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Le retour du (tenace) Jedi

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Vincent Marissal
La Presse

Arrivé en renfort dans la campagne du Bloc québécois, en 2000, Jacques Parizeau avait bien rigolé lorsqu'un jeune bloquiste l'avait comparé au sage Yoda, en référence au Retour du Jedi de la série Star Wars.

«Je vous rappelle que les Jedi luttaient contre une fédération et que, à la fin, ils ont gagné», avait ajouté M. Parizeau, visiblement heureux d'être perçu comme un vieux sage des militants souverainistes dans leur combat contre le «côté obscur».

 

Près de 10 ans plus tard, et après 40 ans de lutte pour la souveraineté, Jacques Parizeau réapparaît encore une fois, portant un peu plus visiblement le poids des années, certes, mais toujours aussi convaincu des vertus de son option.

Ceux qui attendaient les réprimandes de la «belle-mère» au Parti québécois et à sa chef, Pauline Marois, seront déçus. Idem pour les règlements de comptes avec les fédéralistes. Jacques Parizeau s'en est tenu à un exercice studieux (académique même, dans sa présentation) pour démontrer que la souveraineté reste, encore aujourd'hui, la meilleure avenue pour le Québec.

Il vient d'en faire une nouvelle démonstration dans un livre de 250 pages. Le bouquin s'intitule La souveraineté du Québec, hier, aujourd'hui et demain, mais il aurait tout aussi bien pu porter le titre: Oui, et tout est réglé, formule expéditive du slogan «Oui, et tout est possible» de 1995.

Voici un livre pour les convaincus qui croient comme M. Parizeau que la souveraineté est nécessaire économiquement, politiquement et culturellement. L'ancien premier ministre relancera peut-être les discussions au sein du Parti québécois et du mouvement souverainiste, mais ses positions ne surprendront personne.

En fait, selon M. Parizeau, l'accession du Québec au statut d'État-nation permettrait aux Québécois d'être mieux protégés contre les risques de la mondialisation; elle mettrait fin aux dédoublements coûteux et stériles causés par la concurrence entre Ottawa et Québec; elle rendrait le Québec plus performant en innovation et plus productif. Le Québec serait même plus vert sans le Canada.

Les conclusions de M. Parizeau sont connues d'avance, cela tourne même à la pensée magique par moments. En économiste qu'il est, Jacques Parizeau enrobe toutefois son propos de chiffres et de théories économiques.

Voici quelques exemples.

Sur la mondialisation: «Face aux menaces, aux abus, aux dérives que, au-delà d'indiscutables avantages, la mondialisation entraîne, le citoyen ne dispose vraiment que d'un seul protecteur: l'État. (...) Aussi petit que soit l'État, on ne peut lui enlever le droit de faire des lois et de s'administrer. (...) Entre l'individu seul avec son ordinateur et l'accès, littéralement, à l'univers tout entier, il faut qu'il y ait quelque chose: un intermédiaire, une identité, un encadrement, un sens d'appartenance, c'est-à-dire, la tribu, le peuple ou la nation et une autorité civile qui le chapeaute.»

À propos de productivité et d'innovation: «Que deux gouvernements se disputent à l'égard des mêmes gens, chacun cherchant à être le «meilleur» gouvernement des deux, ne peut être que source de désordre, de gaspillage et, surtout, d'un manque d'imputabilité, le citoyen, finalement, ne sachant plus qui est responsable de quoi.»

Et sur l'environnement: «On espère, évidemment, que le Canada va finir par accepter les règles internationales, mais s'il les refusait pour profiter d'un prix élevé du pétrole, il n'y aurait guère de façon pour le Québec de se protéger... sauf, bien sûr, de sortir du Canada et de profiter de son excellente situation et de l'ampleur de ses efforts. (...) Que le Québec soit une province ou un pays, son programme de réduction de GES est le même ou, plutôt, peut-être le même. Mais si le Canada fait cavalier seul, il est avantageux pour le Québec qu'il en sorte.»

Cette dernière hypothèse ne dit pas, toutefois, que les provinces, comme le Québec ou la Colombie-Britannique, peuvent très bien, actuellement, adhérer à des programmes avec certains États américains ou que le Québec serait grand gagnant d'un système de quotas et d'échange entre provinces. Pas plus que la précédente ne mentionne que l'éducation est une compétence exclusivement provinciale.

Quant à la protection de l'État, en quoi le citoyen québécois est-il menacé s'il est aussi canadien?

M. Parizeau présume - personne ne s'en étonnera - que le cadre canadien désavantage les Québécois. Comme les fédéralistes affirment depuis des décennies que le Québec bénéficie des avantages de faire partie d'un grand pays reconnu et respecté sur la planète. Rares sont les fédéralistes, toutefois, qui arrivent à vanter leur option avec l'aplomb de leur vieil adversaire souverainiste.

Un autre exemple: «En fait, le système fédéral tel qu'il est pratiqué est source de gaspillage, d'éparpillement et rend très aléatoire la réalisation d'objectifs cohérents. Dans ce sens, l'indépendance du Québec n'assure pas que les choses s'amélioreront mais elle le permet.»

S'il ne tape pas sur les doigts des leaders souverainistes actuels, M. Parizeau ne leur dit pas non plus comment s'approcher de leur insaisissable objectif. Il leur reproche seulement d'«avoir cessé de réfléchir à la souveraineté» et les invite à se «renouveler»

Les souverainistes, dit M. Parizeau, doivent réfléchir, débattre, expliquer, convaincre... en attendant l'occasion d'essayer une troisième fois. Ça non plus, ce n'est pas nouveau.

Sujet d'intérêt dans l'immédiat, puisqu'il en sera beaucoup question dans les rangs péquistes au cours des prochaines semaines, Monsieur rappelle que la langue est un «dossier» extrêmement émotif à manipuler avec soin et que c'est une mauvaise idée que de vouloir fermer l'accès aux cégeps anglophones.

 

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