Québec, ma Belle Province, je vais te le dire franchement, il faut que tu arrêtes de te trouver trop parfaite, tu vieillis mal et si cela continue, tu va finir tes jours seule dans l'indifférence totale. Je te dis cela, car je t'aime encore et je me suis dit que si cela vient d'un Beauceron, le message passera mieux qu'un gars du Maclean's.

Québec, ma Belle Province, je vais te le dire franchement, il faut que tu arrêtes de te trouver trop parfaite, tu vieillis mal et si cela continue, tu va finir tes jours seule dans l'indifférence totale. Je te dis cela, car je t'aime encore et je me suis dit que si cela vient d'un Beauceron, le message passera mieux qu'un gars du Maclean's.

J'ai trois enfants et je suis inquiet, je pense même déménager. J'ai peur d'aller dans tes urgences, j'y suis allé récemment, je me suis senti comme du bétail. J'ai quitté en me disant que je devais laisser ma place à un cas plus grave. La responsable du triage me disait que j'en aurais pour une vingtaine d'heures avant de voir un médecin.

Quand je passe sous un viaduc, je ne peux pas m'empêcher de penser aux personnes qui en ont reçu un sur la tête, tes routes sont chaotiques, des chantiers de construction partout, tes aqueducs désuets, l'eau se perd, ta gang aussi.

Je pourrais aussi te parler de ton bas de laine troué avec la Caisse de dépôt et des bonis cachés, de la corruption dans la politique et dans la construction, des syndicats qui prennent le monde en otage et qui refusent d'évoluer, des décrocheurs, de ton taux de suicide chez les jeunes. Je vais m'arrêter là, je pense que tu vois ce que je veux dire.

En 1995, je te pensais assez grande pour voler de tes propres ailes. Bouchard, Parizeau, Dumont et la communauté des affaires m'inspiraient confiance en l'avenir. Le lendemain, j'étais enragé mais j'ai décidé ce jour-là que je ne serais plus une victime et que c'était le temps de passer à autre chose.

La Belle Province, j'ai hâte que tu te prennes en main, que tes gars redeviennent des hommes et tes filles redeviennent des femmes. Tes valeurs ont pris le bord, tes jeunes ne connaissent pas ton histoire et ta politique. Le cynisme est partout, tes modèles sont faibles, c'est la vie par procuration devant son téléviseur. Nous voyons bien en séries éliminatoires au hockey que ton peuple est en manque de sentiment d'appartenance, la partisanerie extrême frôle la maladie mentale.

Il faut arrêter d'avoir peur des Canadiens anglais et des «méchants» Américains. J'ai toujours pensé que les langues s'accumulent alors pourquoi m'empêcher d'envoyer mes enfants à l'école anglaise une couple d'années pour les aider à bien affronter le monde? L'anglais, c'est la langue des affaires, plusieurs pays ont compris. Il me semble que ce serait le temps d'éliminer ce maudit sentiment d'infériorité, cette peur d'avoir peur.

J'aimerais aussi te parler de tes médias, car je m'y connais un peu plus dans ce secteur là. Il faudrait que tes journaux et tes réseaux d'informations arrêtent de faire peur aux gens. Le but c'est de rapporter une nouvelle, pas de la vendre. Cessons d'emplir le bon peuple.

J'aimerais aussi que ce soit possible de débattre. Je trouve que c'est difficile chez vous. Quand tu n'es pas dans le sens du vent, tu peux rapidement devenir un méchant, en groupe un dîner de cons est vite arrivé.

Je voulais te dire en terminant que j'ai marié une fille de ta cousine la France. Elle est une magnifique conjointe et une mère extraordinaire. Dans sa famille, c'est possible de débattre gauche droite autour d'une table sans partir une guerre et de rigoler ensuite. J'aime les Français, ils ont des arguments pas juste des opinions et des préjugés.

Chère Belle Province, mon message va probablement te passer 100 pieds par dessus la tête, car tu n'as pas encore atteint le fond du baril. J'espère que tu ne tomberas pas dans l'indifférence, tu as trop de richesse à exploiter, ta gang a trop de potentiel, ce serait du gaspillage.