Le Centre Apprentiss, partie importante du complexe intégré de formation en sciences de la santé, possède toute une panoplie de mannequins pour simuler des scénarios cliniques : un mannequin qui accouche, un nouveau-né en arrêt respiratoire, un mannequin qui fait une crise cardiaque, un autre qui réagit aux soins et aux médicaments qu'on lui prodigue. L'avantage de ces patients synthétiques est évident : ils donnent droit à l'erreur.
Les choses ont bien changé depuis que Gilles Chinaria a terminé sa formation d'anesthésiste à Laval, il n'y a de cela pas si longtemps. Il est aujourd'hui le responsable pédagogique du Centre Apprentiss, section médecine, «et anesthésiste à temps perdu», ajoute-t-il, avec une pointe d'humour.
«Il y a eu un changement de paradigme, dit-il. Quand on formait les résidents, la règle était : See one, Do one, Teach one! Tu observes le médecin, ensuite, tu fais toi-même la procédure et puis, tu es prêt à la montrer à quelqu'un d'autre.»
C'est une forme d'apprentissage qui rappelle la vieille relation entre le maître et son apprenti, observe-t-il. «Pour certains gestes, ça peut aller, mais pour d'autres, comme une péridurale à une mère sur le point d'accoucher, c'est totalement inadéquat. On le savait, mais on n'avait pas d'autre choix.»
Les simulateurs permettent de changer ce paradigme. L'étudiant peut observer le médecin à l'oeuvre, mais après, il peut répéter la procédure autant de fois que nécessaire pour l'assimiler, avant de se faire la main sur un patient en chair et en os.
«Ça permet de développer ces compétences complexes pour des gestes qu'on ne peut pas faire subir à un patient lors de notre apprentissage, pour des raisons éthiques évidentes.»
L'autre chose qui a changé depuis que M. Chinaria a terminé ses études, c'est le décloisonnement entre les trois grandes facultés (sciences infirmières, pharmacie et médecine), qui se retrouvent aujourd'hui dans un seul et même complexe intégré de formation des sciences de la santé (CIFSS), le pavillon Ferdinand-Vandry.
Les étudiants des trois disciplines apprennent à travailler ensemble en simulateur. C'est quelque chose de nouveau, assure Gilles Chinaria. «Ça ne se faisait pas avant. Au moment où j'étais étudiant, je n'ai eu aucune formation avec des infirmières. Ça ne commençait qu'à l'hôpital.»
Autre avantage des simulateurs, on y filme tout ce qui s'y déroule. Ça permet par exemple de se concentrer sur des aspects plus pointus du travail, comme on ne pourrait pas le faire en hôpital. On peut ainsi cibler les compétences en communication, qui se révèlent d'une importance cruciale en situation de crise.
«À l'hôpital, on n'a pas d'enregistrement vidéo pour faire un débreffage, explique M. Chinaria. On doit se contenter de la perception qu'en ont eu des individus. En simulation par contre, on se retrouve dans un milieu contrôlé; la vidéo nous permet de revoir exactement ce qui s'est passé, de manière beaucoup plus objective.»
Des psychologues sont aussi invités à participer aux débreffages, par exemple pour aider les étudiants à se préparer aux scénarios où on n'arrive pas à sauver la vie du patient. Des situations difficiles qui font évidemment partie de la pratique du métier.




















