Mais cela n'a pas empêché les témoignages sensationnalistes et inutiles d'étrangers présents à Tokyo d'affluer sur les ondes. La palme du ridicule est revenue à un journaliste du service public de la télévision française qui, manifestement, avait eu très peur, mais qui se demandait avec morgue et condescendance comment les Tokyotes, le soir même, pouvaient-ils continuer à manger, boire dans les bars et même, pour certains, à draguer les jolies filles! Diable, les Japonais seraient-ils des extra-terrestres pour vivre dans un pays manifestement diabolique, pour oser penser à la vie, à se sustenter, et plus si affinité, au lieu de prier silencieusement pour la Terre-Mère qui s'est montrée ingrate?
En revanche, les informations sur ce qui s'est réellement passé sur le littoral du Tôhoku touché par le tsunami étaient délivrées au compte-goutte alors qu'un simple clic sur la Toile permettait d'en apprendre beaucoup. En effet, dès le 10 mars, jour d'un autre séisme dans la même zone, les services de surveillance étaient en alerte et sensibilisaient les populations. La JMA (Japan Meteorological Agency) annonçait «une semaine de vigilance». Le lendemain, le jour du grand séisme, l'alerte au tsunami est immédiatement déclenchée sur les zones côtières, par sirènes et haut-parleurs. Les habitants, qui disposaient d'une demi-heure pour réagir, se sont réfugiés en masse sur les hauteurs.
Autrement dit, les Japonais, bien organisés, ont fait face autant que possible au tsunami. Mais de ce fonctionnement collectif, prévoyant et bien organisé, limitant autant que faire ce peut les dégâts (les infrastructures routières ont tenu), nous n'en saurons quasiment rien. Tout pour Tokyo, rien ou presque pour la province. Bientôt, tout cela sera occulté avec l'incident dans la centrale nucléaire de Fukushima qui pose un grave problème, et d'un autre ordre.
Le président français s'est mis au diapason de la commisération et du sensationnalisme en annonçant avec gravité que la France allait «voir comment faire parvenir des équipes, des avions et des moyens» aux Japonais, comme si ceux-ci vivaient encore dans une brousse reculée et à l'âge de pierre! Les Japonais n'ont, heureusement, nul besoin des «avions français» (ou d'autres pays, d'ailleurs, sinon pour des motivations diplomatiques).
Décidément, le Japon n'a pas de chance. Il ne fait parler de lui que pour des catastrophes, rarement pour autre chose. De ce fait, il entre dans la rhétorique dominante sur les chocs et la fin du monde. En outre, les Japonais seraient décidément des êtres à part, passifs, mal organisés et assez fous pour vivre sur une telle terre. Dans ce miroir, l'Occident ne projette en fait que ses propres angoisses de mort, parfois à la limite du racisme.










