L'Ouest canadien en français

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L\'Ouest canadien en français

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Les Québécois qui résident dans l'Ouest ont d'abord été attirés par les montagnes et le ski. Normal donc de rencontrer sur les pistes plusieurs expatriés de la Belle Province, comme Sylvain Hébert, guide de montagne à Revelstoke, ou Anik Champoux (photo), qui travaille à la station Whistler-Blackcomb.

Jean-Sébastien Massicotte, collaboration spéciale

Jean-Sébastien Massicotte, collaboration spéciale
Le Soleil

(Québec) L'effort est notable. Au moment de quitter le restaurant Joe Fortes, un établissement situé au coeur du centre-ville de Vancouver, un garçon de table fait un détour et insiste pour faire ses salutations dans la langue de Molière. «Ma mère tenait à ce que j'apprenne le français à l'école!» Malgré un accent prononcé, le jeune homme se débrouille encore fort bien et fait belle impression sur les visiteurs, honorés par cette délicatesse.

Une fierté toute simple pour celui qui n'a pourtant pas de racines québécoises apparentes et qui représente bien l'attrait pour le fait français dans l'Ouest canadien. Une attention rafraîchissante pour le voyageur de la Belle Province, si souvent habitué à devoir délaisser sa langue maternelle dans les grandes villes du pays... à commencer par Montréal.  

Québécois de souche, Européens d'origine ou tout simplement natifs de la Colombie-Britannique et de l'Alberta initiés au français durant l'enfance, ils sont nombreux les francophones et francophiles qui animent l'ouest du pays. En Colombie-Britannique, ils seraient environ 270 000 à parler les deux langues officielles, tandis qu'en Alberta, c'est plus de 200 000 résidants qui se considèrent bilingues.

Le temps d'un séjour, avec un minimum d'attention, ils seront faciles à dénicher. «Vous parlez français?» Loin d'être la question gênante d'un touriste mal pris, la phrase amènera des réponses qui vous étonneront plus souvent qu'autrement. Des exemples?   

Au Walliser Stube, restaurant chic de l'hôtel Fairmont Chateau Lake Louise, c'est une Québécoise qui présente le menu de la soirée. La jeune femme ne cache pas son plaisir d'accueillir ses compatriotes... et de les chouchouter lors des festins dans la salle à dîner qui domine le célèbre lac. La joie d'un repas qui se déroule à un rythme inhabituel pour la jeune serveuse. «Les Québécois sont beaucoup moins pressés. Ils prennent le temps de profiter du moment», résume-t-elle entre deux plats.

Soir de semaine à Whistler. Le repas va bon train au Bearfoot Bistro, au coeur du village aménagé au pied de la montagne. Dans le ballet orchestré entre la cuisine et la salle à dîner, des accents québécois sont clairement distincts. Réputé comme l'une des meilleures tables de Whistler - si ce n'est de la Colombie-Britannique, selon les commentaires entendus -, l'établissement est tenu par un gars de Québec! André Saint-Jacques a su faire sa marque avec son établissement qui donne dans la restauration haut de gamme, mais sans aucune prétention.

Entouré d'une équipe jeune et dynamique - dont de nombreux Québécois -, il reçoit à sa table une clientèle qui vient découvrir les saveurs locales préparées par la chef vancouvéroise Melissa Craig. Et c'est à un gars de chez nous que revient la tâche d'y agencer les vins. Passionné comme son patron, Benoît Nadeau est parti de Québec il y a plusieurs années pour profiter des plaisirs du ski dans les montagnes de l'Ouest. Aujourd'hui sommelier au Bearfoot, l'homme de 35 ans navigue avec aisance dans la vaste cave de plus de 15  000 bouteilles.

Et la liste des bonnes tables - et des artistes aux commandes de celles-ci - qui savent recevoir en français, de Vancouver à Edmonton, pourrait encore s'étirer.

Parlez-en au Sherbrookois Robert «Frenchy» Gagné, figure incontournable chez Joe Fortes, rue Thurlow à Vancouver, qui ne rate pas l'occasion de retracer une connaissance commune avec ses visiteurs. Ou encore à Jean-François Gouin, à Canmore, qui dirige la destinée du restaurant Chez François et dont le menu ne manque pas de faire quelques clins d'oeil à sa province natale.

Résistance dans la ville

Il est certain que l'intérêt de la plupart des voyageurs qui prennent le large dans l'Ouest canadien n'est pas de se sentir partout comme au Québec. Mais savoir qu'il est possible de trouver des hôtes sensibles au français bonifiera l'expérience à coup sûr. Comme avec Maillardville. Vous connaissez? C'est la plus vieille communauté francophone de la Colombie-Britannique. Elle résiste encore, elle qui célèbre ses 100 ans cette année.

