Il s'est pratiqué au Québec 17 000 césariennes en 2005-2006, soit 22,8 % de tous les accouchements, une hausse de près de 6 % depuis 1994. Soixante-dix pour cent des femmes ont reçu l'anesthésie péridurale; pour celles qui ont accouché par voie vaginale, ce sont 61,6 % qui y ont eu recours, deux fois plus qu'en 1993-1994.
Pour Manon Lévesque, une des rares formatrices accréditées Bonapace dans la région de Québec, ces statistiques n'ont rien d'anodin. «Le recours à la péridurale entraîne des conséquences. Cela peut ralentir le travail. À ce moment-là, il faut administrer de l'ocytocine (pour stimuler les contractions). Ou alors le bébé ne descend pas bien et on doit utiliser les ventouses, les forceps. Et il a été démontré qu'il y a beaucoup plus de césariennes à la suite d'une péridurale.»
Si, en Europe, la plupart des sages-femmes sont formées Bonapace, la méthode est relativement méconnue au Québec. À ce titre, l'hôpital Saint-Luc, à Montréal, fait figure de pionnier, car il a intégré la formation dans ses cours de périnatalité et tous les couples qui le désirent y ont accès. Mme Lévesque rêve que, plus largement, les infirmières et les médecins en périnatalité soient formés ou simplement que la méthode soit abordée dans les cours prénatals, afin que les parents sachent que cela existe.
D'autant plus que cela répond parfaitement aux objectifs de la nouvelle Politique de périnatalité lancée en juin par le gouvernement québécois, souligne-t-elle. En effet, l'État désire redonner les compétences aux parents, favoriser l'implication du père, réduire le taux d'interventions obstétricales.
Ressources rares
Nadia, de Lévis, avait lu sur le sujet et était intéressée à en savoir plus. Mais malgré le fait qu'elle travaille elle-même dans le domaine de la santé, et qu'elle ait consulté plusieurs ressources en quête d'information, elle a dû faire des recherches intensives pour dénicher une formation dans la région.
La formation est courte ? maximum trois heures ? et est donnée à domicile, pour environ 150 $. Parfait pour Nadia et son conjoint qui, avec leurs horaires atypiques, pouvaient difficilement suivre une formation donnée sur des jours fixes.
Gérer la douleur
La méthode fait appel aux mécanismes endogènes présents naturellement dans le corps humain et qui permettent de moduler et de gérer la douleur. Par exemple, entre les contractions, le papa masse les zones douloureuses afin de «stimuler les fibres nerveuses qui vont bloquer le message de douleur qui est envoyé au cerveau», explique Manon Lévesque.
Aussi, le père stimule des points précis sur le corps de la femme, appelés points gâchettes. Il appuie très fort pour créer une deuxième douleur. «Ce qui se passe physiologiquement, c'est que le cerveau ne peut pas s'occuper de deux douleurs en même temps. Il met de côté la douleur de la contraction pour se concentrer sur le deuxième site de douleur.» Des endorphines sont alors libérées dans l'ensemble du corps et vont soulager principalement la douleur de la contraction. Cette technique est inspirée de l'acupuncture. «Et c'est prouvé scientifiquement», souligne Mme Lévesque.
La méthode enseigne également diverses positions pour être plus confortable lors de l'accouchement, insiste sur l'importance de la respiration et aide la femme à visualiser et à contrôler ses pensées pour «briser le cycle peur-douleur-tension». Plus globalement, elle prône l'implication du père pendant toute la période périnatale. Cela favorise la création d'un lien d'attachement entre le père et l'enfant, soutient Manon Lévesque.
Présence compétente
Pour Nadia, la présence compétente et rassurante de son conjoint lors de l'accouchement a été très bénéfique. «Il était préparé, il savait quoi faire. C'est ce qui m'a aidée le plus», dit-elle. Elle est d'ailleurs la première à recommander la méthode à ses amies.
Pour en savoir plus sur la méthode Bonapace, consultez le www.bonapace.com. Pour joindre Manon Lévesque, consultez le http://www.toudoulavie.ca/.












