La violence conjugale au-delà des coups

  • Taille du texte
  • Imprimer
  • Envoyer

    Vous pouvez indiquer plusieurs adresses séparées par des virgules.

    Le commentaire peut contenir un maximum de 200 caractères.

    Transfert des données
    Merci:

    Votre message a bien été envoyé!

    Pour envoyer à d'autres amis, cliquez ici

Marie-Josée Nantel
Le Soleil

(Québec) En huit ans de vie de couple, Julien n'a jamais frappé sa conjointe. Mais il l'a insultée et l'a aussi menacée de la jeter à la rue sans argent. Il l'a boudée une fois pendant cinq jours et a défoncé des murs à coups de poing devant elle. Comme plusieurs personnes aux prises avec des comportements violents, Julien ne se voyait pas comme un «batteur de femmes».

«Tant que je ne la touchais pas, je me disais que je n'étais pas violent», souligne-t-il en entrevue avec Le Soleil. Pour moi, un gars violent, c'était celui qui avait tué sa femme, à qui on mettait les menottes et qui faisait de la prison. Pas un gars comme moi!»

À cause de l'alcoolisme de sa conjointe, Julien se déresponsabilisait. Dans sa tête, c'était elle qui avait un problème. «Je lui criais qu'elle n'avait pas de colonne, qu'elle pouvait bien aller crever ailleurs. Pour moi, c'était bien parce que je lui disais ses quatre vérités. C'était ma manière de la réveiller», raconte ce père dans la trentaine.

L'hiver dernier, Julien l'a poussée pour la première et la dernière fois. Elle est partie. «On s'est disputés et ma colère est montée automatiquement... Je ne me reconnaissais plus. Quand on perd tout, c'est là qu'on se réveille», mentionne-t-il.

En mai, il a entrepris une thérapie volontaire avec le Groupe d'aide aux personnes impulsives (GAPI) à Québec. Il sait désormais reconnaître toutes les formes de la violence conjugale : verbale, psychologique, physique, sexuelle, économique et contre les animaux.

Grâce au GAPI, il a découvert que ses comportements violents cachaient un autre mal. «J'avais de la peine pour elle et je ne savais pas comment l'exprimer [...] Je manque beaucoup d'estime de moi aussi», admet Julien, amputé d'un membre à l'âge de huit ans.

Quant à Michel, un ancien client du GAPI, il a compris que ses comportements ont fait souffrir bien des gens. «Ma femme et mes enfants ont souffert. Ma violence était une conséquence. Mais j'ai aussi été la victime de ma violence. Elle cachait des frustrations personnelles que je n'arrivais pas à gérer», explique-t-il.

Apprendre la non-violence

Jean-François Vézina est intervenant au GAPI depuis son ouverture à Québec il y a 20 ans. Chaque semaine, il apprend à ses clients à se conscientiser et à se déprogrammer.

«La violence conjugale n'est pas innée, affirme-t-il. C'est un problème qui s'apprend. Dans 85 % des cas, nos clients ont été exposés à une forme ou l'autre de violence dans leur famille. C'est le premier lieu d'apprentissage, ça les a marqués. Ce n'est pas un mythe.»

En 2009, le GAPI a aidé 350 hommes, toutes catégories d'âge, de scolarité et de revenus confondues. Même s'il est difficile de chiffrer le nombre d'hommes qui ont vraiment modifié leurs comportements, M. Vézina demeure optimiste.

«Nos intervenants ne les transforment pas en hommes nouveaux, mais ils notent des progrès importants très vite. Le premier indice, c'est lorsqu'ils développent une sensibilité aux impacts de la violence, comme Michel», mentionne-t-il.

M. Vézina souligne que l'an dernier, moins de 10 % de ses clients ont recommencé leur thérapie. La plupart n'avaient pas rempli sincèrement la condition sine qua non à toute relation d'aide. «On ne peut pas aider un homme qui veut pas s'aider. C'est correct de le faire pour les autres, mais l'important, c'est qu'ils le fassent pour eux.»

Aujourd'hui seuls, Michel et Julien regrettent amèrement d'avoir fait souffrir leurs familles. À défaut de refaire le passé, ils ont accepté de s'exprimer publiquement afin de sensibiliser les autres hommes.

«Ils doivent s'aider avant que tout leur pète dans les mains comme moi, explique Julien. Une fois qu'on a goûté à la non-

violence, on n'oublie pas les gains et on ne veut pas revenir en arrière.»

«C'est possible de s'en sortir, mais les gars violents doivent arrêter de se raconter des histoires. S'ils croient toujours que c'est de la faute aux autres, il est là, le problème», conclut Michel.

 

Cyberpresse vous suggère

publicité

publicité

la liste:246:liste;la boite:267:box

Aujourd'hui sur Lapresse.ca

Précédent

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

Les plus populaires sur Auto

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

image title
Fermer