Mais cette grave lacune se voit corrigée avec brio par le travail du chef cuisinier Manuel Kak'wa Kurtness et son livre PachaMama, bel hommage moderne à l'égard de la Terre-mère.
Cet homme d'une vivacité d'esprit et d'une curiosité peu communes membre de la nation innue de Mashteuiatsh se passionne pour une foule de choses: les communications, le plein air, les différentes cultures autochtones, les arts visuels (il est lui-même un des artistes visuels d'origine amérindienne parmi les plus connus en Amérique du Nord).
Mais c'est encore la cuisine qui le fait vibrer le plus. Il l'enseigne à la polyvalente de Pointe-Bleue pour donner aux jeunes Innus la fierté de leurs racines et le goût de se l'approprier. Rien de ce qui est comestible ne saurait lui être étranger. «La cuisine demeure l'outil idéal pour connaître l'héritage d'un peuple, son histoire et pour entrevoir son avenir, précise-t-il.
C'est une forme d'expression artistique et un outil idéal de communication entre peuples qui va au-delà des différences.» Manuel Kak'wa Kurtness est donc en mission : transmettre l'héritage de ses ancêtres, tout en actualisant cet héritage par des créations audacieuses. Lui qui a fait son cours de cuisinier professionnel à Fierbourg, il tient à inscrire cette cuisine dans un courant moderne, pas l'ancrer dans un passé folklorique et figé.
«Il n'y a pas que la bannick dans nos traditions, qui vient d'ailleurs des Écossais, lance-t-il. Il est possible d'utiliser les ingrédients typiques des nations autochtones et leur inspiration issue de la nature tout en s'amusant à les amener plus loin, dans une cuisine qui fait partie du XXIe siècle, mais sans jamais oublier que c'est toujours un cadeau que la nature nous fait», insiste ce communicateur hors pair de 41 ans qui se passionne pour l'interdépendance entre les différentes nations autochtones.
«C'est aussi une cuisine très proche du territoire de chasse et de pêche, qui n'est pas codifiée parce que les anciens craignaient que l'homme blanc leur vole leurs recettes», dit-il. Pour cet auteur, les nations autochtones se seraient toujours échangé recettes, techniques de cuisson et de préservation de la nourriture au cours de gigantesques banquets qui réunissaient 2000 ou 3000 convives et où chacun devait apporter un plat à partager, véritable ancêtre des cours de cuisine.
«Il ne faut pas oublier que le premier et le plus vrai terroir québécois vient d'abord des Premières Nations», insiste l'auteur de PachaMama. «Il est temps de mieux le faire connaître et de nous réapproprier ce garde-manger qu'on nous a enlevé.»























