Routards babas cool, flâneurs aux pieds fatigués, amoureux non déclarés et étudiants se rencontrent, depuis 1974, au 25, rue Couillard, notre parcelle de Saint-Germain-des-Prés à Québec... Il fut une époque où des poètes comme Gaston Miron s'y réunissaient pour des récitals. Le Vieux-Québec s'appelait alors le quartier latin. Des vocations d'écrivains sont d'ailleurs nées entre ses murs patinés par le temps. Avant la «naissance» de Maud Graham, la romancière Chrystine Brouillet y coulait des expresso réfléchissant, j'imagine, à Paris où elle s'en irait écrire...
Aujourd'hui, si l'on déposait une bille au sol, elle roulerait d'un bout à l'autre de la pièce. Oui, le plancher porte la courbe des ans, mais c'est tout le charme de l'adresse... À l'étage souvent bondé, les serveurs, qui font aussi un peu office de cuisiniers, ne ménagent pas les efforts pour répondre sans traîner aux clients. La rapidité s'arrête là, car les clients Chez Temporel ont le droit de boire à petites gorgées leur tasse d'or noir... Merci!
À une table près de nous, des étudiants argumentent sur les principes de la rationnalité (!) et s'asticotent au sujet de la médecine globale... Notre conversation est décidément plus légère. L'enjeu du jour réside à choisir entre le croûton aux asperges ou celui au fromage. Chose certaine, la soupe s'inscrit comme premier service non négociable, car le «liquide chaud», Chez Temporel, ils savent y faire. Versées dans un bol à café, les vitamines au menu sont de couleur framboise. Potage d'automne, ce bortsch ravigote. À base de betteraves (dont la teinte vibrante perd de son intensité avec l'ajout de la crème), la texture de celui-ci est bien épaisse. La pomme de terre, le liant, masque à mon sens la saveur sucrée de «la bette». Quelques brindilles d'estragon rachètent ce déficit d'arômes.
Vin blanc et fromage à gratin sont deux ingrédients qui «aiment» le pain. Pensez à la fondue suisse. C'était mon attente que de retrouver l'effet de la mie enrobée de fromage coulant. On y touchait presque si ce n'était de la baguette un peu «sèche». Mon conseil : allez-y plus généreusement sur la rasade de vin, car le pain doit être mouillé, mais pas détrempé. Escorté par une salade mixte (mesclun, tomate, concombre), ce croque coupe la faim, mais pas l'envie d'un morceau de gâteau moka...
L'invité a retenu le croûton version asperges. Évidemment, je préfère les asperges fraîches (pour la couleur et la texture) à celles en conserve qui le garnissent, mais ne cherchons pas noise. L'en-cas sans prétention remplit bien sa mission nourricière.
À l'étape «obligée» du dessert, deux fourchettes prendront d'assaut le gâteau moka. J'adore celui du Temporel, un classique. Ma seule réserve est le fait qu'il sorte du frigo au moment du service. «Figé» par le froid, son glaçage au beurre est moins onctueux. Les plus patients lui laisseront quelques minutes pour se détendre. La récompense n'en sera que plus douce!
Au menu
Chez Temporel
25, rue Couillard, Québec
Tél. : 418 694-1813
Type de cuisine : croûtons, salades, soupes et desserts
Ouvert tous les jours dès 7 h
Soupe à 3,25 $
Sandwich de 4,75 $ à 5,50 $
Croûton de 7,25 $ à 8,50 $
Salade de 8,50 $ à 9,50 $
Bouteille de vin à compter de : 16,50 $
Coût de l'addition pour deux avant taxes et service : 26,25 $ (incluant deux soupes, deux croûtons et un dessert partagé)
Stationnement : dans la rue
On aime : la qualité de l'allongé, le gâteau Reine-Elizabeth, la crème de champignon, mais surtout le charme vieillot d'une adresse qui n'a pas changé d'un iota!
On n'aime pas : le coulis de framboises avec le gâteau moka. Une crème anglaise, voire un nappage au chocolat (ou rien du tout) contrasterait moins avec la saveur «beurrée» du glaçage.









