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Mont-Riding, Manitoba: plus vrai que nature
À bord du minibus, le silence règne malgré l'excitation apparente. Au moment de passer la barrière Texas - une grille sur le sol aux barreaux ronds et espacés qui enjambe une fosse empêchant les animaux à sabots de traverser -, l'impression de participer à une scène du film Parc Jurassique est forte. Heureusement, ici, pas de tyrannosaure, mais plutôt une quarantaine de bisons des plaines en liberté. N'empêche, mieux vaut être prudent...
Nul besoin de chercher bien longtemps avant de trouver les puissantes bêtes. Sur la route de terre qui sillonne l'enclos de plus de quatre kilomètres carrés, les bisons ne sont jamais loin. Malgré le fait que le troupeau ne semble pas faire de cas de la présence de notre gros véhicule et des appareils photo qui crépitent en cette matinée brumeuse, clairement, nous sommes les intrus. Notre guide Annik Adam nous le rappelle, d'ailleurs, afin de s'assurer que notre visite se fasse sans heurt. Certes, ces bovins ne sont généralement pas de nature agressive, mais on ne sait jamais ce qui peut arriver lorsqu'un animal dont le poids dépasse parfois les 800 kilos croise votre route.
Situé à environ 270 km au nord-ouest de Winnipeg, au Manitoba, le parc national du Mont-Riding permet cette proximité avec les bisons. Une rencontre qui marquera les visiteurs à coup sûr. Car malgré le côté artificiel de l'enclos installé pour réintégrer l'espèce dans ce coin de pays au début des années 30, le spectacle offert est réussi. Avec comme toile de fond le magnifique lac Audy, la plaine entourée de grands arbres matures où broutent les bisons et leur progéniture fait vite oublier l'illusion créée par l'homme.
De toute façon, une bien petite «tricherie» dans cette partie du Manitoba, où la nature domine outrageusement. Et pour partir à sa découverte, les moyens ne manquent pas au Mont-Riding. Vélo - le sentier en bordure du lac Clear est à visiter -, équitation, sports nautiques et ski de fond ne sont que quelques moyens pour se fondre dans le paysage.
Et il n'y a pas que les bisons à voir à l'intérieur des quelque 3000 km2 du parc. La faune est omniprésente et diversifiée. À partir du village de Wasagaming, suffit d'emprunter les routes qui mènent aux différents secteurs du parc pour s'en rendre compte. Pour ceux qui auront l'oeil attentif, la présence des chevreuils deviendra presque banale, tandis que l'apparition d'un orignal ou d'un ours noir ne sera pas une grande surprise.
Voilà la raison pour laquelle la guide Annik Adam ne se gêne pas pour «annoncer» sa présence lors de ses randonnées pédestres. Au ruisseau Gorge, la voix forte et en tapant des mains occasionnellement, elle s'assure de ne pas surprendre une grosse bête noire qui traînerait dans les parages. Mais pas de panique. Est-ce son truc ou encore le hasard? Elle assure n'avoir jamais fait de mauvaises rencontres.
Vestige des glaciers
L'esprit en paix, les randonneurs ont donc tout le loisir d'explorer ce sentier en flèche de 6,4 km, l'un parmi la trentaine de parcours accessibles dans le parc. D'une dense forêt de feuillus, la balade culmine par un tracé aérien dans les hauteurs de l'escarpement du Manitoba, un vestige du passage des glaciers il y a de cela des milliers d'années. Une caractéristique du relief autrement plat de la province, tandis que s'amorce dans le secteur une transition abrupte entre les basses terres du Manitoba et le premier niveau des prairies, la plaine de la Saskatchewan.
Où loger: Elkhorn Resort (www.elkhornresort.mb.ca)
Info: www.pc.gc.ca/fra/pn-np/mb/riding/index.aspx
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L'ancien sénateur métis John B. Boucher, devant sa résidence à Saint Louis, en Saskatchewan.
Collaboration spéciale Jean-Sébastien Massicotte
Manitoba et Saskatchewan: horizons métis
Pour se faire une meilleure idée du Manitoba et de la Saskatchewan, il ne faut pas avoir peur de prendre la route et de foncer vers l'horizon loin devant. Un parcours qui montre bien la diversité des paysages de ces deux provinces trop souvent négligées par les voyageurs.
Un exemple? En Saskatchewan, entre Saskatoon et Prince Albert, le contraste est frappant. Un moment, la prairie domine avec ses doux vallons dorés et ses grandes fermes, tandis que la forêt boréale et sa faune s'imposent en montant d'à peine 150 km vers le nord.
«C'est un beau pays ici», résume l'ancien sénateur métis John B. Boucher, rencontré à sa demeure de Saint Louis, un petit village à une quarantaine de kilomètres au sud de Prince Albert. Le sage homme, aujourd'hui âgé de 72 ans, est un témoin privilégié d'une autre «beauté» qui fait le charme de la région, soit le mélange de la culture blanche et autochtone.
Car il est impossible d'ignorer l'héritage des sang-mêlés quand on arpente les petits villages de la Saskatchewan - ou encore ceux du Manitoba. Au nord-est de Saskatoon, un peu avant Saint Louis, sur le bord de la rivière Saskatchewan Sud, le lieu historique national de Batoche est à cet égard un arrêt incontournable.
L'endroit garde en vie la mémoire de la rébellion de mai 1885, où Louis Riel et Gabriel Dumont ont mené un groupe de 300 Métis et autochtones à se soulever contre quelque 800 militaires de métier. Préoccupée de voir le gouvernement canadien se mêler de la division de leur territoire, et inquiète de se retrouver sans titre de propriété pour des terres qu'elle occupait depuis longtemps, la bande à Riel et Dumont a combattu pendant quatre jours avant de s'avouer vaincue. Le cimetière de Batoche témoigne du sanglant affrontement...
Aujourd'hui paisible et propice à la contemplation, l'ensemble du vaste lieu historique qui regroupe de nombreux bâtiments restaurés fidèlement se découvre comme un véritable voyage dans le temps. En vêtements d'époque et la ceinture fléchée nouée à l'avant comme tout bon Métis - les Canadiens français l'attachaient sur le côté -, Derek Théorêt accueille le public et raconte la vie de ses ancêtres. À 22 ans, l'étudiant anime avec conviction le lieu où «Riel s'est porté à la défense des droits des Métis».
Personnage complexe et mystérieux, Louis Riel ne fait pourtant pas l'unanimité. Lancez la question aux francophones et francophiles sur votre route et vous êtes sûr d'engager de riches discussions. Car si pour certains il est considéré comme un héros, d'autres sont plus critiques au sujet de celui qui a été à la tête d'un gouvernement provisoire au Manitoba avant d'être le «chef spirituel» de la rébellion de 1885 en Saskatchewan. Encore aujourd'hui, certains n'arrivent pas à justifier les actions de Riel contre l'autorité en place, qui ont mené à sa pendaison à Regina pour trahison.
Qui a tort, qui a raison? Le débat ne date pas d'hier et devrait survivre encore longtemps. Une chose est sûre, cette controverse au sujet de Riel ne fait que souligner la diversité et la richesse des points de vue, dans cet amalgame de cultures francophone, anglophone, autochtone et métisse, qui ont toutes contribué à l'essor du Manitoba et de la Saskatchewan.
Info: www.pc.gc.ca/fra/lhn-nhs/sk/batoche/index.aspx
Ce voyage a été rendu possible grâce à la collaboration du Corridor touristique francophone de l'Ouest canadien (ouestcanadien.ca).












