Les cadeaux d'anniversaire sont aujourd'hui une source de stress supplémentaire pour plusieurs parents. Mais pourquoi toute cette pression? «Les rituels sont des signes du temps. Je pense que nos rituels sont au diapason de la société, dans laquelle on est individualiste. La société est aussi assez consommatrice», avance Chantal Dauray, auteure et fondatrice de NosRituels.com.
Le contexte économique jouant pour beaucoup aujourd'hui, on se replie sur soi et on revoit nos valeurs, croit Mme Dauray, qui a écrit son livre Réinventez vos cérémonies, fêtes et rituels après avoir assisté à des funérailles «très désincarnées». Elle s'est alors questionnée sur les rituels collectifs pour marquer les temps forts de la vie, associés à la religion. «En sortant des églises, on n'a pas remplacé ces marqueurs de temps par autre chose.»
Les cadeaux d'anniversaire sont très valorisés et les commandes commencent plusieurs mois avant l'anniversaire des enfants. «Mais ce qu'ils veulent, c'est sentir qu'ils sont spéciaux!» assure Mme Dauray. Quelques petites touches de magie devraient suffire, d'après elle. Un gâteau demeure un incontournable, une structure de jeu gonflable, une piñata... mais surtout qu'on lui chante sa chanson d'anniversaire!
Ce sont souvent les adultes qui se sentent obligés de donner des présents toujours plus élaborés lorsqu'ils ont à faire face aux autres parents à la fête, indique Mme Dauray. Et en déballant ses cadeaux, le jeune concerné en vient souvent à ignorer ses nouveaux jouets, car tout ce qu'il veut, c'est s'amuser avec ses amis.
Solène Bourque, psychoéducatrice et professeure au Cégep du Vieux-Montréal, avait déjà discuté de ce tourbillon de consommation avec d'autres parents. «Est-ce quelque chose qui nous ressemble ou on le fait par convention sociale?», s'est-elle demandé. Ayant elle-même deux enfants de six et quatre ans, elle se dit surprise qu'ils reçoivent chacun de quatre à cinq invitations pour assister à des fêtes d'anniversaire par année, ce qui ne comprend pas leur entourage. Ce sont souvent pour des enfants que Mme Bourque côtoie très peu.
Le malaise s'est déclenché lorsque sa fille a été invitée à son premier party : «Les parents achètent des cadeaux de 20 à 25 $ pour l'enfant qu'ils connaissent à peine», s'étonne encore Mme Bourque. Et sa fille est rentrée à la maison avec un sac à surprises qui valait deux fois plus cher que le cadeau qu'elle avait offert. Ce n'est pas l'anniversaire des invités, après tout!
Et lorsque ce ne sont pas les cadeaux, ce sont les fêtes comme telles qui semblent démesurées. «Une fois, les enfants ont été invités au Château Ramezay où ils ont fait des galettes d'antan avec des animateurs déguisés en costumes d'époque!, raconte la psychoéducatrice. Si, à six ans, ça prend ça pour les impressionner, qu'est-ce que ça va être à 12?ans?»
La pression devient de plus en plus forte. Si l'amie de notre enfant reçoit un clown qui fait des sculptures de ballons à son anniversaire, l'invitée voudra inévitablement quelque chose du genre, son tour venu.
Pour sa part, Mme Bourque refuse de céder et d'organiser des fêtes hors de la maison. Elle préfère une fête significative, où les jeunes apprendront à mieux se connaître. Mais ce n'est pas facile de résister à la pression et les fêtes deviennent du coup de plus en plus coûteuses.
En effet, même si ça ne correspond pas à leurs valeurs, certains parents flanchent. «Entre 6 à 12?ans, les enfants se comparent beaucoup entre eux, ils sont compétitifs. Résister demande beaucoup d'énergie», note Mme Bourque qui estime également qu'il faut avoir beaucoup de courage pour «affronter» les autres parents.












