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La métamorphose de la question nationale

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Le récent colloque du Parti québécois sur les questions liées à... (PHOTO: ARCHIVES LA PRESSE)

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Mathieu Bock-Côté

L'auteur est candidat au doctorat en sociologie à l'UQAM.

Le récent colloque du Parti québécois sur les questions liées à l'identité québécoise a été bien accueilli par sa base militante. Il confirme le sérieux du tournant identitaire enclenché à l'automne 2007 et la sortie de la longue décennie post-référendaire qui avait vu les souverainistes se convertir au multiculturalisme en dissociant de plus en plus la cause de l'indépendance de celle de l'identité québécoise.

Plusieurs analystes ont expliqué un tel virage par des considérations strictement stratégiques. Ces dernières ne sont pas absentes. Le souverainisme sans nationalisme a correspondu au long déclin d'une option vidée de sa pertinence et placée sous le respirateur artificiel d'un argumentaire technicien, basculant entre le registre comptable et celui du «projet de société progressiste».

Mais la raison stratégique n'explique pas tout et ce virage correspond à une mutation en profondeur de la question nationale, qui passe lentement de la question constitutionnelle à la question identitaire.

Très longtemps, la question nationale s'est déclinée sur le registre constitutionnel. Il s'agissait d'institutionnaliser le dualisme du Canada historique et depuis 1982, de réparer une constitution fondée sur la négation explicite du Québec comme État national. Avec l'échec des réparations constitutionnelles des années 90 et la loi C-20 quelques années plus tard, nous avons assisté à la consolidation d'un nouvel ordre constitutionnel tirant définitivement un trait sur la réforme du fédéralisme selon la vision québécoise du Canada. Sans surprise, les griefs historiques des Québécois se sont attiédis en s'habituant au nouvel ordre des choses canadien. Si on peut se désoler d'un tel état d'esprit, on ne peut le nier.

Cela ne veut pas dire que la question nationale se dissolve pour autant. Avec la diffusion partout en Occident du multiculturalisme, on peut dire qu'elle se métamorphose. Si les discussions sur l'identité nationale traversent toutes les sociétés, c'est parce que le multiculturalisme diffuse un virus idéologique, celui de la haine de soi, qui affecte de manière particulièrement virulente les couches supérieures de la population. Depuis une quinzaine d'années, nous avons assisté au retournement des élites dominantes contre l'identité nationale qui ont mené contre elle une guerre idéologique de tous les instants. Le programme était partout le même: remplacement de l'identité nationale par les chartes de droits, inversion du devoir d'intégration, dénationalisation de l'enseignement de l'histoire, disqualification des symboles nationaux et censure du malaise identitaire.

C'est avec la crise des accommodements raisonnables que le Québec a découvert à sa manière les problèmes du multiculturalisme mondialisé. De la question constitutionnelle à la question identitaire, la question nationale regagne sa pertinence dans la société québécoise. Cela ne veut pas dire que la constitution canadienne ne pèse plus sur le Québec, comme le jugement sur la loi 104 nous l'a rappelé, mais tout simplement que la dynamique idéologique du nationalisme est moins porteuse d'un désir de réaffirmation du Québec au sein du Canada que de la majorité francophone dans le Québec même. Il n'est plus seulement demandé aux nationalistes de se tenir fermement devant Ottawa, mais de défendre l'identité québécoise contre une idéologie qui travaille à sa dislocation. Le malaise identitaire des Québécois est moins généré par le Canada fédéral qui les indiffère que par leurs propres élites gagnées au multiculturalisme qui les exaspèrent.

Pour les nationalistes, il reste à passer de la rhétorique identitaire à un programme centré sur le démantèlement du multiculturalisme québécois. Mais on ne peut sérieusement combattre le multiculturalisme sans lutter contre les élites qui l'ont transformé en religion d'État. Il reste ainsi au Parti québécois à assumer la nécessaire polarisation idéologique de l'électorat pour passer d'une stratégie de conquête illusoire d'un centre mou à celle d'une majorité nationaliste qui lui donnera l'élan pour mener les grandes réformes nécessaires à l'affirmation décomplexée de l'identité québécoise.

Si les souverainistes parviennent à marquer un contraste fort entre le Canada multiculturel et un Québec enfin sorti d'un tel modèle, il n'est pas impensable que l'indépendance sorte du cul-de-sac où elle est enfoncée.

