Une logique illogique

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Victime d'un coup d'épaule mal placé de la part de Mike Richards, David Booth a dû s'absenter pour 45 matchs.

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Kevin Johnston
Le Soleil

(Québec) Ça fesse fort. Lorsque j'ai pris connaissance de la décision de Colin Campbell de ne pas sévir à l'endroit de Matt Cooke, j'ai été commotionné. Littéralement. Peu importe ses arguments, le préfet de discipline de la Ligue nationale de hockey a manqué le bateau.

C'est aussi incompréhensible qu'inacceptable que le désagréable attaquant des Penguins de Pittsburgh s'en tire. Sa sournoise agression aux dépens de Marc Savard, des Bruins, a choqué tout le monde. Y compris, croyez-le ou non, Campbell lui-même. Mais ça n'a pas suffi. Cooke va continuer de chausser les patins pendant que Savard tente de retrouver ses esprits. C'est la plus grande injustice.

Les raisons évoquées par Campbell pour «blanchir» Cook font tout d'abord rire. Puis, elles choquent. «Nous devons être constants et faire ce qui est juste», a-t-il osé dire. Pour être constant, il remporte le premier prix. Constant dans son incompétence. Si Cooke n'a pas été suspendu, c'est en grande partie parce que Mike Richards (Flyers) n'avait pas été suspendu pour son coup pendable à l'endroit de David Booth (Panthers) en début de saison. Campbell avait raté son coup à ce moment-là. Et il le rate encore. Même qu'il se fourvoie totalement.

Ce Matt Cooke n'en est pas à ses premières frasques. Même qu'on pourrait dire qu'il est un récidiviste notoire. En janvier 2009, il avait hérité d'une suspension de deux matchs pour avoir atteint Scott Walker, à l'époque avec les Hurricanes, à la tête. Puis, plus tôt cette saison, il avait écopé d'une autre suspension de deux matchs après avoir également frappé Atrium Animism (Rangers) à la tête. Décidément, Cooke n'apprendra jamais. De là la frustration des dirigeants des Bruins. Et l'incrédulité d'à peu près tout le monde qui habite la planète hockey.

C'est encore plus choquant lorsqu'on entend Campbell déclarer que si le geste avait été commis l'an prochain, alors que les «supposés» nouveaux règlements concernant les coups à la tête devraient être en vigueur, Cooke aurait alors été suspendu. De la foutaise. Cooke a blessé un joueur en le frappant de façon gratuite. Il aurait fallu régler ça tout de suite. Quitte à le suspendre pour tentative de blessure. Il y avait plein de façons de l'écarter pour une dizaine de matchs. Mais non, on se fie au livre. Un livre de règlements plein de trous.

Paquet de problèmes

En laissant jouer Cooke, on ouvre la porte à un paquet d'autres problèmes. Premièrement : comment vont réagir les coéquipiers de Savard lorsque Cooke et les Penguins vont se pointer au TD Garden de Boston, jeudi prochain? L'inertie des dirigeants de la LNH va-t-elle forcer les joueurs à se faire justice eux-mêmes? On l'a d'ailleurs vu la semaine dernière lorsque Booth, qui avait raté 45 matchs à la suite d'un coup d'épaule mal placé de Richards, a laissé tomber les gants devant le joueur des Flyers. Il avait une crotte sur le coeur et ça paraissait.

L'autre porte qu'on ouvre, c'est la possibilité de voir certains des plus rusés des agitateurs de la LNH profiter de cette «immunité» décrétée par Campbell. Ce dernier a clairement statuté qu'il n'y avait aucun règlement qui empêchait un joueur d'en frapper un autre à la tête «de façon légale» dans le centre de la patinoire. Si tu affrontes un Crosby, un Ovechkin, un Heatley, un Kane en séries éliminatoires, seras-tu tenté de le sortir du match? Faut se poser la question.

C'est juste triste qu'on doive de nouveau débattre d'un sujet qui ne fait que causer ombrage au magnifique sport qu'est le hockey. Un sport où le but du jeu a malheureusement changé au fil des ans. Au départ, l'objectif était de tout faire pour pousser la rondelle dans le filet adverse. Mais la défensive a pris le dessus dans les deux dernières décennies. Les joueurs grossissent, sont plus rapides, l'équipement est plus sophistiqué et, surtout, plus dur. Tout ça mis ensemble joue gros sur l'impact des mises en échec. Le corps humain a ses limites. C'est pourquoi la solution va venir des joueurs. S'ils se respectent entre eux, il n'y aura plus de scènes du genre Booth-Richards, Savard-Cooke. Ça part de là.

Un bien cuit pour Cooke

Matt Cooke traîne une sale réputation. Vincent Lecavalier l'a lessivé dans les médias plus tôt cette semaine. Lui-même a été victime d'un coup douteux du numéro 24 des Penguins. «C'est un joueur salaud, avait laissé entendre le capitaine du Lightning. Il cherche à blesser lorsqu'il frappe, il cherche à t'atteindre lorsque tu ne le vois pas venir.»

Une déclaration qui fait plaisir parce que si les joueurs se mettent à placer les balises, c'est parfait. Parce que la meilleure solution pour enrayer le fléau des coups salauds, c'est de voir les athlètes plaider pour que ça cesse.

Un coéquipier de Cooke, le vétéran Bill Guérin, ne s'est pas gêné pour critiquer son pote en déclarant qu'il fallait à tout prix bannir les coups à la tête. Il s'attendait d'ailleurs à ce que Cooke soit suspendu pour son geste antisportif et a été surpris lorsqu'il a été blanchi. «Si un gars [Marc Savard] est blessé comme ça à la suite d'un coup à la tête, il faut qu'il y ait une sanction quelconque, a-t-il dit à un collègue de Pittsburgh. Il se passe des choses dans le feu de l'action. Les gars n'ont pas vraiment l'intention de se blesser entre eux, mais ça arrive. À partir de là, il y a un prix à payer pour ses actions.»

Guérin veut voir disparaître les coups gratuits, ceux qu'on ne voit pas venir. «Nous sommes tous dans le même bateau. Que le gars soit sur mon club ou qu'il évolue quelque part en Californie, c'est la même chose. Nous sommes tous dans la même ligue, nous nous attendons tous à évoluer dans un environnement sécuritaire. Je comprends qu'il est un coéquipier, mais il se trouve dans une situation difficile.»

Rage dans l'air

Reste maintenant à voir comment les Penguins vont se comporter à Boston jeudi prochain si les Bruins décident de faire payer le prix à Cooke. S'ils condamnent vraiment le geste de leur coéquipier, vont-ils empêcher qu'on s'en prenne à lui? Chose certaine, il y a de la rage dans l'air à Boston. À commencer par le dg Peter Chiarelli, qui n'arrive pas à croire que les joueurs des Bruins qui étaient sur la patinoire au moment du brutal impact entre Cooke et Savard n'aient pas cherché à le venger. «J'étais désappointé qu'il n'y ait pas eu plus de réaction, a-t-il déclaré au Boston Globe. Vraiment désappointé. Je vais d'ailleurs en discuter avec l'équipe afin d'aller au fond de l'histoire.»

Seul Patrice Bergeron a dit sa façon de penser à Cooke pendant que l'équipe médicale s'activait autour de Savard. Milan Lucic, Michael Ryder, Matt Hunwick et Dennis Wideman se sont contentés d'assister à la scène.

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