Prenons par exemple la grande oie des neiges. Elle pond entre trois et cinq oeufs par couvée à raison d'un oeuf tous les jours ou tous les jours et demi. Quand elle a complété sa ponte, elle commence immédiatement à couver ses oeufs, et ce, durant une période de 24 jours. À la fin de l'incubation, les petits naissent à peu près tous en même temps.
Si on compare l'oie au pygargue à tête blanche, ce dernier pond jusqu'à trois oeufs à intervalles de deux à quatre jours, mais il commence à couver dès la ponte du premier oeuf. La couvée dure jusqu'à 45 jours. Cette façon de faire a pour effet que l'éclosion des oeufs s'étale sur plusieurs jours, et il peut ainsi y avoir plusieurs jours entre la naissance du premier et celle du dernier.
Qu'est-ce que ça peut bien changer dans la vie des oisillons qu'ils naissent tous le même jour ou qu'ils naissent des jours différents? C'est toute la différence au monde! Les chances de survie des rejetons qui naissent tous la même journée sont beaucoup plus grandes que celles des autres. Quand ils ont tous le même âge, la même grosseur, la même force physique, ils ont d'autant plus de chances de se rendre à maturité.
Par ailleurs, s'il y a un écart important entre la naissance du premier et celle du dernier, il y a beaucoup plus de risques que le petit dernier meure tué par ses frères et soeurs ou tout simplement de faim.
Ceux qui ont suivi en direct la naissance des trois aiglons dans le nid du pygargue à tête blanche dans l'île de Vancouver l'été dernier savent très bien de quoi je parle.
Après la naissance des trois petits, quand le père ou la mère revenaient au nid pour donner la becquée, on voyait l'aîné et le deuxième profiter au maximum de la nourriture, tandis que le plus jeune, qui était né une bonne dizaine de jours plus tard, attendait pour manger les restes, si restes il y avait. Finalement, il a survécu, mais ce n'était pas sans inquiétude.
Je viens de comparer deux espèces qui pondent à peu près le même nombre d'oeufs. Mais imaginez un peu ce qui arrive pour celles qui pondent jusqu'à une dizaine d'oeufs et qui commencent à couver dès le premier oeuf. Les derniers n'ont à peu près aucune chance de survie.
Prenons cette fois-ci comme exemple le harfang des neiges, cet oiseau qui ajuste sa ponte en fonction de la nourriture disponible sur son territoire. Les années de vaches maigres, il ne niche pas du tout ou ne pond que quelques oeufs, tandis que les années d'abondance, il peut en pondre jusqu'à 14. Le harfang couve durant une période d'environ 37 jours.
On peut donc imaginer facilement que lorsque le dernier rejeton perce sa coquille, il est voué à une mort certaine, ses frères et ses soeurs plus vieux étant déjà très costauds et agressifs.
Les merles d'Amérique
Pendant que la neige tombait en abondance sur Québec le 22 octobre, Louise Bouchard observait des merles d'Amérique qui se gavaient de petits fruits.
Voilà ce qu'elle en dit : «Quelques merles d'Amérique trouvaient le moyen de se nourrir dans un pommetier Snow Drift, après la première chute de neige de la saison. Resteront-ils parmi nous encore quelque temps? Espérons que la nature saura répondre à leurs besoins avant leur départ pour des cieux plus cléments. Honnêtement, je les pensais déjà partis... Je vous envoie quelques photos prises ce matin, chez mon voisin.»
Il est vrai que la plupart des merles sont repartis vers le sud, mais de plus en plus, chaque année, certains décident de rester et arrivent à survivre à l'hiver. Tout est une question de nourriture!
Des juncos à la mangeoire
Il n'y a pas que mes mangeoires qui sont fréquentées par les juncos ardoisés. Quelques témoignages reçus par courriel en font foi.
D'abord, Claude Despins, de Baie-Saint-Paul. «J'ai fait les mêmes observations depuis un an. Bien que les juncos préfèrent leur nourriture au sol, comme toutes les espèces qui ont faim, ils sont peu hésitants, chez moi dans la montagne à Baie-Saint-Paul, à s'installer à la mangeoire utilisée par les mésanges pour se nourrir de graines de tournesol.»
Suzanne Dubé de Neufchâtel va dans le même sens que M. Despins. En plus, elle appuie son témoignage d'une très belle photo d'un junco à la mangeoire juste à côté d'une femelle cardinal.
Serge Cloutier, de Charlesbourg, corrobore aussi le fait que les juncos fréquentent les mangeoires : «À propos des juncos, j'ai remarqué cette année le même phénomène à nos mangeoires. Un groupe d'une douzaine de juncos les fréquentent depuis une couple de semaines et plusieurs ont pris cette habitude d'aller eux-mêmes se servir aux mangeoires. Ils fréquentent tous les types de mangeoires : silos grillagés, cloches de pain de graines, mangeoires à perchoir et même les bûches de beurre d'arachide et de suif suspendues avec les autres. C'est amusant de les voir voleter pour s'y approprier une becquée de gras. C'est la première année que je remarque ce comportement. Est-ce par imitation des autres oiseaux ou par adaptation à une nouvelle source alimentaire, la question reste ouverte. Ils savent s'adapter, pas folles ces petites bêtes...»











