Sandra Demontigny est sage-femme à la maison de naissance Mimosa du CSSS du Grand Littoral. Elle a accepté d'agir à titre de conseillère en santé et en organisation communautaire dans un projet de maison de naissance initié par le Centre d'étude et de coopération internationale canadien (CECI) dans la région de Oruro, à trois heures de la capitale bolivienne, La Pàz. Elle a gentiment accepté de répondre à nos questions pour «faire connaître une histoire solidaire et fonceuse qui pourrait initier la réalisation d'un rêve chez certains...».
Q Comment s'est présentée cette occasion?
R Tout ça a commencé en juin par un projet de trois semaines au Mali, une collaboration entre des centres de santé québécois et la Fédération des centres nationaux de santé du Mali. Je voulais tenter l'expérience depuis longtemps. Mon conjoint est venu me rejoindre à la fin du projet et nous en avons profité pour voyager. On voulait surtout voir si nous étions capables d'envisager un séjour à l'étranger avec les enfants. On en parlait souvent mais là on voulait voir si la réalité correspondait à nos rêves.
De retour au Québec, une dame du CECI me dit que le centre cherchait désespérément quelqu'un pour prendre la relève dans
un programme en Bolivie. Deux jours plus tard, on acceptait.
Q Est-ce que les sage-femmes québécoises participent souvent à ces projets?
R En allant au Mali puis en Bolivie, j'ai l'honneur d'être la première sage-femme à partir comme volontaire pour le CECI. Cela fera une belle place pour mes collègues qui souhaiteront dans l'avenir faire de l'international.
Q Qu'est-ce que vous allez faire en Bolivie?
R Le programme existe depuis trois ans. Il s'appelle «Un aguayo pour un accouchement sans risque». Il a remporté le prix Bill-McWhinney de l'ACDI, qui souligne l'excellence d'un projet de coopération internationale mené par des volontaires. L'aguayo, c'est le tissu dont se servent les femmes pour transporter les enfants. Il a d'autres utilisations, par exemple comme poncho, mais il a surtout valeur de symbole culturel.
C'est une des régions avec le plus haut taux de mortalité maternelle et infantile des Amériques. Dans la municipalité de Curahuara de Carangas (5000 habitants), on a construit, près du centre de santé, une salle d'accouchement qui reproduit la maison traditionnelle locale, afin d'inciter les femmes à y venir. Seulement 16 % des femmes enceintes fréquentaient le centre de santé avant ce projet. Maintenant, 84 % de femmes enceintes accouchent au centre de santé et la sage-femme qui participait au projet travaille maintenant à temps plein au centre de santé, c'est une première dans ce pays.
Je serai basée dans la ville de Oruro (200 000 habitants). Il reste du travail à faire pour harmoniser les relations entre les sages-femmes et les médecins, comme ce fut le cas ici au Québec, et je vais voir aussi si on peut répéter l'expérience dans d'autres municipalités.
Q Quel est le statut des sages-femmes au Mali et en Bolivie?
R Le Mali et la Bolivie sont très différents. Au Mali, les femmes ont en moyenne sept accouchements et les sages-femmes ont une place prépondérante dans le système de santé. il y a des écoles de sages-femmes et un ordre professionnel. En Bolivie, elles ne sont pas encore reconnues par le système de santé.
Q Est-ce que la famille et les enfants ont une place plus importante dans les pays en voie de développement?
R Au Mali, on a vu à quel point les enfants sont valorisés. On dirait qu'ici leur intégration n'est pas aussi fluide que là-bas. Les enfants sont partout, ils jouent avec tous les membres du village. On dirait qu'en Afrique, ça prend tout un village pour élever un enfant. C'est beaucoup plus communautaire qu'ici, mais les conditions sont beaucoup plus difficiles aussi. Au Mali, un enfant sur cinq meurt avant l'âge de cinq ans.
Q Quelles sont les principales difficultés que vous anticipez?
R On le sait déjà, ce sera l'altitude et le climat. On va passer du niveau de la mer à une altitude de 4000 mètres sans aucune transition. La première place où les voyageurs se présentent quand ils atterrissent à La Pàz, c'est à la clinique médicale.
La température varie entre des extrêmes, il peut faire chaud le jour et geler la nuit, et les maisons n'ont pas de chauffage. On s'est procuré des sacs de couchage faits sur mesure pour les enfants.
Il faut aussi qu'on ait une connaissance de l'espagnol, d'un niveau intermédiaire, parce qu'ils ne parlent que très peu anglais et encore moins français là-bas. Ni moi ni mon conjoint ne parlions l'espagnol mais j'ai dit que, si on nous donnait la possibilité de suivre des cours intensifs, je savais que nous pourrions y arriver. Alors on reçoit deux cours par semaine et nous serons prêts pour novembre.










