»

Boucher, la fierté de Princeville qu'il a mené aux grands honneurs en 1969, n'a jamais pu réaliser son rêve de jouer dans la LNH. Un peu à cause de ses 5'7? et 150 lb. Mais ça ne l'a pas empêché de connaître une belle carrière en Europe. Nationalisé Suisse, il prenait part à sa première compétition dans l'uniforme de sa patrie d'adoption lorsqu'il a croisé le fer avec Wolanin et les Américains à Vienne.

«Je n'ai pas oublié les USA parce qu'on les avait affrontés trois fois en matchs préparatoires, a-t-il continué. On avait gagné deux de ces matchs-là et l'autre avait été serré. Le seul problème, c'est qu'ils nous ont servi une leçon de hockey lors de notre seul affrontement du Mondial.»

«Pas assez bon...»

Wolanin sourit lorsqu'on lui transmet les paroles de Boucher. «J'adorais porter le chandail de mon pays. J'avais également joué au Mondial de 1991, en Finlande. Ma grande déception, c'est de ne pas avoir pris part aux Olympiques. J'étais trop jeune au début des années 80 et pas assez bon lorsque les pros ont finalement été admis», a-t-il conclu en riant.

Et il a gardé son sourire lorsqu'il s'est mis à parler de son amour pour Québec et pour le tournoi lui-même. «Les meilleurs souvenirs de toute ma vie ont été forgés ici, a-t-il jeté. Le tournoi aura toujours un pouvoir magique. Regardez ce qui se passe ce matin (hier). À la table des autographes, j'avais Arthur Quoquocchi d'un bord et Jeannot Ferland de l'autre. Nous avons tous connu des cheminements différents, mais ici au tournoi, nous sommes tous égaux. Même chose pour le grand Mario (Lemieux) et Gilles Levasseur. C'est ce qui fait le plus chaud au coeur. Tout est en fonction de ce qui a été fait pendant le tournoi. Pendant que nous rêvions tous à aller au bout de nos limites. C'est ce qui m'impressionne le plus.»

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