Les légumes écolos ne sont pas ceux que vous croyez

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Quelle tomate est la plus «verte»? Les consommateurs sont perdus. Maintenant... (Photo: David Boily, La Presse)

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Photo: David Boily, La Presse

Stéphanie Bérubé
La Presse

Quelle tomate est la plus «verte»? Les consommateurs sont perdus. Maintenant que l'achat local est populaire, ses détracteurs se multiplient: acheter des légumes d'ici ne serait pas si écolo que ça. De plus, alors qu'on les croyait mieux que tout, une étude affirme que les produits bios ne sont pas plus nutritifs que les autres. Comment peut-on faire des achats réfléchis à l'épicerie si les experts de l'alimentation se contredisent à tout bout de champ? Lumière sur un sujet tabou et hautement émotif.

Parce que tout le monde veut faire sa part pour la planète, les consommateurs sont devenus très soucieux de la provenance des aliments qu'ils mettent dans leur panier d'épicerie. Il vaut mieux privilégier les légumes qui ont poussé près de la maison, n'est-ce pas?

 

En fait, aussi surprenant que cela puisse paraître, on émet parfois plus de gaz à effet de serre pour se rendre à l'épicerie, en voiture, que le légume du bout du monde qui s'est rendu au même point. Dans ce cas, aller faire son marché à vélo et acheter des produits importés serait donc plus écolo.

«Les adeptes de l'alimentation locale croient que la distance entre le lieu de production d'un aliment et celui où il est consommé est représentative de sa dépense énergétique totale», explique Pierre Desrochers, professeur de géographie à l'Université de Toronto et chercheur associé a l'Institut économique de Montréal. Le concept est erroné, dit-il.

Pour vraiment calculer le poids environnemental d'un aliment, il faut observer tout son cycle de vie, explique le Pr Desrochers, auteur de l'étude Yes, We Have No Bananas, une synthèse des recherches publiées sur l'empreinte écologique des aliments.

Le sujet est hautement émotif. «C'est d'ailleurs ce qui explique la popularité de l'alimentation locale, croit le chercheur canadien. C'est un concept qui plaît beaucoup, mais qui ne résiste pas à l'analyse.»

Le transport ne compterait que pour 11% des émissions à gaz à effet de serre imputables à un aliment, dans son ensemble.

La grande majorité de ces émissions est faite durant la production de l'aliment. C'est pourquoi ceux qui veulent réduire l'empreinte écologique de leur assiette devraient s'intéresser davantage au mode de production qu'à la provenance de l'aliment qu'ils cuisineront.

«Par exemple, si on fait venir une laitue de Californie par camion, on fait fausse route, explique David Wees, professeur au département de sciences végétales à l'Université McGill. La laitue contient 99% d'eau et la Californie a un climat semi-aride. La faire pousser a demandé un important effort d'irrigation. Nous lui faisons faire plus de trois jours de route avant de la trouver au supermarché. Ça n'a aucun sens.»

De plus, il faut considérer que tous les types de transport n'ont pas le même poids sur la balance de la pollution. Le transport marin, par exemple, compte pour 65% de tout le kilométrage alimentaire, explique Pierre Desrochers, mais c'est le moins polluant. Un aliment qui vient de loin, par bateau, sera plus vert qu'un autre qui a moins voyagé, mais qui s'est rendu à l'épicerie par l'autoroute.

De la complexité de l'épicerie

On n'aurait jamais cru que faire l'épicerie serait si complexe.

«Quand on entre dans le concept du développement durable, il y a beaucoup de choses à considérer», confirme Daniel Normandin, directeur exécutif du Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) installé à l'École polytechnique.

Le développement durable inclut des concepts d'environnement, mais il y a également des considérations de développement économique et social qui doivent être calculées, explique-t-il. Doit-on favoriser de petites entreprises à gauche et à droite ou un lieu de production où l'on peut tout contrôler? demande le chercheur. «D'un point de vue strictement économique, on devrait produire là où c'est le plus efficace de le faire», répond Daniel Normandin.

Néanmoins, même s'il s'agissait d'un concept très imparfait, le kilométrage alimentaire était un premier pas qui méritait d'être franchi, estime-t-il.

Son collègue de McGill, David Wees, note aussi que tout le mouvement de l'achat local aura eu le bienfait de rapprocher les consommateurs des agriculteurs et de leur faire se poser des questions sur la provenance de leurs aliments.

Mais on sait maintenant que les choses sont autrement plus complexes. Pour faciliter la vie des consommateurs, le CIRAIG développe actuellement une étiquette qui se retrouverait collée sur les produits dans le futur. Elle donnerait un bon aperçu de l'empreinte écologique de l'aliment, en calculant quatre indicateurs: les changements climatiques, la santé des écosystèmes, la santé humaine et son impact sur les ressources.

Les consommateurs sont-ils prêts pour cela? «Lorsque les étiquettes nutritionnelles sont apparues, tout le monde disait que c'était du chinois, dit Daniel Normandin. Sans information, les consommateurs sont dans le néant. Nous, on se dit que tant qu'à le faire, il faut le faire comme il faut. C'est un exercice qui mérite d'être fait si on croit à l'environnement.»

 

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