AVAC: moins risqué que la césarienne

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Dans 75 à 95 % des cas, il n'y a pas de contre-indication à accoucher naturellement après une césarienne.

Stéphanie Martin

Stéphanie Martin
Le Soleil

(Québec) Une très grande majorité de femmes ayant déjà subi une césarienne peuvent vivre un accouchement naturel. Entre 75 et 95 %. Pourtant, depuis 1997, le taux d'accouchement vaginal après césarienne (AVAC) a chuté au Canada, passant de 38,5 % à 18,9 % en 2006. «La tendance est très lourde en faveur de la césarienne. Les femmes ne sont pas informées de ce que ça implique.»

Hélène Vadeboncoeur, chercheuse en périnatalité, a depuis des années fait de l'AVAC son cheval de bataille. Elle vient d'ailleurs de rééditer son livre Une autre césarienne ou un accouchement naturel? S'informer pour mieux décider. Cette tendance lourde dont elle parle, elle estime qu'elle pourrait être amenuisée si les femmes recevaient davantage d'information sur les risques réels des deux options qui s'offrent à elles. En ce moment, pense Mme Vadeboncoeur, on insiste beaucoup trop sur les risques de l'AVAC, alors qu'on minimise ceux liés à la césarienne sur rendez-vous.

Depuis la fin des années 90, les lignes directrices des associations médicales canadienne et américaine ont changé, apportant plusieurs restrictions à l'AVAC. De plus, la peur des poursuites judiciaires dans le cas d'AVAC qui tournent mal, surtout aux États-Unis, a refroidi bien des médecins. Ces deux facteurs ont fait beaucoup de tort à l'accessibilité à l'AVAC, estime Mme Vadeboncoeur, rappelant que dans certaines régions, les hôpitaux refusent même d'en pratiquer.

Pourtant, très souvent, il n'existe pas de contre-indication à accoucher naturellement après une césarienne, insiste-t-elle. Le principal risque de l'AVAC est la rupture utérine, c'est-à-dire l'ouverture de l'incision, qui peut produire de graves complications pour la mère et le bébé. Le risque est néanmoins relativement faible, la rupture utérine survenant entre une et trois fois sur 500 AVAC.

Mais cette éventualité fait très peur aux professionnels et aux femmes. Et, comme solution de rechange, la césarienne peut apparaître séduisante. Mais elle donne aussi un faux sentiment de sécurité, selon Hélène Vadeboncoeur. Car elle comporte aussi des risques que la société en général a tendance à banaliser. En fait, dit-elle, «le risque décroît après chaque AVAC. Par contre, le risque de complications graves s'accroît après chaque césarienne». Arrêt cardiaque, hystérectomie, thrombo-embolie, infection grave, entre autres. Le risque de mortalité maternelle est aussi près de trois fois plus élevé à la suite d'une césarienne sur rendez-vous que d'un accouchement vaginal.

Traumatisme

Et il y a tout un aspect qui est occulté, selon la chercheuse : celui des conséquences traumatiques sur la mère. Certaines femmes, à la suite de l'intervention, ont subi un véritable stress post-traumatique. «C'est réel. [...] Mais ce n'est pas reconnu. Les femmes ont de la misère à en parler parce que personne ne veut les entendre.  [...] Ici, il y a peu de tribunes pour elles. J'ai rencontré des femmes qui m'ont dit : ?J'aime mieux mourir que de revivre une césarienne?», ajoute-t-elle. Les témoignages rapportés dans le livre apposent d'ailleurs un visage humain sur cette question. «Les femmes aiment beaucoup lire des histoires [vécues]. Ça leur permet de voir que oui, [l'AVAC] est possible.»

HÉLÈNE VADEBONCOEUR. Une autre césarienne ou un accouchement naturel? S'informer pour mieux décider, Carte blanche, 283 pages.

Échanges et yoga

Les couples qui songent à l'AVAC peuvent trouver une oreille attentive.

Mylène Dugal, professeure de yoga pré et postnatal au centre périnatal La Chrysalide, a elle-même vécu un AVAC et a mis sur pied des séances d'information sur le sujet. Son objectif premier : informer objectivement pour permettre un choix éclairé. Dans des rencontres individuelles ou en petits groupes, qui durent grosso modo 45 minutes, on revient sur l'expérience de la césarienne, pour comprendre ce qui s'est passé. «Je leur permets de parler de leurs peurs, de dire comment elles se sont senties. D'extérioriser», dit Mylène Dugal.

On discute aussi des risques que comportent l'AVAC et la césarienne. Et de l'importance de bien s'entourer dans le cas où on décide d'opter pour la première option. Suggestions de lecture et trucs de remise en forme sont aussi au menu.

Pour celles qui voudraient aller plus loin, des cours de yoga prénatal sont aussi offerts. Le yoga travaille sur la pensée, les émotions et le corps, trois aspects qui sont sollicités à souhait lors d'un accouchement, indique la professeure. On travaille donc sur la visualisation, la respiration et la posture, ce qui peut aider tant pour l'AVAC que pour un accouchement régulier.

Pour plus d'information, www.lachrysalideyoga.com

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