Dorénavant, aimer les personnes du même sexe n'est plus un crime en Inde. Entrevue avec Sunita Kujur de l'association féministe Creating Ressources for Empowerment and Action (CREA), membre de la coalition qui a milité contre l'article 377.
Q Comment accueillez-vous le jugement de la Haute Cour de Delhi?
R Il y a huit ans, lorsque l'article a été mis en cause légalement, un jugement comme celui-ci semblait invraisemblable. C'est un gros pas en avant. Avec la loi sur la prévention de la violence domestique, il s'agit de l'un des jugements importants de ces dernières années.
Q La deuxième Lesbian and Gay Pride a eu lieu sans heurt cet été à Delhi, une ville très conservatrice; c'est bon signe?
R C'est très significatif. Il y a 10 ans, voir des homos s'affirmer ainsi sur la place publique n'aurait pas été possible. L'autre signe encourageant, c'est que beaucoup de personnes non homos étaient là pour nous supporter.
Q En Inde, le mariage est sacro-saint; quelle est votre position par rapport à cette institution?
R Nous remettons en question toutes les structures sociales injustes. Forcément, nous critiquons l'institution du mariage et la norme hétérosexuelle. Nous insistons cependant pour faire valoir que les pressions familiales et sociales exercées sur les femmes pour qu'elles se marient ne concernent pas que les lesbiennes, mais toutes les Indiennes. Les hétérosexuelles qui ne veulent pas se marier, qui ne veulent pas d'enfants ou qui souhaitent plusieurs partenaires sont aussi brimées dans leur liberté. Pour toutes celles qui ne sont pas dans la norme, il faut sans cesse se battre et négocier.
Q C'est envisageable de vivre en paix avec sa copine dans une grande ville en Inde?
R Quand je suis arrivée à Delhi il y a 14 ans, c'était extrêmement difficile pour une femme seule de louer un appartement. Le concept d'une femme vivant seule n'existait pas. Aujourd'hui, le contexte a changé. Beaucoup plus de femmes travaillent. C'est envisageable pour un couple d'emménager ensemble. On les prendra pour de «bonnes copines». Certes, les voisins se demanderont pourquoi elles ne sont pas mariées. Mais elles pourront vivre en paix, tant qu'elles gardent leur homosexualité cachée. Le problème, c'est que vous devez toujours avoir un profil bas et dissimuler qui vous êtes. Et vous ne bénéficiez pas des mêmes droits. Vous ne pouvez pas adopter un enfant ou acheter une propriété par exemple.









