Les Nordiques n'auraient jamais dû partir!

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Kevin Johnston
Le Soleil

(Québec) C'est drôle la vie, hein? Tout à coup, le hockey de la Ligue nationale semble redevenu à la mode dans la Vieille Capitale. Ce qui n'était pas assez bon il y a 14 ans, ce qui ne valait pas la peine de sauver, serait tout à coup une valeur sûre à Québec. Tant mieux.

Ce n'est certainement pas moi qui vais m'en plaindre. Mais où diable étaient tous ces rêveurs en 1995 lorsqu'on a tout bonnement laissé partir les Nordiques?

Des Nordiques qui n'auraient jamais dû partir pour les cimes enneigées du Colorado. On s'en rend compte aujourd'hui, mais à l'époque, c'était une tout autre histoire. Québec était devenue trop petite pour la LNH. C'est du moins ce que colportaient les gens qui tenaient mordicus à ce que la formation fort prometteuse soit relocalisée dans un marché «à la Gary Bettman».

Le commissaire, qui était venu nous faire des yeux doux lors de sa nomination à la tête de la LNH, avait été élevé dans la NBA par David Stern. Plusieurs marchés possédant des équipes de basketball salivaient à l'idée de mettre la main sur une autre franchise professionnelle afin de rentabiliser davantage leurs amphithéâtres. Ce n'est donc pas Bettman qui allait s'opposer à un transfert d'équipe d'une ville comme Québec vers une métropole en pleine expansion comme Denver.

Disons que l'ami Gary ne s'est pas battu comme il le fait depuis quelques mois pour garder les Coyotes dans un marché artificiel comme celui de Phoenix.

Pourtant, c'étaient des gens d'affaires de la Belle Province qui avaient sauvé les Nordiques une première fois en 1988. Et ça ne leur avait même pas coûté 20 millions $. Metro-Richelieu, la Mutuelle des fonctionnaires, Daishowa (maintenant la papetière Stadacona), le Fonds de solidarité de la FTQ et la Société Autil (Aubut et Dutil) avaient juré à l'époque que les Fleurdelisés seraient à Québec pour toujours. On avait même entendu Claude Blanchet, grand patron du Fonds de solidarité, dire qu'il s'était lancé dans l'aventure «parce que plus de 500 emplois étaient en jeu». Sept ans plus tard, tout ce beau monde vendait les Nordiques à la Comcast Communications pour une somme supérieure à 90 millions $. Un beau retour sur l'investissement, non?

Le plus enrageant dans l'affaire, c'est que jusque-là, les Nordiques n'avaient jamais perdu un sou. Pas de déficit. On dit qu'ils auraient commencé à en perdre en 1995-1996. Mais avec un peu de patience, les proprios auraient pu empocher l'aide que la LNH a commencé à verser aux petits marchés quelques années plus tard. Et voilà que le plafond salarial prend de plus en plus de place. Sans compter que la valeur de la franchise aurait continué de grimper, se chiffrant sans difficulté aux alentours de 200 millions $ aujourd'hui.

Si le club était demeuré en ville, on aurait fini par lui construire un nouvel amphithéâtre. Québec serait demeurée dans le giron des grandes villes sportives et qui sait où en serait le dossier olympique aujourd'hui. On dit que le retour de la LNH est bien vu parce que l'économie a progressé au fil des ans depuis le départ des Nordiques.

L'économie

Si les Nordiques étaient demeurés, l'économie aurait progressé quand même. Et l'équipe ne s'en serait que mieux portée.

Mais là n'est pas le débat. Le dossier de la vente du Canadien a comme réveillé les gens d'affaires. Et comme quelques groupes intéressés à mettre la main sur le Tricolore sont repartis bredouilles, on commence à rêver à Québec. Voilà que le ministre des Finances du gouvernement Charest, Raymond Bachand, est prêt à donner un coup de pouce de 100 millions $ sous forme de prêt à quiconque serait intéressé à s'embarquer. Et il y a le Fonds de solidarité qui réapparaît dans le firmament québécois. Elle est bien bonne, celle-là.

En bout de ligne, il y a énormément d'interrogations. Loin de moi l'idée de jeter un voile noir sur les célébrations. Sauf que ça prend un groupe pas mal fortuné intéressé à mener le combat, ça prend un nouvel amphithéâtre, ça prend une équipe de hockey et, surtout, ça prend l'approbation de Bettman et compagnie.

Toute une commande.

Il y a cependant du positif, et ça, il faut l'admettre. Contrairement à 1995, le gouvernement semble vouloir sérieusement s'impliquer dans le dossier. Et avec un maire comme Régis Labeaume à la barre, ça va naviguer pas mal plus droit que sous l'administration L'Allier, qui a laissé partir un joyau sans même lever le petit doigt. Les temps changent.

Tant mieux!­

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