«Je l'ai déjà giflé, mais la plupart du temps, je l'insultais», raconte Amélie en parlant de son copain. «Dès que quelque chose ne faisait pas mon affaire, je l'agressais verbalement et je criais. Quand il ne réagissait pas, je me fâchais encore plus», précise cette résidante de Québec.
Pour se décrire, Amélie emploie les adjectifs agressive et explosive. Elle évite le terme violente. Elle ne l'aime pas. Pourtant, elle «s'enrageait parfois tellement noir» contre son copain qu'elle le mordait. Il devait lui faire des clés de bras pour la contrôler. Lui qui mesure six pieds et pèse 180 livres, elle qui n'en pèse que 115 et qui mesure six pouces de moins.
«Je suis minuscule, mais c'était la seule façon pour lui de me calmer les nerfs. Je ne réfléchissais pas à mes actions», précise-t-elle.
L'histoire d'Amélie est d'autant plus représentative qu'elle et son copain étaient à peine majeurs au moment des faits.
Selon le Ministère, le taux d'infractions contre les jeunes de 12 à 17 ans dans un contexte conjugal au Québec a augmenté de 5 % en 2007, et ce, tant chez les garçons que chez les filles. C'était la seule catégorie d'âge à connaître une seconde hausse successive par rapport à 2006, après quelques années de relative stabilité.
«La violence conjugale existe aussi chez les adolescentes», confirme Guillaume Perron, coordonnateur d'Entraide Jeunesse Québec (EJQ).
Unique en son genre, cet organisme communautaire régional offre deux programmes de soutien aux 14-20 ans qui ont des comportements violents dans leurs relations familiales, personnelles ou amoureuses : Cactus pour les garçons et Équinoxe pour les filles, le programme qu'a suivi Amélie.
Avec le programme Viraj, conçu à l'Université Laval en 1994 par la docteure en psychologie Francine Lavoie, EJQ anime aussi dans les écoles secondaires de fausses scènes de violence conjugale. Après une analyse avec les animateurs, les jeunes doivent les reproduire entre eux de façon positive.
Selon M. Perron, les programmes d'EJQ donnent des résultats très encourageants. Il est donc surpris des statistiques du Ministère, basées uniquement sur des infractions. «Dans ma pratique, j'observe plutôt une baisse de la violence conjugale chez les jeunes, même si les types de violence demeurent semblables.»
Et lorsque M. Perron pense à Amélie, il estime avoir raison d'y croire. Son passage à EJQ a été si bénéfique qu'elle s'impliquera dans l'organisme. «Elle sera coanimatrice l'an prochain», conclut-il fièrement.











