Grande, grande question, que de nombreux consommateurs se sont déjà posée, à en juger par le nombre de pages Web qui en traitent. Le hic, cependant, est qu'il y a plusieurs réponses possibles, qui recèlent sans doute toutes une part de vérité.
Ainsi, dans son numéro de janvier dernier, E/The Environmental Magazine affirmait qu'«il est nettement mieux, d'un point de vue environnemental, de garder votre vieille voiture le plus longtemps possible, surtout si elle est bien entretenue et qu'elle ne consomme pas trop d'essence». Le magazine cite à l'appui une étude de Toyota selon laquelle jusqu'à 28 % des émissions de CO2 d'un véhicule au cours de son cycle de vie (de la fabrication à la ferraille) proviendraient de l'usinage et du transport chez le détaillant. Alors si l'on remplace une voiture bien entretenue faisant, disons, 14 litres aux 100 km, par une autre qui brûle 12 l/100 km, il faut rouler longtemps pour que le changement devienne «rentable» pour l'environnement.
Mais bien entendu, si l'on remplace une grosse minoune rejetant une grosse boucane noire bien épaisse par une sous-
compacte performante, c'est une autre histoire. Le calcul doit être fait au cas par cas.
Le magazine E fait également valoir qu'en plus du coût écologique de la production d'une voiture neuve, la vieille (du moins, les parties qui ne sont pas recyclées) ira grossir nos piles de déchets déjà trop hautes. Sans compter que les hybrides, bien qu'elles brûlent moins de carburant, sont plus polluantes à fabriquer que les automobiles à essence, lit-on.
Encore ici, évidemment, le cas par cas s'impose, car si la bagnole est revendue à quelqu'un qui en aurait acheté une de toute façon, le bilan ne sera pas le même que si le véhicule prend directement le chemin du dépotoir...
Tous, par ailleurs, ne partagent pas l'avis de E/The Environmental Magazine. Ainsi, le président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, André Bélisle, considère qu'il est préférable remplacer l'ancienne voiture, surtout si elle n'a pas été bien entretenue.
«Par rapport à un véhicule bien entretenu, une auto mal entretenue peut être de 20 à 50 fois plus polluante, dit-il, on a certainement un gain environnemental en le remplaçant, même si on tient compte de la production d'un nouveau véhicule.
«Si les gens entretenaient bien leurs véhicules, je serais d'accord pour qu'ils les gardent aussi longtemps que possible, mais ce n'est pas le cas. Le Québec a le parc automobile le moins bien entretenu en Amérique du Nord.»
En outre, environ 75 % du poids d'une voiture est recyclé, argue M. Bélisle. «Cela pourrait être plus, dans certains pays, c'est 100 % du véhicule qui est recyclé, cela prendrait juste une volonté politique.»
Quoi qu'il en soit, le fait que des experts en arrivent à des conclusions divergentes illustre deux choses. D'abord, les exercices de «comptabilité environnementale» sont souvent difficiles à faire dans l'abstrait, car les cas concrets varient énormément.
Ensuite, quand on fait le bilan écologique global d'une décision, on finit souvent par comparer des pommes et des oranges. La décision de M. Thellen serait très facile à prendre si on se contentait d'examiner, par exemple, uniquement les émissions de gaz à effet de serre (GES). Il suffirait alors d'estimer la quantité de CO2 produite par la vieille bagnole pour, disons, les cinq prochaines années, puis de comparer le résultat à la production de CO2 d'une auto neuve pour la même période (plus le bilan carbonique de sa fabrication), et le tour serait joué. On aurait qu'à choisir la plus petite des deux sommes.
Qu'est-ce qu'on ferait des oxydes d'azote (NOx), que les vieux moteurs exhalent en plus grande quantité que les neufs, vous dites? Pas de problème : ces oxydes ne sont peut-être pas du CO2, mais on connaît la force de leur effet de serre, ce qui nous permet de les convertir en «équivalent CO2» et de les insérer dans nos calculs.
Cependant, il n'existe pas d'équivalent CO2 pour les produits chimiques qui se retrouvent dans le sol ou dans la nappe phréatique, ni pour l'espace qu'occupe une vieille voiture dans un dépotoir, ni pour le nouveau site d'enfouissement qu'il faut éventuellement ouvrir parce que les gens ne gardent pas leur véhicule assez longtemps. Il est donc difficile de comparer un gain en émissions de GES à la quantité de déchets supplémentaires que représente le remplacement d'une auto.










