La circoncision n'a pas la cote au Québec

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Peu pratiquée au Québec, la circoncision s'impose comme une pratique incontournable dans certaines cultures. Ci-dessus : l'habit traditionnel porté par les garçons turcs pendant la cérémonie de la circoncision.

Valérie Gaudreau
Le Soleil

(Québec) Si la circoncision fait jaser aux États-Unis, la pratique soulève moins de débats au Canada et au Québec, où cette opération demeure relativement rare. Et où les bienfaits de l'ablation du prépuce sur la prévention des maladies ne semblent convaincre personne.

«Mes collègues américains font beaucoup plus de circoncisions que nous. Il y a peut-être un aspect culturel. Mais parmi les urologues et pédiatres québécois et canadiens, je n'ai senti en aucun temps que la circoncision est nécessaire», explique le Dr Stéphane Bolduc, urologue pédiatrique au Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ).

Lui-même ne pratique pas de circoncision sans qu'elle ne soit médicalement requise, par exemple dans les cas de prépuce trop serré causant des infections urinaires à répétition. Mais encore là, circoncire tous les bébés pour contrer le faible taux d'infection de ce type est trop cher payé, estime-t-il. Même chose pour les risques de cancer du pénis. Là encore, son occurrence demeure trop faible - un homme sur 200 000 - pour justifier la circoncision systématique, dit-il.

Au Canada, on estimait en 2008 que 32 % des bébés étaient circoncis à la naissance alors qu'ils étaient 48 % en 1970 et 60 % en 1960. Au Québec, où le taux de circoncision a toujours été traditionnellement plus faible, à peine 3 % des bébés étaient soumis à une circoncision en période néonatale, note le Dr Jean Labbé, professeur au département de pédiatrie de l'Université Laval qui a rédigé la fascinante histoire de cette chirurgie controversée. Le document a été présenté lors d'un récent congrès québécois d'urologie.

Quant aux études menées auprès des hommes hétérosexuels africains montrant jusqu'à 50 % de réduction du taux d'infection au VIH, elles ne sont pas transposables ici, tranche le Dr Stéphane Bolduc.

«Oui, la circoncision semble avoir un effet protecteur dans la mesure où la peau du gland est moins sensible. Mais ça prend une incidence importante de la maladie pour que ça vaille la peine de circoncire à grande échelle», dit-il. «L'Organisation mondiale de la santé [OMS] là-dessus est claire, poursuit le Dr Bolduc, la circoncision peut avoir des bénéfices, mais dans les populations à risques élevés comme dans certains pays d'Afrique. C'est une étude qui ne se transpose pas à la situation du Québec.»

Prudence

Le Réseau canadien d'info-traitements sida (CATIE) joue aussi de prudence. Dans une section de son site Internet, l'organisme propose un résumé d'une étude australienne qui ne permet pas de prouver de façon statistiquement significative la réduction du VIH chez les hommes, dans ce cas-ci gais ou bisexuels.

Pire encore, plusieurs craignent que ce type d'étude ne laisse croire à une fausse protection à l'heure où le VIH fait encore des ravages. «Il ne faut pas valoriser la circoncision au détriment du port du condom. Tout ce qui peut se rapprocher d'une quelconque banalisation de la protection me fait dresser les cheveux sur la tête», illustre Thérèse Richer, directrice générale du Mouvement d'information et d'entraide dans la lutte contre le sida (MIELS-Québec).

Si ces études semblent trouver un certain écho auprès des autorités de santé publique et des pédiatres aux États-Unis, la question est somme toute peu débattue ici.

Dans sa position officielle, la Société canadienne de pédiatrie indique ne pas posséder suffisamment de renseignements pour recommander la circoncision com­me mesure de santé publique dans la prévention des maladies.

Au médecin de choisir

Le Collège des médecins du Québec ne prend pour sa part pas position sur la question. «On ne peut pas se prononcer sur tous les traitements ou toutes les techniques», indique la porte-parole du Collège, Leslie Labranche. Elle mentionne toutefois qu'en aucun temps un médecin québécois n'est obligé de pratiquer une intervention de ce type s'il ne le souhaite pas.

Une liberté que le Dr Stéphane Bolduc applique lorsque certains parents tiennent à faire opérer leur bébé pour des raisons de préférence, d'hygiène ou de religion. «J'ai déjà une liste d'attente pour des opérations nécessaires alors je leur dis que ça va prendre beaucoup de temps», dit-il. Et à cela s'ajoutent les frais alors qu'une circoncision qui n'est pas médicalement requise, donc non couverte par la Régie de l'assurance maladie, coûte environ 1000 $. «On tente de mettre les coûts les plus prohibitifs possible», souligne le Dr Bolduc.

Parmi les raisons invoquées par les parents, l'hygiène est mentionnée par 44 % des Canadiens, 37 % pour que leur fils soit «comme les autres» ou «comme son père». Le motif religieux est pour sa part avancé dans 15 % des cas, indique le Dr Jean Labbé dans son document sur l'histoire de la circoncision.

 

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