Après 36 ans à pratiquer son art au Soleil, Maurice Dumas fait le grand saut. L'heure de la retraite a sonné et il va maintenant profiter de la vie comme lui seul sait le faire.
Je parlais d'émotions qui se bousculaient. J'aurais pu tout aussi bien utiliser le cliché des sentiments partagés. Parce que c'est ce que nous vivons, la gang des sports. Nous sommes tristes de voir partir Maurice, mais nous sommes heureux pour lui parce qu'il n'aura plus à vivre la pression du train-train quotidien d'un grand journal. Nous sommes tristes parce qu'il ne sera plus là pour nous guider tous les jours, mais nous sommes heureux de le voir poursuivre son association avec Le Soleil. Parce que c'est l'élément le plus important. Ce n'est pas une véritable retraite qu'il prend, mais plutôt une préretraite.
Chers lecteurs, vous aurez droit à deux chroniques par semaine de Maurice. Il était extrêmement important pour Le Soleil de continuer à profiter de l'expertise de Maurice Dumas. Et de sa passion pour le sport. Parce qu'avant tout, Maurice est un passionné. C'est ce qui a fait de lui, à mon humble avis, le meilleur journaliste sportif «de terrain» que Québec ait connu.
Sa traque de nouvelles et de primeurs était incessante. C'était le seul but de son travail. Oui, il en est passé de bons chroniqueurs de sport. Le Soleil a également eu la chance de compter pendant des décennies sur le regretté Claude Larochelle, que Maurice idolâtrait. Chacun à leur façon, ils auront marqué la scène sportive de la Vieille Capitale. Et je suis bien content que Maurice continue de la marquer. À son rythme.
Maurice ne sera pas de bonne humeur de me voir lui consacrer une chronique ce matin. Un journaliste ne veut pas «être» la nouvelle, il veut la sortir. Mais dans ce cas-ci, ça s'imposait. On ne laissera pas partir un monument sans lui rendre hommage. Même s'il répète à tout le monde qu'il ne part pas vraiment.
Le but refusé d'Alain Côté
Faut maintenant que j'essaie de vous expliquer un peu c'est quoi un Maurice Dumas. Et vous donner des preuves de sa passion. Je vous raconte donc une couple d'anecdotes qui saisissent bien le personnage mythique qu'il est devenu sur la scène sportive chez nous. Sans le froisser, bien sûr. Mais il a toujours été bon joueur.
Mon association avec Maurice remonte au milieu des années 80. Pendant que nous étions tous deux assignés à la couverture des Nordiques. Maurice y était déjà depuis une quinzaine d'années. La date du 28 avril 1987, ça vous dit quelque chose? Ben oui, c'est le soir où Kerry Fraser a refusé le fameux but d'Alain Côté. On était au Forum pour le cinquième match de la finale de la division Adams. Une soirée mémorable sur toute la ligne.
Je m'en souviens comme si c'était hier. C'était la cohue dans l'amphithéâtre de la rue Sainte-Catherine. À environ cinq minutes de la fin de la rencontre, Maurice me donne un coup de coude : «Fais-toi discret, qu'il me dit. On s'en va en bas tout de suite. Je suis sûr qu'il va se produire quelque chose.» J'ai à peine le temps de me lever qu'il est parti. Quand Maurice a de quoi en tête, enlevez-vous de son chemin. J'entreprends le long périple vers le niveau de la patinoire.
Rendu en bas, je ne vois plus Maurice. Je me faufile dans un corridor sous les gradins et je me dirige vers le vestiaire des Nordiques. Le vestiaire des arbitres est sur mon chemin. À un moment donné, j'entends crier. Fraser apparaît. Il va vite. Quelques pas derrière lui, Michel Bergeron s'amène au pas de course et il l'invective, l'écume à la bouche. «Tu n'as pas de couilles Kerry, lui crie-t-il. Pas de couilles.» Quelques pas derrière Bergeron, un autre gars arrive les jambes à son cou. C'est Maurice, calepin de notes à la main, qui ne perd rien de ce qui se passe. À mes yeux, c'est la scène qui représente le mieux Maurice Dumas. Toujours dans le coeur de l'action. Toujours où ça brasse.
Un héritage à défendre
Fier défenseur de son héritage, il s'en est également fait une passion. Je me souviens d'une autre scène survenue pendant l'épopée Lindros. Ça se passait à Montréal (encore), en juin 1992. Le grand fainéant venait d'être échangé deux fois par les Nordiques et un groupe de journalistes «débattaient» sur la mezzanine surplombant le hall de l'hôtel Radisson.
À un moment donné, Bob McKenzie, maintenant avec TSN, ose dire que Lindros avait agi selon ses droits en refusant d'endosser le chandail des Nordiques lors de la séance de repêchage l'année précédente. Il venait d'allumer une mèche nommée Dumas. Furieux, Maurice rugit : «Vous êtes drôles vous autres [nos collègues anglophones]. Quand Mario Lemieux a refusé de se présenter sur le podium lorsque les Penguins l'ont repêché en 1984, vous l'avez quasiment traité de bandit. Pis là, Lindros est un héros.» J'ai évidemment tempéré les propos de Maurice. Tout un spectacle. Ce qui n'empêche pas que McKenzie et lui ont une merveilleuse relation aujourd'hui.
La plus grande passion de Maurice demeure cependant sa précieuse famille. Diane, sa complice de toujours, ses trois gars, Thierry le C.A. du clan , Hugo, chroniqueur à La Presse et le plus jeune, Guillaume, journaliste aux sports à la télé de Radio-Canada. Et bien sûr, ses trois petits-enfants, Noémie, Renaud et Justin, qui n'ont pas fini de le voir maintenant qu'il a plein de trous dans son agenda.
Bonne préretraite, Maurice. Tu nous as montré le chemin, c'est maintenant à nous de te prouver que nous pouvons maintenir tes hauts standards de journalisme. Le défi est grand, mais combien emballant. Et de toute manière, nous savons où te trouver.
Lisez aussi le blogue de Kathleen Lavoie sur Maurice Dumas.