C'est ainsi que dans la grande région de la municipalité de Coquitlam, dans la banlieue est de Vancouver, un réseau d'environ 13 000 francophones et francophiles se retrouvent unis grâce à la Société francophone de Maillardville, organisme à but non lucratif fondé en 1983.

À la mairie de Coquitlam, le travail se fait peut-être en anglais, mais le premier citoyen, Richard Stewart, ne rate pas l'occasion d'échanger en français. Si les défis pour la communauté francophone restent bien présents, celle-ci s'organise de mieux en mieux pour faire valoir ses droits et développer des services. À commencer par l'école, qui demeure une préoccupation pour ceux qui veulent transmettre la culture francophone à leurs enfants.

De petits et de grands combats qui font leur chemin, chacun à sa vitesse, à travers la Colombie-Britannique et l'Alberta. C'est de cette façon qu'à l'ombre des Rocheuses, à Revelstoke, malgré la bonne santé de la communauté francophone et des efforts en ce sens, on espère toujours une école française. Pendant ce temps, à proximité de Calgary, la ville de Canmore améliore ses services éducatifs alors que l'école francophone, qui compte désormais 87 élèves, vient d'inaugurer de tout nouveaux locaux.

Deux situations différentes, mais qui prouvent néanmoins le dynamisme de la communauté francophone dans l'Ouest canadien. Pour le voyageur québécois, la place ainsi faite à la langue française est certainement bonne à entendre à l'autre bout du pays. Surtout quand celle-ci permet de vivre des expériences originales et de faire de belles rencontres, dans un voyage bien loin des deux grandes solitudes.

L'attrait de la montagne

Ils ont pratiquement tous la même réponse quand vient le temps d'expliquer leur arrivée dans l'Ouest canadien. Les Québécois qui résident là-bas ont été attirés par les montagnes, le ski et la grande nature qui s'offraient à eux. Normal donc, lorsque vient le temps de faire des activités de plein air, que les expatriés de la Belle Province ne soient jamais bien loin.

Sur les pentes, de Whistler-Blackcomb à Lake Louise en passant par Revelstoke et Marmot Basin, le français est bien présent. Certes, il y a les touristes du Québec qui ont adopté les montagnes et la neige de l'Ouest de façon temporaire, mais aussi ceux qui ont décidé d'y travailler et de s'y installer de façon plus ou moins permanente.

Des gens comme le guide de montagne Sylvain Hébert, qui a fait de l'Ouest son lieu de résidence, il y a plus de 20 ans. Malgré les années, il parle de sa vie dans les montagnes, de sa passion pour l'escalade et le ski, sans le moindre accent, comme s'il débarquait de Québec ou Montréal.

Certainement l'un des Québécois qui possèdent le plus de métier au sein de l'Association canadienne des guides de montagne (ACMG), Hébert permet aux francophones de découvrir de nouveaux sommets sans la barrière de la langue. Et qui de mieux pour comprendre les défis qui attendent les sportifs du Québec quand ils débarquent dans les Rocheuses pour la première fois?

Constat semblable pour ceux qui viennent skier dans l'Ouest. Avec un minimum de planification, il est possible d'obtenir les services d'un moniteur qui parle français dans les centres de glisse. Pourquoi ne pas profiter de la complexité du terrain et des défis proposés pour progresser sous bonne supervision?

À Lake Louise, en Alberta, il y a cet hiver notamment la skieuse de Cap-Rouge Gabrielle Milot-Lavergne, 19 ans, qui fait profiter les visiteurs de son expertise. Son enthousiasme pour la montagne albertaine l'a amenée à prendre un hiver d'arrêt entre le cégep et son entrée à l'Université Laval. Visiblement, c'est une bonne décision si on en juge par le sourire qui ne la quitte pas sur les pentes.

Une aventure qui se poursuit depuis sept ans en ce qui concerne Anik Champoux, du côté de Whistler-Blackcomb. Débarquée elle aussi dans l'Ouest pour perfectionner son ski, la fille des Laurentides n'est jamais repartie. Aujourd'hui, elle travaille au sein de l'équipe de marketing de la station et ne se fait jamais prier pour dévoiler aux visiteurs curieux quelques-uns des petits secrets bien gardés de l'immense station de la Colombie-Britannique. 

Ce voyage a été rendu possible grâce à la collaboration du Corridor touristique francophone de l'Ouest canadien (www.lecorridor.ca)

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