Quel bonheur d'arriver dans la petite gare de Chartres! Le centre-ville est tranquille, propre, agréablement fleuri. En allant vers mon hôtel, situé sur une des places principales de la ville, je longe, à ma droite, la médiathèque logée dans l'ancien hôtel des Postes, qui ressemble à un château tout droit sorti d'un conte de fées. À ma gauche, les deux flèches de la majestueuse cathédrale montent vers le ciel. Comme elle est construite en haut d'une colline, on ne peut manquer de l'apercevoir où que l'on soit en ville. Il paraîtrait même que dans la région, la Beauce, le haut des clochers est visible dans un périmètre de 100 km.
Je réserve ma pleine après-midi pour la découverte de la cathédrale afin de mieux la savourer et profite des quelques heures qui me restent avant le dîner pour jaser avec Kevin Picol, maître-verrier, qui travaille avec son père, dans l'atelier Picol. Le jeune homme explique qu'il restaure certains vitraux très anciens mais qu'il peut aussi en fabriquer et répondre ainsi à des demandes très précises. Avec ses clients, ils dessinent le plan du futur vitrail, puis le fils ou son père le fabriqueront avec des verres de diverses teintes et des lanières de plomb. Ils peindront aussi le verre et le cuiront. En voyant la démonstration de Kevin pour la fabrication d'un petit vitrail, on se rend compte de la patience dont il doit faire preuve pour la réalisation des plus grands travaux.
L'art de bien faire les choses se retrouve sans aucun doute dans l'assiette, à la Brasserie le Madrigal. Dans une belle cour ensoleillée, je déguste le fameux pâté de Chartres, un pâté en croûte qui se fait traditionnellement avec du perdreau et du faisan. Suit une merveilleuse cuisse de poulet, élevé dans la Beauce, reconnue pour la qualité de ses volailles. Pour prendre des forces avant la découverte de la cathédrale, j'opte pour un macaron au chocolat tout aussi succulent.
En arrivant sur le parvis de la cathédrale, devant le frontispice nord, les mots me manquent. De vagues souvenirs de lecture d'enfance remontent, surtout les livres consacrés aux tailleurs de pierre et aux autres artisans du temps des cathédrales. Dire que tout cela a été construit en 26 ans, au tout début du XIIIe siècle. La majesté des lieux fait réfléchir à la beauté, au pouvoir, à la religion, au progrès... Plus prosaïquement, je remercie mes ancêtres pour ce beau cadeau et j'écoute ma guide, Els, me parler des styles gothiques primitifs et flamboyants. À l'intérieur, les 176 vitraux, bien connus en raison de la rareté de leur bleu, ont tous une histoire à raconter, qui se lit comme une bande dessinée (à condition d'avoir un guide qui aide grandement à la compréhension!). Quatre-vingt-cinq pour cent de ces vitraux sont d'époque, ce qui est rarissime dans un continent touché par tant de guerres. Autre élément remarquable exposé dans les murs de la cathédrale : le voile que Marie aurait porté le jour de la naissance du Christ.
Je prolonge mon voyage dans le passé avec une promenade dans les rues sinueuses de cette ville du Moyen Âge. J'arrive dans la basse ville, sur les bords de l'Eure. Il reste quelques vestiges des moulins et lavoirs jadis fort nombreux. En remontant, je passe devant une superbe bâtisse à colombages, appelée maison du Saumon et utilisée depuis peu par l'office du tourisme.
Arrive le temps du souper! Lionel, le chef du bistro de la Cathédrale m'accueille chaleureusement dans son restaurant dont la qualité est reconnue dans la région. Il recommande sa poule au pot façon Henri IV, en narrant une anecdote. «Henri IV est le seul roi de France à avoir été sacré à Chartres et non à Reims. Et, dans son programme politique, il souhaitait que chaque Français puisse s'offrir une poule au pot le dimanche. Raison pour laquelle on retrouve ce plat sur plusieurs menus de la ville.» La tendre volaille est nappée d'une sauce succulente et servie avec deux petits choux farcis.
Jeux de lumière
Estomac repu, place à une tournée nocturne de la ville. En été, à la tombée de la nuit, 24 des plus beaux monuments de la ville vivent une deuxième vie grâce aux jeux de lumière conçus par Xavier de Richemont, un artiste chartrain. Chaque monument, en fonction de sa vocation et de son histoire, est éclairé et mis en musique différemment. Ainsi, sur le théâtre de la ville sont projetés des opéras, ballets ou scènes de cabaret, accompagnés de musique. Sur la place Evora, du nom d'une ville portugaise, un ancien lycée est habillé de beaux azulejos. À regarder en écoutant du fado! Le clou du spectacle est évidemment la cathédrale, à laquelle on a redonné des couleurs dans l'esprit du Moyen Âge.
Fresques
Le lendemain matin, je décide de me rendre dans un quartier plus récent de la ville voir les fresques de Bel-Air. Québécois, vous y reconnaîtrez sans aucun doute quelque chose bien de chez vous. En effet, la réalisation de Bel-Air a été confiée à CitéCréation, la même compagnie qui a fait la Fresque des Québécois dans le Vieux-Québec!
À Chartres, 4000 m2 de peintures, représentant des scènes de vie d'hier et d'aujourd'hui, sont venues égayer les façades de logements sociaux. Le trompe-l'oeil est astucieusement utilisé, représentant des personnages qui discutent ou encore un plateau avec un thé à la menthe fumant. Des paysages de la région et des monuments de Chartres viennent aussi embellir le quartier.
Après avoir découvert cette grande réussite d'urbanisme, retour dans le coeur de Chartres pour rapporter quelques souvenirs. L'Itinéraire gourmand, petite boutique de la rue de la Pie, regroupe beaucoup de produits de la région. «Depuis 10 ans, je rassemble des produits régionaux de toute la France. Depuis quelques années, les produits du terroir sont à la mode, alors il en est apparu beaucoup en Beauce», explique la propriétaire de la boutique. Elle montre alors la bière l'Eurélienne, des rillettes de poule, des sablés de Beauce, du cidre venant tous de la région. Sans oublier les mentchitoff, des chocolats enrobés de meringue, créés par un cuisinier russe de Chartres qui voulu rendre hommage à un prince de son pays natal. Dans la même rue, d'odorantes boulangeries côtoient de généreuses fromageries.
Bien équipée, je salue la cathédrale une dernière fois et retourne à la gare, me promettant de revenir et de passer plus de temps à découvrir d'autres beautés de l'Eure-et-Loir. Les châteaux de la Loire ne sont pas si loin!
L'auteure était invitée par Corsair Fly et par l'Office de tourisme de Chartres.










