Encore une fois, c'est l'entraîneur-chef qui écope. Guy Carbonneau n'est pas celui qui aurait dû partir. On le comprend d'être assommé. Mais quand la majorité de tes joueurs, surtout ceux qui devraient tirer la charette, ne veulent plus jouer pour toi, tu es cuit. Si seulement on avait pu se débarrasser de toutes ces peaux de vaches qui se pavanent avec le chandail tricolore sur le dos, ça aurait été plus juste. Mais ça ne fonctionne pas de cette façon dans le merveilleux monde de la Ligue nationale de hockey. Les joueurs sont rois. Rien de moins.
Carbonneau n'est pas parfait. Loin de là. Il a ses torts et c'est en bonne partie pourquoi Bob Gainey l'a congédié, hier après-midi. Le directeur général de la Sainte Flanelle sentait le tapis rouge glisser sous les patins de sa bande et il s'est convaincu que la meilleure façon de sauver la saison de l'équipe était de montrer la sortie à son coach et de prendre lui-même les rênes, comme il l'avait fait au milieu de la saison 2005-2006.
Est-ce que Carbonneau a été trop dur envers ses ouailles? C'est ce qu'on va lancer à gauche et à droite au cours des prochaines heures. Oui, il les a brassés un peu. Oui, il a peut-être manqué de jugement dans le dossier de l'énigmatique Alex Kovalev. Mais le blâmez-vous? Le grand Russe a de quoi faire suer. Surtout lorsqu'on connaît tout le talent qui l'habite. Mais le 27 a toujours joué un match sur quatre. Et c'est comme ça qu'il faut l'accepter. En bout de ligne, c'est un peu l'Artiste qui a peinturé son entraîneur-chef dans le coin. Avec l'aide de quelques-uns de ses poltrons de coéquipiers.
Pourtant, les méthodes de Carbonneau fonctionnaient à merveille la saison dernière. Titulaire du premier rang de l'association de l'Est, le Canadien a su traverser une campagne complète sans heurter d'écueil. Les récifs s'étaient cependant pointés en séries éliminatoires, peut-être une indication de choses à venir.
C'est pas compliqué, Carbonneau a dirigé comme il a été dirigé au fil des ans. Et surtout comme il a joué. C'est pourquoi il broyait du noir lorsqu'il voyait un de ses millionnaires faire fi des recommandations et se traîner les bottines. Mais ça, c'est la réalité du sport moderne.
Il faut tirer la conclusion que si le Canadien allait si mal, c'est que le système de Carbonneau n'était pas respecté par ses protégés. Ou bien que son système était déficient au départ. Gainey en a d'ailleurs fait allusion en conférence de presse, hier soir, lorsqu'il a mentionné qu'il était inacceptable de voir l'adversaire obtenir autant de chances de marquer. J'imagine qu'à partir de maintenant, ça va jouer la trappe chez le Bleu Blanc Rouge.
Gainey va tenir le volant serré. C'est juste drôle qu'il garde des gars comme Doug Jarvis et Kirk Muller dans le décor. Et voilà qu'il amène son entraîneur de Hamilton, Don Lever, en renfort. Il n'a toujours pas compris que son club a besoin d'un coach qui prendrait en charge ses défenseurs. Car ces derniers sont comme des poules sans tête depuis le début de l'année. Ça court partout, mais ça ne va nulle part!
Le vent tourne vite
Guy Carbonneau a résisté pendant deux saisons et demie. Sa fiche de 124 victoires contre 83 défaites et 23 matchs nuls est plus que respectable. On ne pourra jamais la lui enlever. Il n'y a pas si longtemps, son patron Gainey déclarait même que son meilleur coup à la direction du Canadien avait été d'embaucher l'ex-21 comme entraîneur-chef. Comme le vent tourne vite. D'ailleurs, pas plus tard qu'en décembre, on parlait toujours de championnat dans la métropole. Et plusieurs avaient déjà noté le nom de Carbonneau comme candidat pour le titre d'entraîneur-chef de l'année dans la LNH. Triste, vraiment triste.
Considéré par plusieurs comme le coach le plus intouchable depuis Scotty Bowman, Carbo est déjà parti. À quand le prochain sur le siège éjectable? Bob Gainey n'a qu'à bien se tenir.