Commentaires (9)
    • Monsieur Bock-Côté, quelle lecture profondément partisane vous faites de notre réalité! En fait, loin d'être une analyse, ce que vous écrivez n?est rien d?autre qu?un « narrative » que vous tentez de mousser. C?est une proposition plus proche de la « stratégie de communication » que de l?analyse sociologique.

      Vous écrivez : « réparer une constitution fondée sur la négation explicite du Québec comme État national ». La négation explicite du Québec serait le fondement de la constitution de 1982? Quel délire!

      En fait, dans l'une des rares études quantitatives à propos de la supposée uniformisation, conséquence d?un libéralisme individualiste qu?imposerait la Charte, on a trouvé aucune évidence de la négation des spécificités propres à chaque contexte dans les jugements rendus par la Cour suprême. En fait c?est tout le contraire. Une négation implicite? La question est débattable. Mais explicite? C'est une pure grossièreté.

      Vous parlez de "crise des accommodements raisonnables". Il n'y a pas eu de crise des accommodements raisonnables. Il n'y a seulement eue qu'une crise médiatique autour des accommodements raisonnables. Le rapport Bouchard/Taylor en fait la démonstration, données quantitatives à l'appui. On est loin de votre spéculation. Mais bon, si j?ai bonne mémoire, d?après vous, Gérard Bouchard est lui-aussi en proie à la haine de soi.

      Vous ne cessez de parler de multiculturalisme. Le modèle québécois n'est-il pas interculturel? Quelle méprise! On ne peut que croire qu?elle est volontaire.

      Je vais vous en proposer un autre « narrative». Les Québécois ne sont plus dupes. Ils ne réagissent plus avec autant d?hystérie aux scénarios apocalyptiques d?une langue française vouée à la disparition. Et pour cause : les données statistiques nous dressent un portrait en rupture avec ce qu?avancent ces prophètes de malheur.

      Alors les péquistes se réfugient derrière une idée plus abstraite, qui échappe aux mesures quantitatives. C?est la naissance d?un nouveau mensonge : « le malaise identitaire ». On va nous refiler les mêmes vieux scénarios apocalyptiques mais dans une nouvelle mouture. Cette fois, c?est l?identité québécoise dont on annoncera la mort. Même rengaine, même stratégie de la peur et du ressentiment.

      Mais vous le dites vous-mêmes : « il reste ainsi au Parti québécois à assumer la nécessaire polarisation idéologique de l'électorat ». Belle façon de dire : « brasser de la marde » ! Faut-il se surprendre?

    • Parlons clairement, sans fioritures. La question nationale et la question identitaire, c'est du pareil au même. Et la question nationale au Québec débouche ou aimerait déboucher pour plusieurs sur l'indépendance. C'est votre conclusion, M. Côté, mais ce n'est pas la mienne. Je n'ai aucune difficulté à m'identifier comme Québécois et Canadien. Et je me méfie grandement des excès possibles de toute idéologie et en particulier celle du nationalisme, qu'il soit canadien ou québécois. Pour moi, toute idéologie a un côté totalisant, englobant, simplificateur et dissimulateur de la réalité. Sans principe de vérité comme base d'une société, toutes les dérives sont possibles.

      Michel Lebel

    • Bonjour,

      Afin de relancer le Parti québécois, je propose 2 cchangements majeurs:
      -1- Comme nous savons tous que le bleu du drapeau québécois est le bleu conservateur, je recommande de promouvoir un changement à notre drapeau en remettant le bleu français.
      -2- Pour plusieurs l'hymne du Canada, déplait même aux nouveaux arrivants qui ne veulent pas porter la croix, en exemple.
      Donc, empruntons l'hymne national français en attendant d'avoir le nôtre.

      Ces deux changements stimuleront les jeunes et les moins jeunes et nous nous ferons de nouveaux amis.

      Aux armes citoyens!

    • Moi, je le dis haut et fort - je préfère le Canada multiculturel au Québec nationaliste. Pourquoi est-ce que je m'associerais plus avec une personne avec qui j'ai un lien culturel géographique qu'avec une personne avec qui je partage par exemple l'expérience d'être parent, celle de ma profession, ou encore avec qui mes intérêts et valeurs sont en communs? Je peux avoir des liens de valeurs plus fort avec une juive australienne (vraie amie) qu'avec ma voisine pure laine.

