Partager ses photos d'enfants sur Internet: le malaise du premier bain

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Est-il en effet convenable de publier l'attendrissante photo... (Photothèque Le Soleil)

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Est-il en effet convenable de publier l'attendrissante photo de son chérubin pataugeant dans l'eau, dans son plus simple appareil? C'est une question de moralité, croit Vincent Gautrais, professeur en droit des technologies à l'Université de Montréal.

Photothèque Le Soleil

Laurie Richard
Le Soleil

(Québec) Édith et Marie-Michèle publient des photos de leur bambin respectif sur leur profil Facebook. Tout ce qu'il y a de plus normal pour elles; les deux jeunes mamans aiment partager ces souvenirs avec leurs amis et recevoir leurs commentaires. Mais une seule photo restera dans les dossiers de leurs ordis personnels : celle du premier bain. Parce que bébé est tout nu.

De toutes les images partagées sur Internet par les parents, bébé dans le bain est un des sujets les plus délicats. «On entend tellement d'histoires débiles», justifie Édith. Pour le reste, ses photos pourraient tout aussi bien être vues par tous. «Je ne suis pas parano du tout, même que je serais flattée de voir mon bébé à la télé.»

Marie-Michèle utilise surtout Facebook pour montrer des photos de sa fillette à sa famille élargie. «Tant que je peux choisir à quel public montrer les photos, ça ne me dérange pas.» Mais elle ne met pas en ligne les photos de son bébé sans chandail, en couche, ou nu. «Je n'aime pas ça, ça peut inciter du monde à regarder d'une autre manière. C'est son intimité.»

La blogueuse Anne D., de Québec, ne publierait non plus jamais une photo d'un marmot dans son bain sur son blogue, «parce qu'il y a tout plein de gens bizarres sur le réseau». Quand des copines blogueuses affichent de telles images, elle émet certaines réserves. «Il  y en a qui retire les photos, d'autres qui ne comprennent pas le malaise, et qui n'ont pas la même façon de voir les choses.»

Est-il en effet convenable de publier l'attendrissante photo de son chérubin pataugeant dans l'eau, dans son plus simple appareil? C'est une question de moralité, croit Vincent Gautrais, professeur en droit des technologies à l'Université de Montréal, en ajoutant qu'il ne le ferait toutefois pas. Il faut toujours prendre conscience que c'est un lien public à la vue de tous, appuie-t-il.

«Mais les technologies nous offrent souvent des moyens pour limiter le danger», affirme Vincent Gautrais. Le site de réseautage Facebook permet notamment de choisir quelles personnes verront les photos publiées. «La seule chose est qu'il faut avoir conscience que c'est un lieu public et que n'importe qui peut voir la photo des bambins.»

Sur les plates-formes de blogage, plusieurs éléments techniques permettent d'ailleurs de réduire la visibilité du contenu publié, continue le professeur. On peut, par exemple, choisir que notre page ne soit pas indexée dans Google.

Manipulations

Malgré tout, plusieurs parents demeurent hantés par l'image du pervers qui rôde sur Internet, récoltant les photos d'innocents enfants. «L'hypothèse du pédophile qui utilise Facebook est un phénomène excessivement marginal ultra-exposé dans les

médias», soutient cependant M. Gautrais, qui mène présentement des recherches sur le crime du Web 2.0. Au contraire, la mère ou le père sont malheureusement impliqués dans au moins 70 % des cas de pédophilie, souligne le professeur.

Ce sont d'ailleurs plus souvent des cas de manipulations de photos qui sont rapportés : des clichés personnels utilisés à des fins commerciales, pour une pub, par exemple, sans demander l'autorisation de l'auteur. L'été dernier, la famille Smith du Missouri, aux États-Unis, a été surprise de découvrir que leur photo des Fêtes passées avait été utilisée par un supermarché tchèque pour promouvoir leur service de livraison. La mère avait publié cette photo sur quelques sites de réseautage social ainsi que sur son blogue, et le portrait s'était retrouvé, grandeur nature dans une vitrine, à Prague. Rien de bien méchant, mais quand même toujours troublant.

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