Maude Barlow: vers une crise de l'eau

  • Taille du texte
  • Imprimer
  • Envoyer

    Vous pouvez indiquer plusieurs adresses séparées par des virgules.

    Le commentaire peut contenir un maximum de 1500 caractères.

    Transfert des données
    Merci:

    Votre message a bien été envoyé!

    Pour envoyer à d'autres amis, cliquez ici

Maude Barlow, conseillère principale sur l'eau auprès de... (Lorraine Brand, CKEY Networks)

Agrandir

Maude Barlow, conseillère principale sur l'eau auprès de l'ONU

Lorraine Brand, CKEY Networks

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) Maude Barlow croit que la planète se dirige vers une crise majeure de l'eau, crise qui passe largement inaperçue au Canada en raison de la supposée abondance de la ressource au pays.

Sept ans après L'or bleu, son nouveau livre Vers un pacte de l'eau décortique les causes de cette crise et postule que les détournements et les abus de consommation de l'eau sont une cause majeure des changements climatiques et pas seulement un résultat.  

La conseillère principale sur l'eau auprès de l'ONU milite pour que l'eau redevienne un bien commun et soit reconnue com­me un droit humain fondamental. Le Soleil s'est entretenu avec elle sur l'inaction du gouvernement canadien depuis 40 ans et les contradictions québécoises.

Croyez-vous que l'accent mis sur les changements climatiques fait en sorte que nous passons outre des crises écologiques majeures, notamment concernant l'eau?

En effet, on tait les autres problèmes majeurs, ce qui est très frustrant, alors que tout est lié. Le détournement de l'eau est une cause majeure des changements climatiques. Des scientifiques ont calculé que nous pompons 700 000 trillions (1018) de litres des aquifères pour les besoins des grandes villes, à chaque année. Nous devons la récupérer pour la retourner dans le cycle naturel de l'eau plutôt que la jeter dans l'océan. On parle beaucoup dans le monde de sécheresses alors que, dans les faits, nous avons asséché les terres dans plusieurs parties du monde.

Pourtant, nous n'en entendons pas beaucoup parler ici. Pourquoi?

Il y a deux raisons. La première est que le Sud semble loin. Les gens ne s'arrêtent pas à penser que (les problèmes d'approvisionnement en eau potable) sont le résultat de 30 ans de politiques qui ont dévasté ces pays sur les plans économique et écologique. La plupart n'ont plus d'argent pour nourrir et donner de l'eau à leurs citoyens parce qu'ils doivent rembourser leurs dettes aux pays occidentaux. Les Canadiens, et nos compagnies, font partie du problème dans cette exploitation et colonisation du Sud pour nos besoins. La deuxième est que nos réserves d'eau nous font croire que nous pouvons faire ce que nous voulons sans nous soucier du reste du monde. C'est un mythe. Nous n'avons que 7 % des réserves mondiales d'eau douce exploitable, et non pas 20 %. Sinon, il faudrait vider tous nos lacs et assécher les rivières. De plus, les Grands Lacs sont de plus en plus pollués et nous extrayons plus d'eau que nous n'en remettons. C'est le mythe de l'abondance. La planète rétrécit sans cesse et nous devons nous en préoccuper.

Mais l'accord sur les Grands Lacs devrait nous aider à les protéger, non?

R  Le Québec et l'Ontario sont de simples figurants. C'est un accord qui permet aux États américains de décider qui peut extraire de l'eau, une abdication de nos responsabilités. De plus, l'Accord nord-américain de libre-échange a préséance sur l'accord, qui permet l'extraction pour l'eau embouteillée. La plus grande concentration d'usines de Nestlé au monde est autour des Grands Lacs. Il nous faut un sommet binational, avec les provinces et les États, parce que les Grands Lacs courent de plus grands dangers que les gens ne le réalisent.

Mais il y a des signaux encourageants provenant de l'administration Obama?

R  Oui. Barack Obama semble comprendre la situation et a débloqué des fonds. Ce qui fait contraste avec l'inaction du gouvernement Harper, qui ignore tout ce qui touche l'eau. Pourtant, l'eau est la principale source d'inquiétude des Canadiens, selon un sondage récent.

Vous critiquez sévèrement Ottawa, mais louangez le Québec pour sa politique nationale de l'eau...

R  Il y a beaucoup de potentiel. C'est merveilleux. Mais une fois que vous avez établi qu'il s'agit d'une ressource commune, il ne faut pas que ça ouvre la porte à l'exportation en échange de dividendes pour la population. Il y a beaucoup de pressions sur le gouvernement Charest pour exporter l'eau. Mais au-delà du profit immédiat, vous devez d'abord protéger l'eau pour les écosystèmes et les générations futures.

... mais vous êtes très critique à propos des barrages d'Hydro-Québec.

R  Trop souvent, et pas seulement au Québec, nous envisageons nos ressources en eau précieuses comme un outil de développement économique plutôt qu'un écosystème vivant que nous devons protéger. Nous envisageons ces milieux comme étant la «nature sauvage décadente», pour reprendre un industriel, qui s'offre à nous pour l'exploitation. C'est faux. Des communautés y vivent, d'autres espèces aussi. C'est là que l'eau se forme. Partout ailleurs dans le monde, on essaie de trouver une alternative à ces gros barrages. J'aimerais que le Canada devienne un chef de file en énergies renouvelables et que nous puissions exporter notre savoir.

Devons-nous tarifer l'eau pour éviter les abus?

Non, surtout pas pour les besoins quotidiens et l'agriculture locale. Nous pouvons éduquer les gens à réduire leur consommation. Les véritables abus proviennent de l'agriculture et la production industrielles. Nous devons d'abord protéger l'eau et en assurer un accès équitable. Pour le secteur industriel, il doit y avoir des permis et une tarification pour assurer la pérennité de la ressource (NDLR : ce que le Québec est en train de faire). Par ailleurs, il n'y a aucune raison, dans les municipalités, que les gens boivent de l'eau embouteillée. Elle a un terrible impact écologique, à cause du plastique, et appauvrit les aquifères. L'accès à un système public d'eau propre doit demeurer notre priorité.

 

publicité

la liste:246:liste;la boite:267:box

Aujourd'hui sur Lapresse.ca

Précédent

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

Les plus populaires sur Auto

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

image title
Fermer