Hausse des infections transmissibles sexuellement chez les baby-boomers

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Pour la sexologue Jocelyne Robert, la hausse des infections transmissibles sexuellement chez les baby-boomers a un côté positif : elle prouve que ceux-ci ont une vie sexuelle et érotique.

Valérie Gaudreau
Le Soleil

(Québec) Les infections transmissibles sexuellement (ITS) sont en hausse chez les 50 ans et plus. «Bonne nouvelle!» répond la sexologue et auteure Jocelyne Robert.

L'affirmation, un brin provocatrice, surprend. Bien sûr, Jocelyne Robert ne se réjouit pas de la propagation des maladies. Mais plutôt de ce que sous-tend cette nouvelle réalité.

«Ce que ça nous lance dans la tronche, c'est que les gens de cet âge ont une vie sexuelle et érotique, ce qu'on a à peu près toujours nié», explique Jocelyne Robert.

«Ça vient aussi nous dire que ces femmes et ces hommes ne se contentent pas de fantasmer et de jouer à touche-pipi devant Internet», poursuit avec enthousiasme la sexologue pour qui aucun sujet n'est tabou.

Une réalité qui s'explique aussi par le nombre de baby-boomers et une façon d'aborder l'âge mûr jamais vu jusqu'ici. «En 1900, on mourait à 43 ans», note-t-elle. Aujourd'hui, Jocelyne Robert se réjouit de voir un nombre croissant de beaux «pré-vieux» et «pré-vieille» assumer leur vie sexuelle. 

À la mi-mars, Jocelyne Robert publiera d'ailleurs aux Éditions de l'Homme le livre Les femmes vintage, un essai parsemé d'autofiction qui abordera le thème du rapport de la baby-boomeuse au corps et à l'érotisme. L'expression «vintage» dans le titre fait quant à elle référence au fait de se bonifier avec l'âge, comme un bon porto qui garde toute son authenticité malgré le temps qui passe.

Voilà pour le volet «bonne nouvelle», donc. Mais restent les maladies. À ce titre, Jocelyne Robert n'est pas surprise que certaines femmes de 55 ou 60 hésitent à exiger le port du condom avec leurs partenaires rencontrés à la suite d'une séparation, par exemple.

«Elles ont souvent gardé l'habitude d'un couple longtemps basé sur l'exclusivité. Elles doivent apprendre à réapprivoiser l'intimité et juste ça, c'est une sacrée job, indique Mme Robert. Elles doivent se dire que si en plus elles doivent exiger le préservatif! Ça doit jouer sur le plan de la transmission.»

Tabou

Autre sexologue bien connue, Louise-Andrée Saulnier qui a animé les émissions Des mots pour le dire et Sexe et confidences souligne pour sa part le tabou persistant comme un facteur pouvant mener au manque de protection. «Vouloir se protéger, c'est admettre qu'on a une sexualité. Alors, quand le sexe est déjà tabou chez les personnes plus âgées, imaginez les MTS [maladies transmises sexuellement]! Ils ont peur de se faire traiter de vieux cochon ou de vieille cochonne», lance Mme Saulnier qui a d'ailleurs prononcé une conférence sur le thème de la sexualité des personnes âgées à la résidence Allegro du Faubourg Giffard vendredi dernier.

Résultat, dit-elle, le sujet est tellement tabou que ces personnes hésitent à consulter lorsqu'elles choppent une infection. «Elles continuent à butiner et à propager les maladies alors que se protéger est extrêmement important.»

Réticence historique

La réticence au port du condom, le clinicien et vice-président de l'Association des sexologues du Québec, Alain Gariépy, l'observe aussi chaque jour auprès de sa clientèle. «Avec les jeunes, on pense devoir leur parler du préservatif, mais finalement, il n'y a rien à dire. C'est réglé dans leur tête, ils l'utilisent.»

Or, il en est tout autrement avec les baby-boomers qui, historiquement, ont eu bien peu à composer avec le spectre des ITS. Pour la génération qui les a précédés, les comportements sexuels étaient réprimés par les valeurs morales ou l'Église. Pour la génération qui les a suivis, il y a eu le sida. «Le contrôle moral a été remplacé par le contrôle médical. On n'allait plus en enfer, mais au cimetière!» illustre M. Gariépy. Les baby-boomers, par contre, ont connu les quelques décennies d'insouciance entre ces deux périodes. «Les gens de 55 ou 60 ont commencé leur vie sexuelle dans les années 70, à l'époque du peace and love et de la liberté sexuelle, où le préservatif était peu fréquent», explique-t-il.

D'où la méconnaissance. Dans sa clinique, M. Gariépy dit d'ailleurs entendre de vieux arguments provenant des 50 ans et plus. «Ils disent qu'ils ressentent moins de sensations avec un préservatif. C'est le même discours que j'entends depuis toujours.»

 

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