La dépression, le mal du siècle?

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De plus en plus, les médecins de famille ont la responsabilité de détecter... (Photo: Photothèque La Presse)

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Photo: Photothèque La Presse

Mathieu Perreault
La Presse

De plus en plus, les médecins de famille ont la responsabilité de détecter et de traiter les dépressions de leurs patients. Mais la tâche n'est pas aisée.

Cet été, une recherche britannique a exprimé un doute sur la capacité des médecins de famille à relever le défi.

L'étude a découvert que ces médecins sont plus susceptibles de diagnostiquer une dépression là où il n'y en a pas qu'à faire un diagnostic exact, ou à manquer un cas de dépression.

Pire, la moitié des médecins de famille ne traitent pas une dépression identifiée, parce qu'ils ne veulent pas stigmatiser les patients ou parce qu'ils ont l'impression qu'ils ne voudront pas être traités.

«Cela va à l'encontre des désirs des patients», explique l'auteur principal de l'étude publiée dans la revue The Lancet, Alex Mitchell, de l'hôpital général de Leicester.

«Seulement le quart des patients ne veut pas être traité pour une dépression, ajoute-t-il. Le problème, c'est que beaucoup de médecins de famille sont mal à l'aise avec l'idée de s'occuper de problèmes mentaux.»

Le neuropsychiatre britannique se veut toutefois encourageant. «Si le médecin ou le patient demande une deuxième consultation pour en avoir le coeur net en présence de symptômes émotionnels confus, le taux de détection s'améliore beaucoup et frôle les 90%, dit-il. Ça veut dire que les médecins de famille sont capables d'y arriver. Il faut seulement avoir des circonstances propices.»

Certains pays sont nettement meilleurs, comme les Pays-Bas par exemple, probablement parce qu'il y a davantage de soins en équipe, indique-t-il.

Sur 100 cas, en moyenne, les médecins de famille identifiaient 25 cas de dépression. Ils négligeaient souvent de l'écrire dans le dossier, de peur que le patient ait par la suite des problèmes avec son assureur ou un employeur.

Mais sur ces 25 cas, 15 étaient des «faux positifs». Et les 10 cas restants constituaient seulement la moitié des dépressions. En d'autres mots, la moitié des dépressions n'étaient pas détectées.

«Le symptôme le plus souvent détecté par les médecins de famille, l'insomnie, n'est pas le plus important dans le diagnostic officiel, dit le Dr Mitchell. Et dans les cas où il y a de l'irritabilité, qui touchent 70% des dépressions, les médecins avaient plus de difficulté.»

L'irritabilité peut survenir quand une patient déprimé se rebelle contre sa tristesse et son manque d'énergie, explique Isabelle Lavergnas, professeur de sociologie à l'UQAM et directrice clinique de la Clinique psychanalytique de Montréal.

«Les symptômes de la dépression sont complexes, dit Mme Lavergnas. Les exigences de bonheur de la société donnent parfois l'impression aux personnes déprimées qu'elles ont tort d'être tristes.»

Camillo Zacchia, chef professionnel de psychologie à l'Institut Douglas, indique que même si des symptômes diffus comme le pessimisme, la fatigue, l'irritabilité ou la perte de concentration ne signifient pas nécessairement qu'on a une dépression, c'est une occasion de se poser des questions.

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