Que l'adorateur de la svelte bouteille brune et l'ami de Bacchus se le tiennent pour dit : dans une série d'articles exposant les dommages sociaux attribuables à l'alcool, des universitaires et des médecins réclament un resserrement international de l'accès aux bières, vin et spiritueux. Comme pour le tabac et les drogues illicites, en somme, peut-on lire dans la dernière parution du célèbre journal médical The Lancet.
Malgré l'effet indésirable impressionnant de l'alcool sur la santé des populations et les conséquences économiques substantielles, la «boisson» n'est pas assez contrôlée, écrivent en substance les professeurs Sally Casswell et Thaksaphon Thamarangsi. La première est directrice du Centre for Social and Health Outcomes Research and Evaluation de l'Université Massey, en Nouvelle-Zélande. L'autre s'occupe des politiques internationales au ministère de la Santé publique de la Thaïlande.
Les pays en développement prennent rapidement goût à l'alcool, tandis que les pays industrialisés découvrent que leurs jeunes se soûlent de plus en plus, enchaînent-ils. Et les conséquences seraient graves : une des études publiées en appui à la prise de position estime que plus de 6 % des décès annuels chez les hommes sont attribuables à l'alcool (2 % pour les femmes). En Russie, la populaire vodka causerait même la moitié des décès «prématurés» chez les hommes entre 15 et 54 ans.
En plus, une série d'impacts sociaux ont un coût mal estimé sur les finances publiques, selon les collaborateurs de The Lancet. La facture pourrait équivaloir à plus ou moins 1 % du PIB, donc plus de 15 milliards $ par année au Canada. Les frais s'accumulent : système de justice criminelle, productivité perdue, violence, perte de motivation pour l'école...
Voilà donc l'équipe de chercheurs qui militent en faveur d'une convention internationale sur le contrôle de l'alcool. Et qui proposent une série de mesures coercitives.
Au Québec, au Canada, plusieurs sont déjà appliquées : distribution encadrée par l'État, heures de vente réglementées, âge minimum pour l'achat, limite d'alcoolémie pour les conducteurs, etc. Mais un bon nombre surprennent par leur sévérité ? motivée par les ravages, disent les auteurs : taxation en fonction du taux d'alcool de la boisson, fin de la commandite, publicité réduite à sa plus simple expression et bannie à la télévision, interdiction de la vente dans les lieux publics, rabais sur la caisse de 12 proscrits, hausse des prix...
Drogue dure
«Je considère que l'alcool est une drogue dure à cause des dégâts qu'elle fait chez les gens», acquiesce Benoît van Caloen, professeur au département de service social de l'Université de Sherbrooke. L'alcool dégrade le cerveau et engendre des maladies dégénératives, rappelle-t-il. Entre 5 % et 10 % des buveurs développent une dépendance causant des effets négatifs.
Mais il doute que la prohibition, qu'un accès restreint à la bière, au vin et au «fort», soit une bonne piste... L'histoire a démontré que les populations assoiffées dénichent rapidement des approvisionnements clandestins : «Après trois ans, les gens sont complètement réorganisés dans des circuits parallèles. C'est plus dangereux!»
Comme pour le tabac, il faudrait être patients. La prévention serait plus efficace, «mais ça prend beaucoup de temps».












