Ce Ch'ti, originaire du nord de la France et arrivé au Québec en 1953, a fait tous les plans de la première phase du PEPS à la fin des années 60, avec l'architecte Jean-Marie Roy. Il a aussi travaillé dans plusieurs projets hospitaliers, son dernier étant le bloc opératoire de l'Enfant-Jésus, où il fallait faire les plans de 15 salles d'opération, avec Richard Proteau.
Aujourd'hui, à 87 ans, M. Ruby est en théorie un retraité. Mais en réalité, il n'arrête jamais vraiment de travailler. «Je travaille à temps plein et j'aime ça. Je ne suis pas capable de rester à rien faire», dit-il tout simplement.
La question du traitement local des eaux usées le turlupine depuis les années 50. Après la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), cet évaluateur en construction a travaillé avec un ami, en France, aux dommages de la guerre.
«Dans les villes rasées par les Allemands, toutes les maisons reconstruites devaient avoir une fosse septique, raconte-t-il. Mon ami a travaillé là-dessus et quand je suis arrivé au Québec, il m'a envoyé de la documentation.»
Il y a une différence fondamentale entre les systèmes français et ceux du Québec, explique-t-il. En Europe, les eaux de toilettes sont séparées des eaux ménagères, alors qu'au Québec, on utilise des fosses septiques toutes eaux. Les matières sont déposées à l'intérieur et les eaux ressortent sans avoir été filtrées. On doit donc prévoir un champ d'épuration à la sortie, où les eaux sont filtrées, dans le sol.
Filtrations successives
M. Ruby s'est inspiré du modèle français pour concevoir un système flexible, qui peut être aménagé en partie à l'intérieur de la cave.
La fosse ne reçoit que les eaux de toilettes, précise-t-il. Une action microbique anaérobique agit d'abord sur les matières solides pendant quelques jours. L'eau passe ensuite à travers un premier filtre qui retient à peu près 70 % des matières en suspension. Après, l'eau arrive dans un autre bac pour être filtrée par une couche de sable de piscine et trois couches de pierres de lave.
Après ces filtrations, l'eau aboutit dans un nouveau bac, qui peut être placé sous terre en dehors de la maison, où on peut tirer des prélèvements avant qu'elle soit rejetée dans le sol, sans qu'il soit nécessaire de recourir à un champ d'épuration.
«Un des avantages de mon système, c'est qu'un inspecteur peut faire des prélèvements en tout temps, à l'intérieur ou à l'extérieur de la maison. Quand ça vient près de dépasser les normes, on n'a qu'à changer les filtres, c'est tout.»
Restent les eaux ménagères, qui contiennent du savon et des produits de nettoyage. Dans un bassin séparé, elles traversent une «trappe à graisse», et trois éléments filtrants : mousse de sphaigne, pierre de lave et galets de rivière.
Un autre filtre en retire la majorité des matières en suspension et l'eau traverse ensuite une dernière couche de pierre de lave. Là encore, on peut prendre des prélèvements pour évaluer sa qualité avant de la rejeter dans le sol.
Système moins coûteux
«Il existe des systèmes plus sophistiqués, biologiques ou thermiques, mais aussi beaucoup plus coûteux, poursuit Serge Ruby. Moi, j'essaie de permettre aux gens d'avoir un système fonctionnel sans payer trop cher. Mon système est simple, économique, il prend peu d'espace et évite les coûts du champ d'épuration.»
Il a aménagé un premier prototype dans la région de Saint-Ubalde. Ce système sert de banc d'essai grâce auquel il pourra faire certifier son invention par le Bureau de normalisation.
Il entrevoit déjà plusieurs utilités à son système. La loi sur le traitement des eaux usées n'a été adoptée qu'en 1981, dit-il, et plusieurs des maisons bâties avant cette date rejettent encore leurs eaux usées directement dans les égouts. «Avec mon système, il suffirait d'enfouir une fosse de deux mètres de long par un mètre de large. J'aimerais bien en glisser un mot à la ministre de l'Environnement...»
M. Ruby est aussi allé chez les Inuits dans le cadre de son travail. «J'ai fait un hôpital à Povungnituk, et là-bas, il n'y a pas de fosse septique. On met tout ça dans un sac de plastique et on le met dehors. Mais avec la fonte du pergélisol, peut-être qu'ils pourraient utiliser des fosses septiques. Mon système est facilement transportable, ça occupe un peu plus d'un mètre carré à peine.»
Une fois son système breveté, certifié, il compte l'offrir à des entrepreneurs en construction, qui pourront eux-mêmes le proposer à leur clientèle. Serge Ruby a beau être un retraité hyperactif, il n'a pas pour autant l'intention de se faire entrepreneur. «Je suis trop vieux pour ça», dit-il. On a peine à le croire.










