En ces temps de pandémie, tout le monde, paraît-il, est sur les dents. Alors vendons tout de suite la mèche. Votre humble serviteur a soumis cette question à deux immunologues (Claude Perreault, de l'Université de Montréal, et André Darveau, de l'Université Laval) et un médecin vétérinaire (Michael Mourez, UdM), et leurs avis sont unanimes : l'être humain n'est pas plus vulnérable aux microbes que les autres animaux.
«Les humains figurent parmi les espèces animales qui jouissent de la plus grande longévité. Et une des conditions premières pour avoir une grande longévité, c'est d'être capable de combattre les virus et les bactéries, parce que ce sont les formes de vie dominantes sur la planète», dit M. Perreault.
Certes, on peut avoir l'impression que les autres animaux sont plus résistants que nous en les regardant s'abreuver à des flaques peu ragoûtantes. «Il y a peut-être un effet d'entraînement [du système immunitaire] pour les animaux qui boivent aux flaques depuis leur naissance», dit pour sa part M. Darveau, mais rien ne dit non plus qu'un être humain bien portant tomberait malade en buvant la même eau, ajoute-t-il.
Ce qui fait une différence, disent en choeur nos experts, c'est que les agents pathogènes s'adaptent à leurs hôtes. Les microbes développent ainsi une certaine facilité à infecter une espèce ou un groupe d'espèces en particulier. Les virus, par exemple, parviennent à s'introduire dans les cellules grâce à des protéines se trouvant à leur surface et pouvant se fixer à des récepteurs bien spécifiques sur la membrane des cellules. Ainsi, si les cellules d'une espèce donnée n'ont pas ce récepteur, le virus ne pourra pas l'infecter.
Certains pathogènes, bien sûr, sont plus dangereux pour l'homme que pour les animaux. La terrible fièvre hémorragique d'Ebola par exemple, qui tue environ 80 % des gens qu'elle infecte, est un virus qui est particulièrement virulent chez les primates supérieurs - les populations de chimpanzés et de gorilles en souffrent énormément elles aussi. Or, on connaît aussi des espèces de chauve-souris africaines qui sont porteuses du virus sans montrer de symptômes. On les soupçonne d'ailleurs d'être des réservoirs naturels où le virus Ebola peut se terrer, tranquille, entre deux épidémies.
«Mais à l'inverse, dit M. Mourez, il y a aussi des pathogènes qui sont beaucoup plus nocifs pour les animaux que pour l'homme. Pour en prendre un que les gens connaissent bien, la listériose, par exemple, est assez peu problématique chez l'humain, même si on en a fait grand cas récemment, mais c'est très, très problématique chez le mouton.»
Chez l'humain, en effet, la tristement célèbre Listeria monocytogenes, responsable du rappel de tant de fromages artisanaux en septembre 2008, cause généralement chez un humain en santé assez peu de symptômes, sinon de la fièvre et des nausées ? encore que cela puisse aussi virer en méningite. Chez le mouton, cependant, la même bactérie fait des ravages : elle rend les animaux incapables de se nourrir, engendre des problèmes de coordination, provoque de la confusion et mène les animaux à marcher en rond. Les bêtes meurent quelques jours après l'apparition des symptômes.
«Donc il y a une espèce d'adaptation du pathogène à son hôte, et on voit ça très souvent», dit M. Mourez. Et c'est cette adaptation des microbes, beaucoup plus qu'une résistance générale de leurs hôtes aux maladies, qui explique pourquoi les animaux n'attrapent pas (toujours) nos maux. Mais il ne faut pas oublier que l'inverse est aussi vrai.
Autres sources :
- JEAN-FRANÇOIS SALUZZO. À la conquête des virus, Bélin/Pour la science, 2009.
- STACEY AMUNDSON, et al. «Listeriosis», Are Your Sheep Going Crazy?, Purdue University, http://ag.ansc.purdue.edu/sheep/ansc442/Semprojs/2002/neurological/listeriosis.htm











