Chaque semaine, Louise Lettre enseigne aux femmes enceintes à chanter. Pas pour en faire des Maria Callas, mais pour faciliter leur accouchement. Les vibrations, produites par le chant, provoquent des bienfaits insoupçonnés.
«Toutes les futures mères chantent, mais sans en connaître les impacts positifs sur elle et leur enfant», croit Mme Lettre.
Psychologue depuis 30 ans, elle a été formée au chant prénatal il y a cinq ans par la Française Chantal Verdière. Depuis, elle est la seule à offrir un atelier de chant prénatal à Québec.
Chaque jeudi soir, ses élèves apprennent des vocalises de tête, du thorax, du ventre et du bassin. Plus les femmes enceintes parviennent à différencier ces zones grâce aux sons qu'elles produisent, plus elles sont en mesure de concentrer leur énergie au bon endroit le moment venu.
«Certaines femmes qui accouchent poussent avec leurs mâchoires! L'énergie ne descend pas dans leur bassin. Elles n'habitent pas leur corps», observe Mme Lettre.
Un do à la fois, les futures mères prennent donc conscience de leur corps et de ses capacités, mais découvrent aussi de nouvelles façons de respirer. Comme les chanteurs professionnels, elles apprennent à utiliser les côtes et les côtes arrière.
«Elles sont moins handicapées lorsque le bébé commence à prendre de plus en plus de place et qu'elles respirent plus difficilement avec l'abdomen. Lors de l'accouchement, le chant permet aussi de descendre la respiration. Ça diminue les risques d'hyperventilation et d'épuisement», ajoute Mme Lettre.
Les vocalises entraînent aussi les muscles utilisés lors d'un accouchement, comme les abdominaux et le diaphragme, mais sans exercice physique. «C'est d'ailleurs idéal pour les femmes enceintes qui doivent rester alitées.»
Mme Lettre insiste sur le profond lien d'attachement qui se crée entre l'enfant à naître et ses parents. «La mère découvre que son bébé est une personne et qu'elle est déjà en relation avec lui.»
Christelle Landheer-Cieslak, une immigrante française installée à Québec depuis 2004, en sait quelque chose. Elle a fait l'expérience du chant prénatal deux fois plutôt qu'une. La technique avait été si efficace pour sa fille Sarah, née en 2003, que Christelle a répété l'expérience pour son fils Jonathan, né en 2006.
«Enceinte, je lui lançais des sons et il me répondait exactement de la même façon. Par exemple, si je lui envoyais deux sons serrés, il tapait deux coups serrés!» raconte Christelle.
Enfin, un atelier de chant prénatal permet aux femmes enceintes de partager leurs expériences et leurs peurs. Bien qu'il ne s'agisse pas d'un groupe de paroles, le chant leur permet de s'exprimer et de prendre leur place.
«Quand on accouche, il faut aller chercher notre femme sauvage et le chant permet de trouver cette énergie-là. Sans compter qu'en groupe, on se sent moins ridicules», souligne Mme Lettre.
Le moment venu
«Les vibrations, surtout celles produites par les sons graves, apaisent vraiment la douleur et ont un effet méditatif», se souvient Christelle. En effet, lors de l'accouchement, les sons graves provoquent la sécrétion de l'endorphine, une hormone qui procure un sentiment de détente et de bien-être. Ces sons facilitent la dilatation.
«En plus, le fait de maintenir ces sons fixe la douleur ailleurs. La tête décroche et on laisse plus le corps faire son travail», précise-t-elle.
Quant aux sons aigus, ils provoquent la sécrétion de l'adrénaline, une hormone qui permet de faire face à la douleur lors d'un accouchement. Ces sons, utiles lors de la poussée, facilitent le passage du bébé. «J'ai failli me casser les cordes vocales, mais les sons aigus m'ont vraiment aidée à expulser ma fille», raconte-t-elle.
Présent à ses deux accouchements, son conjoint Ronald a vraiment eu l'impression de l'accompagner en devenant son coach vocal. «Les sons graves étaient beaucoup plus faciles à faire pour moi, alors ça lui permettait de garder le rythme», a-t-il mentionné au Soleil.
Enfin, dès leur naissance, les enfants comme Sarah et Jonathan peuvent aussi être accueillis avec un chant. «Le nouveau-né reconnaît la voix de ses parents et se sent en sécurité. Vous imaginez l'accueil affectif que ça lui fait?» s'exclame Mme Lettre.
Devant les parents curieux, mais angoissés de faire des fausses notes, Mme Lettre se montre rassurante. «Le but n'est pas de leur apprendre à bien chanter, mais à maîtriser les sons. On chante aussi pour le plaisir», conclut-elle.
Louise Lettre anime son atelier de chant prénatal chaque jeudi, de 19h30 à 21h, au YWCA de Québec. Le coût est de 10 $ par personne ou de 15 $ par couple.











