Le tour du monde équitable: incursion dans la vie des producteurs

En août 2009, Éric St-Pierre a passé deux... (Collaboration spéciale Yves Therrien)

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En août 2009, Éric St-Pierre a passé deux semaines au Burkina Faso dans les villages autour de la ville de Léo. On le voit ici en compagnie de Marie-Pierre Simard, de Plan Nagua, et du directeur de la coopérative UGPPK, Abou Dradin Tagnan.

Collaboration spéciale Yves Therrien

Yves Therrien
Le Soleil

(Québec) «Je ne demande pas aux producteurs de me montrer quelque chose. Je demande ce qu'ils font aujourd'hui et si je peux les accompagner, explique le photojournaliste Éric St-Pierre. Je veux les voir au naturel pour capter les meilleurs moments.» Au village de Lon, au Burkina Faso, les femmes ont simulé une récolte pour qu'il prenne des photos. Ça ne fonctionnait pas. Il est reparti avec les femmes au petit jour le lendemain matin lorsqu'elles étaient vraiment au travail. Pas question de simulation, juste la vraie vie, le vrai travail.

Encyclopédie vivante de l'histoire du commerce équitable au Québec, Éric St-Pierre a rencontré le journaliste du Soleil dans les locaux de la coopérative UGPPK à Léo, au sud du Burkina Faso, en août 2009, la dernière étape de son périple réalisé dans 15 pays d'Asie, d'Afrique, et d'Amérique du Sud. De Léo, il est parti vivre dans les villages des productrices de karité pour raconter leur histoire dans leurs gestes et à travers les lentilles de sa caméra. Lors du lunch du midi à la Maison des femmes de Léo, il a raconté les débuts de son aventure dans le monde du commerce équitable, commencé avec Laure Waridel, pour parcourir la route du café et témoigner des prémisses de cette nouvelle forme de solidarité sociale et économique. Il a parlé de sa rencontre avec le docteur Fransciso Van der Hoff, au Mexique, dans la première coopérative de café équitable, lui qui est cofondateur de la première étiquette de certification équitable en 1988, l'étiquette Max Havelar aux Pays-Bas. D'ailleurs, Fransciso Van der Hoff signe la préface du livre Le tour du monde équitable alors que Laure Waridel a écrit l'avant-propos.

Du café au guarana

De l'artisanat en passant par le café, le thé, le vin, le cacao, le coton et le riz, les fleurs, les bananes ou encore en parlant d'éléments moins connus du commerce équitable, comme le karité, le quinoa et le guarana, même les ballons de soccer, le livre dépeint en images le mode de vie de producteurs qui ont choisi ce type de commerce pour se sortir de la pauvreté. Même s'il a déjà publié deux autres volumes sur des aspects du commerce équitable en 2002 [sur le thé] et en 2008 [Quand des hommes défient le marché], Éric St-Pierre aura mis huit ans pour réaliser cette oeuvre. «Lors de mes premiers reportages, je n'avais pas encore la production de ce livre en tête, raconte-t-il. Elle est apparue il y a trois ou quatre ans. J'ai cherché les sujets qui s'imposaient et les nouveautés que je pouvais apporter. J'aurais aimé me rendre au Pakistan pour faire quelque chose sur les ballons de sport parce que c'est un enjeu majeur. Mais avec la situation difficile dans ce pays, c'est trop dangereux pour un père de famille qui a trois enfants à la maison. Il y a quand même un texte sur le sujet dans le dernier chapitre.»

Est-ce que le commerce équitable a changé en 15 ans? «Du tout au tout!» Il rappelle qu'en 1996, l'histoire du commerce équitable au Québec et la liste des points de vente tenaient sur une carte d'affaires. Il n'y avait qu'un produit à offrir : le café. Aujourd'hui, les produits se sont améliorés en qualité et on les retrouve même dans les épiceries et les grandes surfaces à cause d'une évolution marquée de l'offre. Si les produits équitables sont à la mode, certaines entreprises peuvent avoir tendance à surfer sur la vague pour en profiter. «Le commerce équitable demeure une niche. C'est 5 milliards $ de ventes dans le monde. Ce n'est pas négligeable, mais c'est petit dans le marché global.» Il y a plusieurs certifications équitables, mais certaines sont fiables, comme Fair Trade Labelling Organisation qui chapeaute les sceaux nationaux comme TransFair au Canada. «Le commerce équitable, ce n'est pas la solution à tous les maux, mais c'est un bon pas dans la bonne direction pour bâtir la solidarité, ajoute-t-il. Ça crée un contexte où les gens en coopérative se donnent des infrastructures sociales qui vont au-delà du prix équitable.»

Les images sont accompagnées de textes explicatifs qui mènent aussi à la réflexion. «Une image, ça parle rapidement, lance-t-il. En un clin d'oeil, il se dégage une émotion, un sentiment. Je voulais que les lecteurs puissent se nourrir en contenu de l'émotion que les images suscitent. C'est pour cela que dans chaque chapitre, j'ai ajouté un contenu un peu plus technique, des repères sur le produit équitable et comment il s'inscrit dans le marché global.» Pour lui, le commerce équitable est d'abord une démarche de solidarité où des hommes et des femmes se prennent en main pour améliorer leurs conditions de vie.

ÉRIC ST-PIERRE. Le tour du monde équitable, Éditions de L'Homme. 240 p. Prix suggéré : 50 $

 

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