L'histoire commence toujours par un coup de fil. Chérie n'était pas différente des autres.

On m'a dit: «Elle a besoin d'aide.»

J'ai demandé: «Quel genre d'aide?»

«De l'aide médicale, psychologique et physique.»

 

Je connaissais déjà son histoire, avant même de la rencontrer.

Chérie a été «arrachée» à une usine à chiots. Pendant mon voyage pour rencontrer l'ange gardien qui l'avait sauvée, je m'interrogeais sur l'état d'esprit de Chérie. Lorsque je suis descendue de la voiture pour la prendre dans mes bras, son langage corporel disait tout: ce chien avait l'âme brisée.

En route vers la clinique vétérinaire avec Chérie, je tentais de m'expliquer cette cruauté gratuite. Puis, j'ai entendu la voix de mon grand-père qui me disait: «Ne t'attarde pas à la route, mais à ta destination.» J'ai alors décidé qu'aujourd'hui allait être le premier jour de sa nouvelle vie qui commençait avec moi, à ce moment, dans la voiture.

Chez le vétérinaire, le diagnostic était inquiétant: son poids était insuffisant, son pelage serré et sale. Ses cordes vocales avaient été enlevées pour éviter qu'elle ne jappe. Il lui manquait un bout d'oreille. Nous avons remarqué un tatouage à son oreille, des infections aux dents et aux gencives. Le plus désolant était qu'il lui manquait un oeil.

Par où commencer? Un bon bain constituait la première étape. Elle avait si peur que nous croyions qu'elle allait tenter de s'échapper de la salle de toilettage, mais Chérie était trop terrorisée pour bouger; des années d'abus entraînent souvent ce genre de comportement. Elle est restée là. Après trois bains, son pelage blanc a commencé à ressembler à celui du bichon maltais. Ses griffes devaient être taillées; allait-elle nous mordre par peur? Une fois de plus, elle n'a pas bougé. En nettoyant ses oreilles, nous avons pu déchiffrer le numéro de son tatouage. J'ai rapidement pris en note les chiffres. Le vétérinaire a prescrit des antibiotiques pour son infection aux dents, un régime nutritif et de l'amour. Sa mère adoptive est venue et a pris ce petit être en détresse sous son aile.

Les questions se bousculaient dans ma tête. D'où venait-elle? La personne qui l'a sauvée hésitait à fournir des détails, mais nous avions des soupçons.

L'adoption d'un chiot

Le lundi matin suivant, j'ai communiqué avec un bureau canadien d'enregistrement des chiens. Après avoir obtenu le nom de l'éleveur, j'ai expliqué la condition de Chérie, et ai dit que l'association devrait exercer un meilleur contrôle sur ses membres. J'ai eu droit aux réponses insensées habituelles, aux excuses et à la réponse finale: «Ce n'est pas notre travail.» J'ai réalisé que cette association n'avait qu'un but en tête: faire de l'argent.

Un jour, cette situation horrible et inhumaine ne sera qu'un mauvais souvenir.

Dans l'intervalle, comment se porte Chérie? Elle a pris du poids, repris confiance et apprend petit à petit à gravir les escaliers. Elle accepte maintenant les caresses. Elle aime sentir le gazon sous ses pattes et a même appris à jouer, ce qui nous comble de joie. Que demander de plus?

La prochaine fois que vous songez à acheter un animal, ne vous attardez pas à la vitrine d'une animalerie pendant votre heure de dîner pour regarder les chiots ou les chatons et n'épluchez pas les annonces sur l'internet. Communiquez avec la CAACQ ou la Société pour la protection des animaux de votre région et adoptez un animal. Souvenez-vous que le mignon petit chien que vous pensez acheter est né d'une mère qui vit dans une usine à chiots, et qu'on n'appellera jamais Chérie.

L'auteure est fondatrice et présidente des Centres d'adoption d'animaux de compagnie du Québec (CAACQ).