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Bilinguisme> nécessité ou péril?

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Bilinguisme> nécessité ou péril?

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Archives La Presse

Le bilinguisme: péril ou nécessité pour les Québécois? La question sera abordée vendredi et samedi, au Forum sur le français organisé par l'Institut du Nouveau Monde avec le Conseil supérieur de la langue française (www.inm.qc.ca). Une brochette d'invités y participeront, notamment le professeur Christian Dufour, dont le livre Les Québécois et l'anglais - Le retour du mouton (LER, 2008) a relancé le débat, et Christine Fréchette, auteure de plusieurs articles sur les enjeux linguistiques dans le contexte de la mondialisation. La Presse publie aujourd'hui leurs points de vue.

Le français avant tout

L'anglais au Québec n'est pas une langue comme les autres, mais une partie de nous héritée de 250 ans d'histoire. Ce qui est suicidaire, c'est de le placer sur le même pied que le français sur un continent massivement anglophone. La norme ne saurait être le bilinguisme, mais bien ce qui correspond à notre réalité tout en étant porteur d'avenir: la claire prédominance du français sans exclusion d'un anglais dont la présence n'est pas obligatoire.

 

Vouloir que les Québécois soient tous bilingues, c'est placer l'anglais sur le même pied que le français. C'est décrocher de la réalité pour sombrer dans l'idéologie, car les francophones sont déjà très bilingues pour un groupe qui se veut majoritaire. Les francophones actifs de l'île de Montréal le sont aux trois-quarts, ceux de la grande région métropolitaine le sont au deux-tiers, ce bilinguisme étant en progression. L'obsession de l'anglais camoufle une régression identitaire où le bilinguisme généralisé devient une exigence en elle-même, une idéologie décrochée de la réalité et des besoins.

Les jeunes libéraux nous ont demandé en 2008 de parler un parfait anglais, un anglais sans accent. Des employeurs recommencent à exiger systématiquement le bilinguisme, indépendamment des besoins réels de l'emploi, sous prétexte d'ouverture au monde mais aussi parce que le supérieur hiérarchique ne parle pas français, comme au bon vieux temps du Canada français.

Déjà bilingues à des degrés divers, les Québécois n'ont pas à le devenir tous de la même façon. Collectivement, on s'adaptera à la progression graduelle du bilinguisme individuel. C'est sa généralisation rapide qui serait dangereuse, entre autre parce qu'il en découlera une perte de motivation à apprendre le français chez les Anglo-Québécois et les immigrants, de même qu'une perte de marché pour des produits culturels en français à la limite de la rentabilité. On ne saurait faire abstraction non plus d'une situation géopolitique objectivement unique.

Aucune société non ethnique sur la planète n'est placée dans une situation aussi délicate que le Québec francophone par rapport à l'anglais. C'est la seule société non-anglophone sur un continent anglophone 40 fois plus peuplé, qui considère souvent le fait québécois comme un phénomène ethnique. On ne peut se permettre une gestion irréaliste de l'anglais parce que cette langue est importante ici à au moins quatre niveaux: c'est une vieille langue québécoise, majoritaire au Canada, une langue massivement présente sur le continent; c'est aussi, jusqu'à un certain point, la lingua franca de la mondialisation.

De toute évidence, les Québécois ont individuellement intérêt à apprendre plusieurs langues mais le multilinguisme, quand il se veut politique et collectif, comporte un aspect mystificateur en faveur de l'anglais. C'est un bon exemple d'irréalisme qui oublie que nous ne sommes pas en Europe. Il est révélateur que les politiques de promotion du multilinguisme prêchent toutes la généralisation du bilinguisme chez les francophones. Cela accentuerait les effets pervers du multiculturalisme, occultant le véritable défi qui est le nôtre: l'affirmation de la claire prédominance du français sans exclusion de l'anglais.

Les Québécois n'ont pas à devenir tous bilingues. Ils ont à être excellents, en apprenant l'anglais ou d'autres langues au besoin pour ce faire.

Christian Dufour

L'auteur est chercheur à l'École nationale d'administration publique (ENAP).

Un atout précieux

Une expression consacrée veut que l'avenir appartienne à ceux qui se lèvent tôt. Dorénavant, il faudra probablement dire qu'il appartient bien davantage à ceux qui parlent plusieurs langues. Car ce sont eux qui évolueront le plus aisément dans un monde dont les pôles de croissance et d'influence seront répartis en diverses zones de la planète.

Ce sont eux qui pourront s'abreuver à des sources d'information et de connaissances provenant de diverses aires linguistiques; ce sont eux qui seront le plus à même de décoder et de s'adapter aux différences culturelles; et ce sont aussi eux dont les compétences linguistiques seront les plus prisées par les organisations et les entreprises dont les ramifications s'étendent aux diverses régions de la planète.

Pour parvenir à percer partout où nous en sommes capables, pour favoriser notre développement collectif, il nous faudra au Québec, miser davantage et mieux sur le développement des connaissances linguistiques des Québécois, qu'il s'agisse du français, de l'anglais ou d'une troisième langue.

Pour les francophones, plutôt que d'apprendre l'anglais au compte-gouttes des années durant, avec pour résultat qu'une part importante d'entre eux doive attendre l'âge de la vingtaine avant de parvenir à dire qu'ils parlent aussi l'anglais, pourquoi n'opterions-nous pas pour l'inclusion généralisée de programmes de courte durée d'enseignement intensif de l'anglais dans nos écoles? Ceux-ci donnent non seulement des résultats plus probants, mais ils permettraient en plus de dégager un temps précieux pour l'enseignement d'une troisième langue.

Chez les allophones de la génération 101, le taux de trilinguisme atteint les 86%. Pourquoi n'inclurions-nous pas dans notre programme d'évaluation des étudiants une forme de reconnaissance de la valeur de ce multilinguisme, par l'octroi de crédits par exemple? Ils en seraient probablement très fiers et collectivement, nous en retirerions probablement davantage les fruits.

Un comité de travail européen présidé par Amin Malouf recommandait l'an dernier que chaque État promeuve l'apprentissage d'une langue maternelle, d'une langue de communication internationale, de même que d'une langue dite «personnelle adoptive», cette dernière étant choisie par le locuteur en fonction de son parcours de vie ou de ses intérêts.

Cette approche s'inscrit dans une perspective à la fois flexible et ouverte. Pour les francophones québécois, elle reflète par ailleurs le fait que le développement de compétences multilingues va au-delà de la seule maîtrise de l'anglais, certes nécessaire, mais non suffisante.

Est-ce à dire aussi qu'il faille relâcher la pression et faire preuve de moins de détermination pour faire du français la langue d'usage commun au Québec? Pas du tout. Sur le plan collectif, il est capital de voir à ce que le français demeure notre point d'ancrage commun, notre marqueur identitaire, notre socle.

Mais, cela ne doit pas nous détourner de l'importance qu'il y a de doter les jeunes générations de Québécois des connaissances linguistiques qui pourront agir sur eux tel un véritable tremplin.

La préservation de la diversité linguistique à l'échelle internationale requiert d'ailleurs un endossement par le plus grand nombre d'une approche d'ouverture face à l'apprentissage des langues. Il y a là un appel à entendre.

Christine Fréchette

L'auteure est directrice du Forum sur l'intégration nord-américaine (FINA) et coordonnatrice de recherche au CERIUM.

 

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