La triste histoire est racontée par Isabelle, la petite-fille de Simone, qui a fini par découvrir, avec le reste de la famille, le manège de ses cousines. Les prénoms ont été changés pour assurer l'anonymat.
Pendant plusieurs mois, les deux femmes ont profité de la générosité naïve de leur grand-mère pour quémander de l'argent, prétextant être sans le sou, alors qu'elles vivaient convenablement. Elles ont sans doute suivi l'exemple de leur père, qui était prompt à «emprunter» de fortes sommes à ses parents, suppose Isabelle. L'une des filles, quand elle était adolescente, avait même poussé l'audace jusqu'à demander à Simone de lui payer son billet d'avion pour effectuer un stage en France, alors que le billet lui avait déjà été offert par un oncle.
La grand-maman, remplie de bonne volonté et affaiblie par la maladie, sortait le chéquier. De semaine en semaine, le compte en banque était dégarni à coup de centaines de dollars. Des irrégularités qui ont attiré l'attention d'un des fils de Simone, qui était mandaté pour veiller aux affaires de ses parents.
La famille a commencé à avoir des doutes sur les bénéficiaires des sommes. Ils ont bien tenté de mettre Simone en garde. Mais la dame était peinée, car elle était convaincue que ses petites-filles étaient dans le besoin. De leur côté, les deux femmes ont senti que des soupçons pesaient sur elles. «Après, ma grand-mère n'a plus jamais reçu de visite de leur part», s'indigne Isabelle.
Quand les grands-parents ont dû être placés en centre d'hébergement, la maison familiale a été lentement dépouillée de plusieurs objets : des outils, des pièces d'artisanat, sans qu'on sache jamais où ils étaient passés.
Aujourd'hui, Simone est décédée. Mais Isabelle garde un souvenir amer de cet épisode. «Ma grand-mère a eu une vie difficile. Mais elle était toujours joyeuse, toujours de bonne humeur. Elle était très pieuse. Elle aimait sa famille et chaque fois qu'elle nous voyait, on avait toujours droit à une grosse accolade chaleureuse. Penser que quelqu'un est capable d'aller là avec une idée derrière la tête, c'est vraiment pas correct.»










