Lors d'une grise matinée de novembre, je me demandais comment échapper quelques jours à la froideur de l'hiver. Je ne recherchais pas qu'une plage au sable chaud. Je voulais aussi des soirées animées, des pistes de danse endiablées et des fêtes colorées. Après quelques recherches, je découvre que le carnaval de Martinique est très réputé. L'idée fait son chemin... Je choisis de partir non pas pour le coeur du carnaval, mais mi-janvier, pour son ouverture. Un moment plus tranquille, qui me permettrait aussi de voir comment se passe la vie hors des périodes de grandes festivités. J'arrive un samedi et m'installe au nord de l'île, sur la grande plage au sable noir du Carbet. Je décide que ma première soirée devra être plutôt tranquille mais néanmoins savoureuse. Je me rends ainsi au Petibonum (www.babaorum.net), le restaurant de Guy Ferdinand, renommé pour sa carte créative et son... mini-short. Les pieds dans le sable, face à un superbe coucher de soleil, je m'ouvre l'appétit en dégustant des acras de morue accompagnés d'un ti-punch. Suit une entrée inoubliable : du marlin (pêché sur la plage du Carbet), mariné dans du jus de lime et servi avec quelques gouttes de lait de coco. La chair est relativement ferme et parfumée à souhait.
En plat, je commande quelques écrevisses élevées dans une rivière de la région. Elles sont servies avec la sauce-chien, une spécialité locale, à base d'oignons, d'ail, de thym, de laurier, de persil et de citron. Le dessert, un soufflé au rhum, reste gravé dans ma mémoire. Sa consistance ressemble à celle d'un nuage et son goût, légèrement sucré, me fait réaliser que la Martinique est sans aucun doute un bon endroit pour passer quelques jours de vacances. Ai-je oublié de préciser que pendant tout ce repas, j'étais bercée par le chant live d'une artiste péruvienne?
Ma première nuit est bien courte. Dès 5h30, les pêcheurs sortent leurs filets de l'eau, juste devant ma chambre, en criant des «oh-hisse» pour se donner des forces. Peu importe : le soleil est au rendez-vous et je sais que les rythmes du carnaval ne manqueront pas de me tenir éveillée. Car, en ce dimanche 18 janvier a lieu la foyal de carnaval. Le terme foyal qualifie ce qui vient de Fort-de-France, capitale de l'île.
En début d'après-midi, sur la grand-place, proche de la mer, une cinquantaine de groupes costumés, venus des quatre coins de l'île, défilent aux rythmes des percussions. Parés d'un costume vert électrique, de madras (un tissu traditionnel à carreau), des couleurs de l'arc-en-ciel, de rouge et d'or, les danseurs m'impressionnent par leur déhanché! Dans la foule, je repère plusieurs hommes habillés en femme, une pratique de carnaval très répandue.
Le défilé offre un bon aperçu du métissage de la population. Les danseurs comme les spectateurs se déclinent en un superbe dégradé de noirs et de caramels. L'ambiance bon enfant et très sécuritaire, ainsi que la bonne organisation du défilé rendent la manifestation particulièrement agréable.
Le lendemain, après une belle journée de randonnée, je m'installe pour une nuit aux Z'amandines, un gîte de montagne au nord de l'île. Il est géré par Patrick Duchel, fondateur de TakTak, le «réseau de l'authenticité» qui regroupe des gîtes, des restaurants, des activités, des petits commerces, des artisans qui ont à coeur la conservation du capital culturel de l'île (www.taktak-martinique.com). Ce soir-là, Patrick a convié quelques membres du réseau pour une démonstration de Bélé. Cet ensemble de danseurs, de chanteurs et de percussionnistes est un héritage des premiers esclaves venus d'Afrique, enrichi au fil du temps. Le public est mis à contribution pour reprendre en choeur les refrains. La beauté des costumes, le dynamisme des danseuses, la maîtrise du percussionniste et la richesse des explications historiques en font une autre soirée mémorable.
Après ces belles sorties, le repos s'impose... pour mieux profiter des soirées prévues en fin de semaine! Autant dire qu'entre les plages au sable noir du Nord et celles au sable doré ou blond du Sud, on a l'embarras du choix pour le farniente. Pour se dégourdir un peu les jambes, les flancs de la montagne Pelée offrent d'excellentes possibilités de randonnées. J'en profite aussi pour visiter quelques rhumeries, renommées pour fabriquer le meilleur rhum... du monde.
Vendredi soir, il est temps de gagner les boîtes de nuit de Fort-de-France. Ma guide me propose de me joindre à son groupe d'amis, qui connaissent les bonnes places pour sortir. Nous nous retrouvons tard, vers 1h du matin. Nous commençons la soirée dans un bar à la musique mixte : rythmes états-uniens mais aussi zouk et autres sons locaux (www.littlebuddha.fr). On se croirait dans un vidéoclip : les clubbeurs semblent tous maîtriser le rythme comme des danseurs professionnels.
Nous continuons la soirée dans une boîte de zouk, une danse créée par des musiciens martiniquais dans les années 80. Sur une musique langoureuse, les couples dansent collés-serrés, en démontrant une fois de plus leur parfaite maîtrise de l'ondulation du bassin. Le zouk se danse néanmoins assez simplement, surtout comparé à d'autres danses de la Caraïbe, comme la salsa. D'autant plus que les Martiniquais se font un plaisir de nous inviter à essayer. À 6h, nous quittons les lieux. Déjà, le coq chante!
Les frais de ce voyage ont été pris en charge par le CMT (Comité martiniquais du tourisme).










