Elles sont au nombre de 1064. Pas une de plus. Les ultimes bouteilles et magnums du «Maître du Pinot noir» Henri Jayer sont mises aux enchères dimanche à Genève par les filles du vigneron bourguignon, décédé en 2006 à 84 ans.

Cette vente historique va démarrer à 14 h (8 h, HE) dans le domaine de Châteauvieux, sur les hauteurs de Genève, et devrait s'achever en début de soirée.

Avec l'ensemble des flacons mis en vente, les vendeuses pourraient récolter entre 6,7 et 13 millions de francs suisses (entre 8,9 et 17,2 millions de dollars), selon la maison genevoise Baghera Wines en charge de la vente.

Le lot 160, le plus cher - une série de quinze magnums de Cros-Parantoux, Vosne-Romanée Premier Cru, allant de 1978 à 2001 - est par exemple estimé entre 280 000 et 480 000 CHF (entre 363 000 et 622 000$).

Autre lot remarquable, le 214, un magnum de Richebourg 1987 dont le prix est estimé entre 16 000 et 32 000 francs suisses (entre 21 200$ et 42 300$).

Les moins fortunés peuvent tenter leur chance avec une bouteille de Nuits-Saint-Georges 1997, proposée tout de même à 1600 francs suisses (2117$).

Les 855 bouteilles et 209 magnums réunis dans cette vente inédite constituent la totalité des flacons que Henri Jayer avait patiemment accumulés tout au long de sa vie, dans la cave de son domaine à Vosne-Romanée.

Pour préparer la vente, les experts de Baghera Wines ont eu un accès exclusif aux sous-sols de M. Jayer, là où tous les vins étaient encore stockés comme il les avait laissés au moment de son décès en 2006.

Parmi ces ultimes flacons, des millésimes de 1970 à 2001 dont plusieurs lots du Cros-Parantoux, ce Vosne-Romanée Premier Cru qui compte parmi les vins les plus chers du monde.

Le Cros-Parantoux, c'est le nom de cette parcelle qu'Henri Jayer, vigneron méticuleux et attentif, avait entièrement façonnée, transformant cette terre à topinambours en vigne créatrice.

«Un passionné»

«C'est de toute évidence la dernière page du Domaine Henri Jayer qui se tournera», ont expliqué dans un courriel à l'AFP, Lydie et Dominique, les filles du viticulteur, qui ont prévu d'assister à la vente, synonyme de dispersion de leur héritage.

«Ces bouteilles et magnums de sa réserve personnelle étaient un peu comme son laboratoire... une manière de voir vieillir ses crus au fil des ans», racontent ses filles qui ajoutent: «il nous est apparu naturel - n'étant pas en capacité de boire toutes ces bouteilles - de les proposer à la vente afin que les amateurs (...) puissent les acquérir et les boire, à sa mémoire».

Une sélection d'objets ayant appartenu à Henri Jayer viendra ponctuer cette journée d'enchères dédiée au «Roi du Bourgogne».

Comme le veut la tradition bourguignonne, Henri Jayer conservait ses vins «sur pile», à savoir embouteillés et empilés dans sa cave, sans étiquettes ni capsules.

En vue de la vente, des étiquettes et des capsules neuves ont donc été apposées sur l'ensemble des bouteilles et magnums par les filles d'Henri Jayer avant le transport des flacons vers Genève.

«Notre père était passionné par son métier, qu'il vivait intensément», ont assuré ses filles, qui souhaitent que les bouteilles qui seront vendues aillent «rejoindre la cave d'amateurs qui sauront ouvrir et boire ces vins».

Selon Baghera Wines, les conditions de conservation des bouteilles mises aux enchères sont telles que les vins pourront encore être conservés de nombreuses années avant d'être dégustés... pour ceux qui sauront être assez patients.