    • D'un texte à l'autre, et bon sang qu'ils sont nombreux, M. Bock-Côté n'a de cesse, avec sa verve sans égale, de décrier l'abandon de la question identitaire par nos élites politiques et intellectuelles. Il faudrait, selon lui, remettre l'identité québécoise au centre de nos préoccupations sociales et politiques. Pourtant, - est-ce l'effet de ma haine de soi? - il ne me souvient pas d'avoir jamais vu M. Bock-Côté expliquer ce qu'il considère être la fameuse identité en question. Pourrait-il s'exercer à définir ce qu'il entend par là?
      Je doute qu'il y parvienne sans se rabattre sur les clichés les plus éculés. C'est qu'il est beaucoup plus facile de déduire son identité en construisant d'abord celle à laquelle on l'oppose. Répétée d'un texte à l'autre, cette stratégie renforce la conviction de savoir de quoi l'on parle. M. Bock-Côté est un ardent patriote, je n'en disconviens pas. Mais selon moi, le sens de la souveraineté n'est pas de retrouver une identité éternelle pour la protéger de ce qui la menace. C'est bien plutôt de jeter les bases d'une identité à construire, ce qui laisse ouverte la question de la définir.

    • D'un texte à l'autre, et bon sang qu'ils sont nombreux, M. Bock-Côté n'a de cesse, avec sa verve sans égale, de décrier l'abandon de la question identitaire par nos élites politiques et intellectuelles. Il faudrait, selon lui, remettre l'identité québécoise au centre de nos préoccupations sociales et politiques. Pourtant, - est-ce l'effet de ma haine de soi? - il ne me souvient pas d'avoir jamais vu M. Bock-Côté expliquer ce qu'il considère être la fameuse identité en question. Pourrait-il s'exercer à définir ce qu'il entend par là?
      Je doute qu'il y parvienne sans se rabattre sur les clichés les plus éculés. C'est qu'il est beaucoup plus facile de déduire son identité en construisant d'abord celle à laquelle on l'oppose. Répétée d'un texte à l'autre, cette stratégie renforce la conviction de savoir de quoi l'on parle. M. Bock-Côté est un ardent patriote, je n'en disconviens pas. Mais selon moi, le sens de la souveraineté n'est pas de retrouver une identité éternelle pour la protéger de ce qui la menace. C'est bien plutôt de jeter les bases d'une identité à construire, ce qui laisse ouverte la question de la définir.

    • Nous sommes canadiens M. Ethnocentriste Bloc-Côté. Voilà notre nationalité. Maintenant c'est le temps de passer à une autre chose. Apprendre l'anglais par exemple. Nous relationner plus étroitement avec nos compatriotes du Canada anglais et devenir des protagonistes actifs dans la construction de NOTRE GRAND PAYS, LE CANADA, QUI FAIT L'ENVIE DU MONDE ENTIER.

    • D'un texte à l'autre, et bon sang qu'ils sont nombreux, M. Bock-Côté n'a de cesse, avec sa verve sans égale, de décrier l'abandon de la question identitaire par nos élites politiques et intellectuelles. Il faudrait, selon lui, remettre l'identité québécoise au centre de nos préoccupations sociales et politiques. Pourtant, - est-ce l'effet de ma haine de soi? - il ne me souvient pas d'avoir jamais vu M. Bock-Côté expliquer ce qu'il considère être la fameuse identité en question. Pourrait-il s'exercer à définir ce qu'il entend par là?
      Je doute qu'il y parvienne sans se rabattre sur les clichés les plus éculés. C'est qu'il est beaucoup plus facile de déduire son identité en construisant d'abord celle à laquelle on l'oppose. Répétée d'un texte à l'autre, cette stratégie renforce la conviction de savoir de quoi l'on parle. M. Bock-Côté est un ardent patriote, je n'en disconviens pas. Mais selon moi, le sens de la souveraineté n'est pas de retrouver une identité éternelle pour la protéger de ce qui la menace. C'est bien plutôt de jeter les bases d'une identité à construire, ce qui laisse ouverte la question de la définir.

    • À mon humble avis, la question identitaire est dépassée. Je dis "dépassée" au sens où la donne a changé depuis longtemps: le concept d'état-nation est en perte de vitesse face aux organisation supra-nationales qui prennent de plus en plus de place politique.

      Je crois ardemment à la liberté individuelle et le multiculturalisme m'apparaît comme le modèle de société où les individus sont le plus libres de se déplacer et de vivre dans ce qu'ils désirent conserver de leur culture (dans le cadre des lois en place, bien sûr).

      Et, dans un contexte plus large, je crois aussi qu'il serait temps de passer au-dessus des éternels débats identitaires "fédéralistes vs. souverainistes" pour enfin se pencher sur des questions concrètes comme la place de l'État dans l'économie, l'environnement, etc.

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