La compagnie derrière ce site (et d'autres comme water4gas.com) appartient à un certain Ozzie Freedom, qui vit en Californie et se dit ingénieur. Elle vend pour 97 $US une paire de manuels expliquant comment fabriquer et installer sur son moteur un dispositif qui produit de l'hydrogène. L'appareil consiste en quelques pots Mason remplis d'eau distillée où l'on assemble un électrolyseur; celui-ci utilise «un petit peu du courant de la batterie» pour séparer les molécules d'eau (H2O) en atomes d'hydrogène et d'oxygène, ce que le site appelle «gaz HHO».
«Le gaz HHO, lit-on, est alors introduit dans le carburateur», où il sert de combustible. En somme, l'idée est de remplacer une partie de l'essence par de l'hydrogène ? ou enfin, par du «gaz HHO». Les économies de carburant rapportées sur ce site par des «consommateurs satisfaits» vont jusqu'à 50 %.
Tout cela a l'air bien beau. Le texte du site est abondant, contient certaines explications, des arguments de vente, même des citations de la NASA, etc. Mais à bien y regarder, il y a pas mal d'eau dans le gaz. Littéralement. Procédons dans l'ordre.
D'abord, si c'est vraiment du «gaz HHO» qui est injecté dans le moteur, autant parler de «vapeur d'eau», tout simplement. À l'état d'atomes solitaires, l'oxygène et l'hydrogène sont très réactifs et se lient rapidement à ce qui les entoure. En présence l'un de l'autre, ils s'assemblent instantanément en H2O. Théoriquement, un peu de vapeur d'eau pourrait augmenter la pression gazeuse qui fait bouger les pistons du moteur, mais cela ne se traduirait pas par des économies d'essence, dit Jacques Bégin, de l'Institut de recherche sur l'hydrogène de l'Université du Québec à Trois-Rivières.
Et même s'il s'agit bien d'hydrogène H2, «les 50 % d'économie, c'est de la foutaise, lance-t-il. Dans le meilleur des cas, on peut espérer 1 %, peut-être 2 %, mais c'est vraiment dans un scénario idéal. Ça veut dire qu'une voiture qui fait huit litres aux 100 kilomètres va faire 7,92 l/100 km.» Avec une telle automobile, en supposant que le litre d'essence se vende 90 ¢ et en tenant compte du taux de change, il faudrait rouler plus de 160 000 km pour rentabiliser les 97 $US que coûte ce «kit à hydrogène». Presque quatre fois la circonférence de la Terre. Ou 24 $US d'épargne par tour du monde.
Cela n'est guère surprenant, puisque seule une très petite partie du courant de la batterie est utilisée, lit-on sur le site Web. Comme la puissance de cette batterie au complet ne mènerait pas une auto bien loin, le ci-devant gadget ne peut pas faire plus qu'une différence infinitésimale. Et encore, seulement dans certaines conditions.
La batterie, en effet, doit elle aussi puiser son énergie quelque part, et c'est le moteur (par une pièce nommée alternateur) qui la lui fournit. Autrement dit : recharger la batterie consomme de l'essence. Se servir de son courant électrique pour économiser du carburant n'a donc pas beaucoup de sens, à moins que la batterie ne soit pleinement rechargée. À ce moment, l'alternateur produit du courant «dans le vide», et le hydrogen booster peut le récupérer, mais au risque de se répéter, la quantité d'énergie réchappée est insignifiante.
Et elle l'est d'autant plus que l'hydrolyse n'est pas «rentable» d'un point de vue énergétique, c'est-à-dire qu'il faut dépenser plus d'énergie pour briser les molécules d'eau que le H2 ainsi obtenu n'en contient. D'après le livre Au bout du pétrole, du physicien québécois Normand Mousseau, on ne récupère en ce moment, au mieux, que 74 % de l'énergie «investie». De là à dire que notre «kit à hydrogène» brûle plus d'essence qu'il n'en sauve, il y a un pas, mais il n'est sans doute pas innocent que la toute première phrase du site dise ceci : «Nos manuels en ligne et nos DVD vous sont présentés comme des preuves de concept expérimentales et à titre informatif seulement, sans aucune garantie de résultat.»
Si water4gas.com veut prouver l'efficacité de son produit, d'ailleurs, les portes de l'Institut de recherche sur l'hydrogène lui sont ouvertes, dit M. Bégin. Dans l'éventualité où les résultats s'avéraient positifs, on aurait fait avancer la science, mais comme les autres ingénieurs que nous avons contactés à ce sujet, M. Bégin demeure très sceptique. «À ma connaissance, il n'y a aucun article scientifique qui appuie ces projets-là.»











