L'histoire est souvent écrite en noir et blanc. La réalité, elle, est peinte de couleurs multiples et nuancées. «Québec nous fournit l'occasion d'explorer le début de toutes nos rencontres et de tous nos métissages entre Français, Anglais, Irlandais, Amérindiens», disait hier la Gouverneure générale. Les Québécois ont beaucoup de mal à reconnaître à quel point ces rencontres, en particulier celle avec les Anglais, ont été déterminantes pour notre culture, nos institutions, notre façon de penser, notre architecture...
Le groupe à l'origine du spectacle «Off-400e», Commémoration Québec 1608-2008, dit vouloir donner à l'histoire la place qui lui revient au cours de cet été festif. Toutefois l'histoire dont il est question est tronquée de tout ce qu'il y a de positif dans les relations entre les deux peuples fondateurs du Canada. Ces gens ont imaginé une épopée française pure, débarrassée de toute trace de la présence anglaise autre que vile, ce que Biz de Loco Locass appelle les «scories» de notre histoire. Pour ces militants, le fer doit être replongé dans la plaie jour après jour, même les jours de fête. L'antique blessure ne doit jamais guérir, sinon comment justifier l'amputation?
Ainsi, ils n'auront pas remarqué le discours du premier ministre du Canada, qui a réaffirmé hier avec force la reconnaissance de la nation québécoise, une «vérité fondamentale du Canada», un «fait historique irréfutable». N'est-ce pas là un progrès à souligner plutôt qu'une usurpation?
Il ne s'agit pas, répétons-le, d'ignorer les injustices - terribles - et les luttes, opiniâtres. Il s'agit d'admettre que tout ne fut pas sombre et qu'en définitive ces quatre siècles de rencontres ont fait de nous un des peuples privilégiés de la planète. Il s'agit aussi, comme l'a dit Mario Dumont, de savoir «baisser la garde» de temps en temps afin de célébrer notre réussite. De fêter tous ensemble, tous Québécois.











