Passionnée d'histoire de la mode, la directrice générale du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), Esther Trépanier, croit que le déclin de la haute couture ne date pas d'hier. «Ça a débuté avec l'arrivée du prêt-à-porter dans les années 1960, en fait, dit-elle. C'est à ce moment précis que la haute couture a perdu son monopole et que la mode s'est démocratisée. Aujourd'hui, la mode est multiple et plus accessible.» Le MNBAQ présentera d'ailleurs dès février une importante exposition sur l'âge d'or de la haute couture durant les années 50, une période qui signe en quelque sorte la fin de ses beaux jours.
Défilés coûteux
Onéreux et élitistes, les défilés de haute couture n'ont plus l'attention et la prestance d'autrefois. Lors des dernières présentations à l'automne dernier, l'intérêt pour la haute couture a aussi semblé baisser et plusieurs défilés n'ont pas été présentés à guichets fermés. Les journalistes mode présents avaient d'ailleurs remarqué une moins grande présence de vedettes et de médias. Mais les irréductibles tels que Chanel, Armani et Balenciaga en ont mis plein la vue, encore une fois.
Il faut dire que, depuis la vente de plusieurs maisons de couture à d'importants groupes financiers au tournant des années 2000, les préoccupations ont dévié de la création vers le marketing. «Les produits dérivés comme les parfums et les chaussures vendent plus que la haute couture et ce sont souvent eux qui permettent la rentabilité de l'entreprise», poursuit Mme Trépanier.
Assurer la succession
Un autre facteur pouvant expliquer ce déclin est le vieillissement, voire le décès, des couturiers fondateurs. Un récent article publié par Reuters faisait le décompte de l'âge des principaux créateurs avec, en tête, Oscar de la Renta : 77 ans, Karl Lagerfeld : 76 ans, Giorgio Armani : 75 ans et Ralph Lauren : 70 ans.
Sans compter les problèmes de succession vécus par les maisons dans les dernières années. Qui peut aujourd'hui nommer la styliste qui a remplacé le célèbre couturier Valentino lors de sa retraite? Nul doute que le nom d'Alessandra Facchinetti est complètement inconnu pour le commun des mortels. Ce n'est donc pas un hasard que plusieurs maisons de couture taisent le nom d'éventuels successeurs, comme c'est le cas chez Chanel.
Toutefois, Chanel sera peut-être l'exception qui confirme la règle, si l'on en croit son dernier bilan. Selon la porte-parole de Chanel Canada, Virginie Vincens, «2009 a été une belle année pour la haute couture. Nous avons de nombreuses nouvelles clientes en Russie, CEI et au Moyen-Orient, ainsi qu'au Japon et en Asie, même si les clientes américaines ont moins commandé». Attaché à ses racines «couture», Chanel demeure un château fort dans le monde de la mode, et ce, malgré les propos controversés de Lagerfeld et malgré la situation économique. En 2010, la maison continuera à investir dans la création haut de gamme et offrira davantage de services «personnalisés», soutient la porte-parole, comme se déplacer partout dans le monde pour faciliter les essayages des clientes «couture».
Couture alternative
On compte aussi sur l'éclosion de maisons de couture alternatives dont la popularité n'est pas basée sur la notoriété du fondateur, mais plutôt sur l'originalité de leurs créations. Parmi celles-ci, on note Martin Margiela, Issey Miyake, Yamamoto, etc. «La relève est assurée par d'autres créateurs. Même au Québec, on sent ce vent de changement avec les Denis Gagnon, Marie Saint Pierre et compagnie», insiste Mme Trépanier.










